Quand des "élites" réécrivent l’histoire Les acteurs de cette histoire leur répondent

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Voici comment une fille de Harki et un historien spécialiste de la colonisation voient "le colonialisme" et s’expriment au nom de ces hommes, qui, d’origine algérienne, ont opté pour la France et dont ces deux censeurs veulent faire des victimes expiatoires au nom d’une repentance revendiquée en leur nom.

Billet de Fatima Benasci-Lancou, écrivain, fille de Harki et Gilles Manceron, historien spécialiste du colonialisme française, Rédacteur en Chef de la Ligue des Droits de l’Homme, Hommes et Libertés

Harkis, un abandon que la France doit reconnaître

07 Décembre 2009 Par Les invités de Mediapart
Edition : Les invités de Mediapart

Les anciens harkis et leurs enfants refusent d’être enrôlés pour une Fondation qui serait vouée à la « colonisation positive », plaident Fatima Besnaci-Lancou, présidente de l’association Harkis et droits de l’Homme et Gilles Manceron, historien et vice-président de la Ligue des droits de l’homme.

Les hommes qui ont fait partie durant la guerre d’Algérie des forces auxiliaires auprès de l’armée française, comme leurs familles qui ont été maintenues dans des camps et discriminées en France après la fin du conflit, ont l’habitude qu’on parle à leur place au lieu de les écouter.
Conformément à la vieille tradition coloniale, on ne cesse de tenter de les enrôler, sans les entendre, au profit de causes définies par d’autres.
La loi du 23 février 2005, qui enjoignait aux enseignants de présenter « le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du nord », et que ses initiateurs ont cherché à présenter d’abord comme une loi « en faveur des harkis », a été un nouvel exemple de cette tendance constante à leur instrumentalisation.

L’Association Harkis et droits de l’Homme a été l’une des premières à s’opposer clairement à cette tentative de réhabilitation de la colonisation et à la manœuvre qui consistait à chercher à associer celle-ci à quelques mesures bien insuffisantes en faveur de personnes victimes d’injustices flagrantes.

Le retrait de l’article le plus scandaleux de cette loi, l’article 4, n’a pas empêché que les anciens harkis et leurs descendants ont continué à être mêlés à une cause qui n’est pas la leur.
En effet, c’est à l’occasion de la Journée d’hommage aux harkis du 25 septembre 2007 que le premier ministre François Fillon a annoncé la mise en chantier de la Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie prévue par l’article 3 de cette même loi, Fondation que le président Chirac, dans la logique de son retrait de l’article 4, n’avait pas mis en œuvre.
Et c’est dans son discours aux Invalides lors de cette même Journée, en septembre 2009, que le secrétaire d’Etat aux anciens combattants Hubert Falco a annoncé sa création imminente.

Que les choses soient claires : ce que souhaitent les anciens harkis et leurs familles, c’est que la France reconnaisse que son engagement à les protéger à la fin de la guerre n’a pas été tenu.
Qu’elle reconnaisse que ceux qui sont venus en France ont été soumis à une procédure humiliante de « réintégration dans la nationalité française » alors que la Ve République leur avait garanti qu’ils étaient citoyens français et qu’« il n’y avait plus désormais en Algérie qu’une seule catégorie de citoyens ».
Et enfin qu’elle reconnaisse que leur regroupement dans des camps, à l’écart de la société française et dans des conditions sanitaires déplorables, a été un traitement discriminatoire contraire à tous les principes de la République.

Ces trois faits sont constitutifs d’un abandon qu’il faut que la France reconnaisse enfin. Telle est la demande que formulent les anciens supplétifs et de leurs familles et que les autorités de la République refusent toujours d’entendre.

En revanche, ils n’ont rien à voir avec la demande des nostalgiques de la colonisation qui cherchent à présenter celle-ci comme « positive », en écartant les travaux des historiens universitaires.

Attachés à la mémoire dont ils sont porteurs et désireux de la faire entendre, les harkis et leurs familles savent, quant à eux, que c’est aux historiens et non pas aux pouvoirs politiques ou aux groupes mémoriels d’écrire l’histoire. La connaissance de la guerre d’Algérie ne peut reposer que sur un travail conjoint des historiens français et algériens et sur la facilitation des échanges entre eux.

Pour que les plaies d’hier se referment, les anciens supplétifs et leurs familles souhaitent que le passé dont ils ont souffert devienne un objet d’histoire et cesse d’être utilisé, d’un côté comme de l’autre de la Méditerranée, comme un enjeu politique.
Ils savent que leur passé les rattache aux deux pays et réclament de revoir librement la terre de leurs ancêtres.
Or certains discours officiels français qui prétendent rendre hommage à ceux qui auraient fait le « bon choix », celui de combattre avec la France contre l’indépendance algérienne, alimentent la stigmatisation officielle sur l’autre rive. Les réalités d’hier ont été plus complexes. Faire confiance aux historiens des deux pays pour l’expliquer est le seul moyen pour que les passions s’apaisent.

