Partie 3 : L’incroyable voyage..
<< Voir Ben Bella ne me semble pas une bonne idée, expliqua-t-il. Vous avez le souci de ne pas jouer en solitaires. Vous ne voulez pas apparaitre comme des traitres mais comme des chefs conscients de la qualité de ce que vous entreprenez. Si vous rencontrez Ben Bella, il préviendra le G.P.R.A.
Et là vous apparaitrez comme des traitres car il sera facile aux membres du gouvernement provisoire d’expliquer ainsi votre tentative de discussion séparée. >
Les trois hommes parurent convaincus. Convaincus mais désemparés.
<< Si vous avez des doutes sur l’importance que le gouvernement français attache à cette affaire, poursuivit B. Tricot, ils seront balayés quand vous verrez la qualité de celui qui discutera avec vous au nom du gouvernement français. >
Jusque-là les hommes de la willaya 4 n’avaient prononcé aucun nom.
Ils avaient simplement manifesté le désir de rencontrer une "haute personnalité ". De leur côté, ni Mathon ni Tricot ne pouvaient leur dire qui les recevrait. Rien à Paris n’était décidé et la qualité - imprévue - des émissaires du F.L.N. autorisait tous les espoirs.
Celui de Tricot - peut-être le seul homme dont le général de Gaulle entendait les suggestions sur le problème algèrien - était de les faire recevoir par le Pre ?sident de la République lui-même.
L’impact serait si fort qu’il pourrait accélérer la bonne marche d’un plan de cessez-le-feu subtil mais non exempt de risques et de dangers.
Il s’agissait de "gonfler" des hommes, certes importants, mais qui pour l’heure ne représentaient que les deux cent cinquante ou trois cents ’fells’ armés qui tenaient encore le maquis algérois.
<< De toute façon, conclut Tricot, je poserai la question à propos de Ben Bella. >
Au cours du voyage un courant de confiance s’était établi entre les envoyés de l’Elysée et de Matignon et les deux nouveaux venus dans la ne ?gociation. Les pre ?cautions prises pour conserver leur anonymat, l’absence de mesures de sécurité exprimant une quelconque défiance à leur égard, les avaient bien disposés.
A l’arrivée à Villacoublay seules trois voitures attendaient garées en bout de terrain, tous feux éteints. Le sous-préfet de Rambouillet ignorant l’identité des Algériens avait été prié de venir avec sa voiture personnelle et sans chauffeur. En outre il avait reçu l’ordre d’assurer l’hébergement de cinq personnes, pendant une ou deux nuits dans une résidence située de telle façon que leur présence restât secrète. Il s’était acquitté de sa mission et avait servi de chauffeur à Bernard Tricot et Si Salah. Le général Nicot, chef du cabinet militaire de Michel Debré, était aussi au rendez-vous et avait conduit Si Mohamed tandis que le colonel Mathon s’ètait glissé derrière le volant de la troisième voiture avec, à ses côtés, Si Lakhdar.
Les trois véhicules avaient pris la route de Rambouillet dont le château sert de résidence d’été aux présidents de la République, et étaient arrivés sans encombre au pavillon de chasse isolé au cœur de la forêt. Seuls le garde chasse et sa femme les avaient accueillis et s’étaient retirés après avoir préparé le repas. Pas la moindre surveillance, nulle sentinelle à l’horizon.
Les trois chefs F.L.N., séduits par la confiance que leur faisaient leurs interlocuteurs français, leur avaient même demandé de ne jamais être séparés d’eux.
Que toujours, pendant le temps que durerait leur séjour en France, le colonel Mathon ou M. Tricot restât avec eux. Même la nuit.
Pour répondre à leur désir on avait installé trois lits dans une chambre réservée aux hommes du F.L.N. et deux dans la pièce contigüe dont on avait laissé la porte de séparation grande ouverte.
Bernard Tricot pouvait ainsi entendre un souffle fort et régulier provenant de la pièce voisine.
Qui dormait aussi profonde ?ment ? Si Salah, Si Mohamed ou Si Lakhdar ?
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