Les "idiots utiles" du FLN

, par  Jean Claude THIODET , popularité : 50%

Cet article provient du journal " LA PROVENCE" du 29 octobre 2009

[bleu]Après l’indépendance, des Français partent bâtir l’Algérie socialiste.
Catherine Simon raconte l’engagement de ces « pieds –rouges » qui vira au cauchemar.
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L’ atmosphère est électrique en Algérie en ce mois de juillet 1962.

La France a officiellement reconnu l’indépendance du territoire qui sombre dans l’anarchie. Entre les fusillades de l’armée française, les règlements de compte des groupes algériens rivaux, les enlèvements et les exécutions d’Européens, les attentats et sabotages de l’OAS, (en fait l’OAS avait totalement stoppé son action en Algérie vers le 26 juin et tout le monde était parti. J’étais présent le jour l de la décision dans un immeuble du Telemly) les pieds-noirs embarquent pour une métropole qui ne goûte pas le pataouète.

Leurs meubles ont envahi les trottoirs, vestiges de cent trente- deux ans de colonisation.

L’exode débute par une immense braderie.

A la fin de l’été, 700 000 Européens seront partis : (4 sur 5)

Au même moment, quelques milliers de Français, on ignore leur chiffre exact, traversent la Méditerranée en sens inverse. Médecins, chirurgiens, infirmiers, ingénieurs, artistes viennent occuper les postes vacants.

Ils font don de leur personne pour participer à l’édification du socialisme dans la nouvelle Algérie.

Anti-colonialistes, porteurs de valises du FLN, insoumis, déserteurs , ils savourent leur victoire.

Ils ont le sentiment de vivre le grand soir, entre révolution cubaine guerre d’Espagne et résistance.

Ils sont chrétiens de gauche, trotskistes, anciens communistes.

Des journalistes Pieds Noirs, entre mépris et dérision, baptisent « Pieds Rouges » « « cette ahurissante sous-espèce d’oiseaux migrateurs », raconte Catherine Simon dans uns enquête remarquable sur cet épisode méconnu de l’histoire franco-algérienne.

La force du récit de la journaliste du Monde repose sur des témoignages. L’entreprise relève de l’exploit. Jusqu’ici, les pieds-rouges s’étaient tus.. Y compris ceux qui , entre temps, avaient acquis une notoriété : l’ancien patron de TF1, Hervé Bourges-qui refuse l’appellation – le géopoliticien Gérard Challiand, l’écrivain Ania Francos, l’avocat Tiennot Gru, le photographe Elie Kagan, les cinéastes Marceline Loridan et René Vautier, le parolier Pierre Grosz…..

Il est difficile de parler d’un échec, encore moins d’un cauchemar. La réalité fut à mille lieues de l’« illusion lyrique » des premiers jours. Les pieds-rouges découvrent le poids de l’islam, le machisme, le mépris à l’égard des « gaouris » (nom donné aux chrétiens par les arabes) ,
l’absence de démocratie, les règlements de compte violents, la corruption…..

Le désenchantement est à son comble lors du coup d’état du colonel Boumediene et du renversement de Ben Bella, le 19 juin 1965.

Des Pieds Rouges entrent dans la clandestinité, d’autres sont arrêtés et torturés dans les ex-centres de détention de l’armée française !

Et pourtant les victimes ne parlent pas !!

Leur culpabilité-( françaises , elles doivent assumer les fautes
du colonialisme)- est trop forte.

A leur tour elles sont contraintes au départ, sans ménagement. Elles laisseront leurs chimères sur le port d’Alger.

Quelques rares entêtés resteront . Jean Marie Boëglin, qui a abandonné le TNP au début des années 1960 pour créer le Théâtre national algérien, rentre en France en 1981. Il se définit comme un « idiot utile ». Lénine utilisait la formule pour désigner les Européens apologistes du régime soviétique jusqu’à l’ aveuglement.

Une majorité des « Pieds Rouges » -remplacés entre temps par les coopérants, figure centrale des relations franco-algériennes- ont recouvré leurs esprits.

Leur gueule de bois idéologique s’est dissipée. Mais à quel prix !!!

Emmanuel HECHT

voir le site de Catherine SIMON

Cet article m’a remémoré mon arrivée à Marseille en juillet1962.

J’avais la chance d’y avoir un excellent ami "bien pensant", chirurgien stomato qui avait eu l’occasion de me soigner un urgence au cours d’un voyage en France en 1947. Yvan BELTRAMI et sa femme m’ont hébergé chez eux pendant plusieurs semaines avant que je prenne mon bâton de pélerin à la recherche d’un poste de chirurgien Dieu seul savait où !!

J’ai eu ainsi l’occasion de connaitre le beau monde des savonniers de Marseille . L’un d’eux me dit un jour,( en substance !!) Eh bien maintenant on va pouvoir aller faire du commerce avec l’Algérie !!!

Cette phrase m’a ébahi, mais dans l’état d’anéantissement dans lequel nous nous trouvions à cette époque dramatique, je n’en ai pas apprécié toute la profondeur ainsi que l’horreur de la philosophie.

Au cours de ces quarante six dernières années, j’ai souvent repensé à cette remarque, et j’avoue qu’elle me laisse toujours aussi perplexe...

pas vous ?

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