Témoignage de Georgette RODRIGUEZ (15 ans)

, par  Jean Claude THIODET , popularité : 14%

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Comme promis je vais vous raconter mon 23 mars
.
Je m’appelle georgette RODRIGUEZ ;

A l’époque j’avais 15 ans et je vivais avec mes parents au 51 boulevard de champagne (en bas de la carrière Jaubert, dans la cité des combattants).

Ce jour là, nous étions tous à la maison puisque personne n’était au travail.

L’ambiance était lourde ! de quoi ? Je ne sais pas trop.

En début d’après midi, les gens sont sur les balcons et tout le monde y va de ce qu’il sait ou qu’on lui a dit.

Des suppositions à n’en plus finir.

Puis des bruits sourds qui viennent d’on ne sait où. Des tirs. On rentre vite dans les appartements où on espère être en sécurité. Moi, je suis dans le couloir de l’appartement en compagnie de ma mère et de notre voisine , madame VILLEMEU ; Les choses ont l’air de devenir plus graves.
Mon père est dans la cuisine : il regarde à travers les volets fermés quand , soudain, un bruit de tirs effrayant !!!

Nous sommes au cinquième étage , le dernier, et on a l’impression que les tirs sont tirés de tout près (sans doute des avions ?)

Soudain, je ressens un grand coup dans ma jambe et je m’écroule. Ma mère, affolée, appelle : « François ! François ! »

Pas de réponse....

Elle se précipite dans la cuisine et là, elle voit son mari à terre dans une grande flaque de sang . La pièce est criblée d’impacts de tirs à hauteur des armoires.

Elle appelle « au secours !! »

Le voisin du troisième, monsieur SOTOCA monte et voit le désastre. Il se dépêche de nous faire descendre chez lui : là on me soigne avec les moyens du bord ( c’est à dire pas grand chose en vérité !!)

J’ai un grand trou dans la cuisse, mais la balle n’est pas sortie.

On reste là, tous atterrés et sans rien comprendre de la situation .

Un moment plus tard, les militaires arrivent en criant qu’il y a des tireurs de l’OAS dans l’immeuble. Ils n’écoutent personne (ils ont peur).

Monsieur VILLEMEU qui se trouve avec nous ouvre la porte de chez monsieur SOTOCA pour aviser que sa femme se trouve en haut, et là, à bout portant, sans un mot, on lui tire dessus.

Il s’écroule ! Monsieur SOTOCA le rentre en le tirant par le bras : Il a reçu le tir dans le ventre : il mourra plus tard dans les bras de monsieur SOCOTA qui ne peut rien faire pour lui.

La nuit passe pour nous tous entassés dans un placard

Le lendemain, je ne sais pas trop comment arrive une ambulance qui veut m’emmener. Je ne veux pas, mais on arrive à me convaincre, et me voilà partie.

En ambulance, tout le long du chemin, j’ai l’impression d’être dans un film.

Des militaires en armes : des engins. Une sensation que le monde s’est écroulé.

J’arrive à l’hôpital MUSTAPHA : on me fait une radio, on me donne une tisane : le temps passe ; je suis amorphe, je n’arrive pas à penser. Je me sens seule. Quand un monsieur s’approche de moi et me demande ce qu’il y a.

Il est officier de marine. Je lui raconte tout.

Il me dit : « Tu n’as pas de famille en dehors de Bab el Oued ? »
- « Oui, ma sœur et mon beau frère qui habitent à El Biar, Monsieur et madame Molto ".

Il se charge de les contacter par téléphone et le soir même, mon beau frère et mon oncle viennent.

Je les mets au courant et puisqu’on ne me fait rien, ils décident de m’emmener après avoir signé une décharge , et je pars en voiture pour la clinique des Orangers, où on m’opère rapidement.

La balle avait été arrêtée par l’os et je garde encore aujourd’hui ce macabre souvenir.
(note du rédacteur : il ne pouvait s’agir que d’une balle qui avait ricoché, sans quoi, le fémur aurait certainement explosé !!)

Voilà mon 23 mars !!
 !

Il me faut dire aussi comme ultime souvenir que les militaires qui ont fouillé notre appartement où il y avait un mort ( !!) et sans faire de sentiments, ont volé les économies de ma mère !!

Et en plus, c’étaient des voleurs

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