L’Affaire SI SALAH (introduction)
Un conjuration De Gaulle-Ferhat Abbas (Dr. J.C.PEREZ)
C’est ainsi que par la magie du verbe de Bernard Tricot, ce que j’ai toujours appelé « un phénomène sociologique humain, merveilleux et unique au monde », le peuple pied-noir, devenait « un problème »
Notre peuple était identifié à un ramassis « d’empêcheurs de tourner en rond », qui faisait obstacle à la liquidation de l’Algérie française.
Nous touchons là, en réalité, au point d’orgue dramatique de la liquidation de l’Algérie française.
Car, lorsque l’on scrute le comportement de tous les tacticiens qui sont intervenus dans l’accomplissement de cette forfaiture, on se rend compte que tous, sans exception, ont fait l’impasse sur le destin, le sort physique et charnel du peuple pied-
noir.
Peuple pied-noir que j’ai appelé depuis toujours : fraction vivante de la nation française.
Si je l’ai appelé ainsi ce n’est pas par prétention de style. Je l’ai appelé fraction vivante de la nation française, parce que cette collectivité jouissait d’une vie, d’une naissance, d’une croissance, d’une évolution et d’un risque de mort. Si la France était vivante là-bas, au Sud de la Méditerranée, c’était par l’intermédiaire de ce peuple. C’était grâce à la vitalité, à l’endurance et au génie de ce peuple.
Or, il se trouve que cette qualité de fraction vivante de la nation française, on a voulu la lui nier. On a voulu l’en amputer. Ce que l’on a prétendu, c’est « cheptéliser » ce peuple. C’est-à-dire que, lui faisant crédit d’une compétence indéniable, on a voulu l’utiliser comme un cheptel de choix, en faisant rester en Algérie une grande partie de ce peuple après l’indépendance. De manière à conserver à l’Algérie, un niveau d’échange commercial qui fût encore rentable. Dans l’espoir de maintenir l’Algérie au niveau d’un pays peuplé de consommateurs solvables.
Un négociateur d’Evian explique dans un ouvrage, que le G.P.R.A. avait exigé que 400.000 pieds-noirs restassent en Algérie. En effet, ce négociateur savait très bien que l’Algérie sans les Pieds-Noirs....
C’était encore une manoeuvre politico-économique qui était tentée.
Elle a capoté parce que les Pieds-Noirs ont choisi tout naturellement l’exode. Ce peuple, dans son immense majorité, ne pouvait retrouver sa vitalité que sur un territoire français. Ce peuple est chez lui sur le territoire métropolitain de la même manière que les Français de l’Hexagone auraient été chez eux en Algérie française, s’ils avaient éprouvé l’envie, s’ils avaient eu le courage de venir y vivre. Et la France appartient au peuple pied-noir de la même manière qu’elle appartient d’ailleurs aux autres provinciaux de notre Patrie. Mais ce peuple appartient aussi et avant tout à la France. Il a su le démontrer, à l’instar de nos autres compatriotes, par le prix du sang versé quand ce fut nécessaire.
Ce peuple français d’Algérie qui vit en France, où il exprime sa personnalité, sa vitalité, sa liberté et ses remarquables facultés d’adaptation, doit savoir qu’il exhibe en outre, un merveilleux trophée de victoire.
Je veux parler de sa vie, que l’on était disposé à sacrifier. Et aussi de sa jeunesse collective car c’est un peuple de 180 ans d’âge seulement. Cette jeunesse, il doit la mettre au service de sa patrie, parce qu’elle est porteuse d’enthousiasme et de pugnacité. Qualités qui vont être nécessaires à mettre en oeuvre, au service de la France, pour affronter les décennies difficiles riches en traquenards qui nous attendent.
Ce peuple, avant tout, ne doit pas oublier qu’il est porteur d’un message ou plutôt d’une mémoire.
D’une mémoire de l’empire français.
Empire français qui assura pendant plus d’un siècle son rayonnement, sa grandeur et sa puissance à la Nation française, quand elle a traversé des tourmentes, des drames et des malheurs. Cela nous autorise à revenir sur une phrase prononcée par l’amiralDarlan à Alger, quelques jours avant le débarquement anglo-américain du 8 novembre 1942, phrase qui fut intégralement publiée dans la presse quotidienne algéroise
« L’empire, sans la France ce n’est rien. La France sans l’empire, ce n’est rien ».
