Volonté du peuple et démocratie ne sont pas que des mots, crois-y !

, par  Jean-Marie Avadian , popularité : 30%

 

On dit que le droit de vote si durement acquis par le peuple crée l’obligation de voter.

On dit que l’élection par le suffrage du peuple c’est ce qui rend légitime les décisions prises par les élus (ce qui leur donnerait un blanc seing pour faire n’importe quoi  ?).

On dit que celui qui s’abstient n’est pas légitime quand il critique ensuite la politique des les élus alors qu’il ne s’est pas opposé par son vote à leur élection.

On dit que la France est une démocratie car c’est le peuple qui exprime sa volonté et décide de la marche de nos institutions républicaines puisque c’est lui qui sanctionne par son vote à la fois ceux qui seront élus et les programmes que ces élus souhaitent mettre en œuvre.

On dit beaucoup de choses pour réveiller notre civisme et pour que le peuple ne boude pas les élections afin qu’elles reflètent bien la volonté souveraine du peuple . . .

 

 

Mais la loi électorale dit que ceux qui se sont déplacés pour voter et qui ont mis un bulletin BLANC dans l’urne ne sont pas allés voter.

Pourquoi dit-on que la France est la patrie des droits de l’homme et du citoyen si le citoyen français n’a pas le droit de le dire quand aucun des bulletins de vote qui lui sont proposés ne répond à ses attentes légitimes  ?

 

Pourquoi en France celui qui vote BLANC est-il toujours traité de nul  ?

 

Selon la loi électorale, lorsque deux candidats à une élection s’affrontent pour obtenir notre suffrage il est impératif que nous disions vers lequel se porte notre voix.

 

Et s’il faut choisir entre la peste et le choléra nous devons choisir la peste ou le choléra.

Si moi j’ai envie de dire que je préfère rester en bonne santé car ni la peste ni le choléra ne me conviennent, alors selon la loi électorale je ne suis pas un citoyen responsable ce qui amène la république à conclure que j’ai choisi de ne pas m’exprimer sur cette question.

 

La loi électorale exige que le citoyen choisisse entre toutes les options proposées et seulement entre les options proposées. Il est interdit de le dire si nous préférerions autre chose.

Pour un référendum par exemple, ce n’est pas le peuple qui décide des choix qui lui sont ainsi proposés mais, comme au restaurant, on choisit seulement en fonction du menu qui a été établi.

Oui mais si le menu ne m’intéresse pas, moi je change de restaurant alors que, en tant que citoyen français, il ne m’est pas permis d’aller voter ailleurs lorsque la question posée n’est pas représentative des choix qui devraient s’offrir à moi.

 

 

21 avril 2002 un cas d’école saisissant  !

 

A la veille de l’élection présidentielle de 2012, on ne c esse de rappeler celle de 2002.

Pourtant, si les votes blancs avaient été comptabilisés et validés lors de l’élection présidentielle de 2002, la saga suivant le 21 avril aurait pris une tournure tout à fait différente.

 

Au premier tour, Chirac était arrivé en tête avec 19,88% des suffrages suivi de Le Pen qui en totalisait 16,46%. Jospin troisième avec 16,18% était donc éliminé.

Au second tour tous les partis de gauche ont mobilisé contre l’abstention ont donné consigne de voter Chirac qui a été élu avec 82,21% des suffrages exprimés contre 17,79% pour Le Pen.

 

Le front de gauche s’est alors réjoui d’avoir ainsi fait barrage au Front National.

 

Fort de cette majorité écrasante qui pouvait faire pâlir d’envie bien des potentats, Chirac a pu dormir tranquille à l’Élysée pendant 5 ans de plus.

 

Mais que ce serait-il passé si les votes blancs avaient été comptabilisés  ?

Il est probable que Le Pen aurait conservé le soutien des 18% qui ont voté pour lui.

Il est probable aussi que le front de gauche aurait invité à voter BLANC.

Le report des votes selon ces consignes aurait alors donné peu ou prou les votes BLANCS suivants   :

16.86% soit 100% des reports de Lionel Jospin

  1.71% soit   25% des reports de François Bayrou

  5.72% soit 100% des reports de Arlette Laguiller

  5.33% soit 100% des reports de Jean-Pierre Chevènement

  5.25% soit 100% des reports de Noël Mamère

  4.25% soit 100% des reports de Olivier Besancenot

  1.41% soit   33% des reports de Jean Saint-Josse

  3.37% soit 100% des reports de Robert Hue

  0.47% soit 100% des reports de Daniel Gluckstein

Soit au total 44.30% de votes BLANCS. Avec Le Pen à 18% Chirac n’aurait pas atteint les 38%.

 

Alors, le 5 mai au soir on aurait constaté que le peuple n’avait pas choisi son nouveau président car ni l’un ni l’autre des finalistes avait recueilli la majorité absolue des suffrages.

La démocratie en aurait pris acte et une nouvelle élection présidentielle aurait été immédiatement programmée. Dans cette nouvelle élection le peuple aurait confirmé ou corrigé ses choix précédents et personne n’aurait crié au déni de démocratie.

 

 

Vous avez dit que le vote exprime la volonté du peuple  ?

 

Le référendum français sur le Traité pour la Constitution Européenne avait produit 54,68% de NON.

Ce bel exemple de l’expression de la volonté démocratique du peuple français a été suivi d’un bel exemple de déni de démocratie lorsque Sarkozy a décidé que le Traité de Lisbonne  —concocté pour contourner la décision souveraine de blocage du peuple français— serait ratifié par le parlement et non pas soumis à ce peuple qui l’avait élu après avoir retoqué ledit traité.

 

On peut certainement trouver des arguments à Sarkozy qui —en vertu de l’infaillibilité présidentielle que lui confèrerait son élection au suffrage universel— a voulu ainsi rectifier les erreurs grossières de la nation qui avait voté NON.

Mais alors arrêtons de chanter les louanges de la démocratie dans le pays qui a fait du Serment du jeu de Paume son crédo mais qui s’est empressé d’en a oublié le sens. (*)

 

 

(*)   Rappel de la portée historique de ce serment  :

Les députés du Tiers représentant le peuple (à côté des représentants de la noblesse et de ceux du clergé) avaient décidé que leur opinion faisait loi et le roi qui n’était pas d’accord avait finalement capitulé. Pour la première fois dans l’histoire de la France c’est le peuple qui avait le dernier mot dans une confrontation politique et pacifique face au plus haut sommet de l’État.

 

/

/

/ FIN

 

Voir en ligne : http://blog.francetv.fr/blogistan-a...

Navigation