Cette phrase terrible comporte une prédiction et un avertissement.
L’empire, en effet, sans la France ce n’est rien.
Il est trop facile de constater aujourd’hui le bien fondé de cette affirmation de l’amiral. Les affaires de corruption africaines, les souffrances des peuples africains, les viols institutionnels et massifs des femmes congolaises, sud-africaines, soudanaises et ruandaises, pour ne pas citer toutes les autres, sont inscrites dans les « bienfaits » de la décolonisation.
Mais prenons garde que le deuxième terme de l’avertissement de l’amiral ne soit confirmé et qu’un jour, la France, amputée de l’Algérie, ne soit..…..
Notre peuple, qui reste en permanence une fraction vivante de la Nation française, doit se situer aux avant-postes pour la défense de la Patrie, comme il l’a toujours fait durant son histoire. Dans cette perspective, il lui reste avant tout quelque chose à faire : sauver la mémoire, le souvenir. Élaborer un matériau pour que nos enfants, nos petits-enfants, arrière-petits enfants et plus loin encore dans les temps à venir, aient les moyens de convoquer au tribunal de l’Histoire, les responsables de la mort de l’Algérie française en les interrogeant.
Ils demanderont :
« Qu’avez-vous donc fait ? Qu’avez-vous osé faire de cette merveilleuse terre d’Algérie ? De cette terre mythique qui a ravi l’âme de nos anciens, de cette terre d’espérance, porteuse d’avenir, porteuse du message de l’Occident et de l’enthousiasme de la France, qu’avez-vous osé en faire ? »
Si nous sommes capables de réunir pour nos descendants les moyens de formuler ces interrogations, nous aurons mérité alors, et alors seulement, de ceux qui sont morts pour l’Algérie française.
Nos soldats du contingent, nos soldats de l’armée de métier, nos harkis lynchés par dizaines de milliers, nos civils massacrés, enlevés, torturés, disparus.
Nous aurons mérité de nos combattants de l’OAS : je pense tout particulièrement à Le Pivain, assassiné à Alger, à nos garçons de Bellecourt, tués dans l’Ouarsenis avec le commandant Bazin. Nous n’oublions pas les sept deltas d’Oranie tués avec leur chef Axel Galvadon à Sidi-Bel-Abbès. Nos combattants du quartier 3 du secteur centre d’Alger (Champ-de-Manoeuvre, Belcourt, Le Ruisseau) tués en opération dans les rues d’Alger : Lebel, Maurer, Turiella, Lichtlet, Liegeois.
Nous évoquons tout particulièrement la mémoire de nos fusillés : Piegts, Dovecar, Degueldre, Bastien-Thiry, dont nous attendons que l’on nous dise officiellement qu’ils sont morts pour la France.
Les gaullistes ainsi que leurs alliés du FLN de l’extérieur, ont toujours considéré les pieds-noirs comme des dhimmis en puissance. Ils avaient organisé en esprit la nouvelle dhimmitude dans laquelle devaient s’installer les Français d’Algérie. C’est à dire au sein d’une collectivité soumise avant tout à la loi des Croyants, obligée de payer tribut pour vivre, circuler et travailler. « Ils porteront le fez si nécessaire » a déclaré le général Massu à un interlocuteur anonyme.
Ils ont agi comme s’ils avaient voulu d’une Algérie où l’islamisme allait être dominant. D’une Algérie où les pieds-noirs allaient être chargés de la composante technique, artistique, artisanale et civilisatrice de la vie. Comme l’avaient fait les dhimmis juifs et chrétiens à partir des VIIè et VIIIè siècle, au Moyen Orient, dans les Balkans, en Grèce et en Espagne, ainsi que dans le Maghreb, qui avait un grand passé de civilisation romaine et chrétienne.
Pour les gouvernements de la IVe et surtout de la Ve République, la question n’était pas de savoir si l’Algérie devait être indépendante ou non. Pour eux, la question était delà réglée. L’Algérie serait indépendante. La question qui les gênait était celle-ci :
– quel avenir pour les peuples français d’Algérie à qui justement était refusée la qualité de Français ?
Les pieds-noirs furent ainsi, volontairement et sadiquement, acculés à leur désespoir ... puis à leur colère.
Le regret que je manifeste aujourd’hui, c’est qu’ils n’aient pas été capables de se mettre tous en colère quand il le fallait.
(Suite de l’Affaire Si SALAH dans un prochain article)
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