Ainsi, les anciens harkis et leurs descendants n’ont rien à voir avec une Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie dès lors qu’elle serait placée, à leur corps défendant, sous les auspices d’une loi marquée à son origine par les relents de la « colonisation positive ».

Voyez en page 2 ce que leur répond un fils de Harki et fier de l’être

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Et voici la réponse de Kader Hamiche, fils de Harki, qui conteste le discours orienté de Fatima Benasci-Lancouet et Gilles Manceron, et donne une toute autre dimension au choix de ces hommes, fiers de leurs actes et qui ne regrettent rien

Kader Hamiche, auteur d’un « Manifeste d’un fils de Harki fier de l’être », répond à Fatima Besnaci-Lancou et Gilles Manceron.

Fatima Besnaci-Lancou et Gilles Manceron (lire leur article) commencent par dire que « [les Harkis] ont l’habitude qu’on parle à leur place au lieu de les écouter ». Or, eux-mêmes ne font pas autre chose dans ce texte qu’on dirait dicté par les autorités algériennes elles-mêmes.

Chaperonnée par la Ligue des Droits de l’Homme qui est une des composantes essentielles du lobby pro-FLN en France, FBL, comme nous, les enfants de Harkis militants, l’appelons, est en mission spéciale pour le président Bouteflika (qui a dit en 2000 que les Harkis étaient des « collaborateurs au service d’une armée d’occupation » qu’il a comparée à l’armée nazie) et ses amis héritiers des porteurs de valises parfaitement représentés ici par Gilles Manceron.

Sans tomber dans leurs travers, je prétends que, contrairement à ce que FBL et Gilles Manceron écrivent, les Harkis dans leur très grande majorité reconnaissent bel et bien la loi du 23 février 2005 comme leur étant, insuffisamment mais réellement, favorable.
Notamment à cause de son article 5 (dont on ne parle jamais, curieusement) qui, pour la première fois dans notre histoire, interdit les insultes aux Harkis.

Un article incomplet, d’ailleurs, puisqu’il a permis à la Cour d’Appel de Montpellier de condamner sévèrement Georges Frèche sur le plan moral sans qu’elle prononce des sanctions concrètes lorsqu’il a traité les Harkis de sous-hommes.
Une lacune qui semble en voie d’être comblée si on en croit le député de Béziers Elie Aboud, Président du groupe de travail sur les Rapatriés à l’Assemblée nationale.
Cet article gène énormément les Algériens et la Ligue des droits de l’homme voudrait bien le voir supprimer comme tout le reste de la loi.

Mais il est clair que FBL et GM sont ici surtout préoccupés d’enfourcher leur dada habituel et de défendre leur fonds de commerce idéologique : la lutte, anachronique et confortable, car il n’y a plus de danger à s’y livrer dans le contexte actuel de politiquement correct absolu, contre un colonialisme qui n’a plus court depuis bientôt un demi-siècle.
Et, là encore, et tant pis si ça leur fait de la peine, les Harkis, en tout cas si j‘en crois ceux que je fréquente (il se peut qu’ils ne fréquentent pas les mêmes) sont loin de penser que la France n’a rien fait de bon en Algérie.
Et, là, je me permets de citer quelqu’un de parfaitement représentatif à mes yeux puisqu’il a servi pendant 6 ans et 9 mois comme Harki, qui dit et répète à qui veut l’entendre :

«  En 1955, nous avons créé un groupe d’auto-défense parce que nous pensions que seule la France pouvait gouverner l’Algérie. Cinquante ans après, si c’était à refaire, je le referais ! »
Ce Harki, c’est mon père.

Notre duo dépasse les bornes en prétendant que les Harkis ne veulent pas qu’on « rende hommage à ceux qui ont fait le « bon choix » (mis entre guillemets par les acteurs de l’article, ce qui en dit long sur leur appréciation du choix des Harkis !) » sous prétexte que cela alimente « la stigmatisation officielle sur l’autre rive ».
Qu’est-ce-que ça veut dire ?
Que, pour nos auteurs, ce qui compte avant tout, c’est l’opinion des Algériens et non celle de ceux qu’ils prétendent défendre ?
Que les musulmans d’Algérie qui avaient choisi de combattre dans les rangs de l’Armée française contre les égorgeurs du FLN auraient fait un « mauvais choix » ?
Ce serait, pour Fatima Besnaci-Lancou, fille de Harki, une très étrange façon de défendre la mémoire de son père. C’est, évidement, beaucoup moins étonnant de la part du thuriféraire des porteurs de valises qu’est Gilles Manceron.

Enfin, on ne voit pas bien d’où nos duettistes tirent que « les anciens Harkis et leurs descendants », comme ils disent, « n’ont rien à voir avec une Fondation pour la mémoire de la guerre d’Algérie » dont ils font mine de penser par avance qu’elle fera l’apologie de la « colonisation positive ».

Tout ce que veulent non seulement les anciens Harkis et leurs descendants mais aussi les Pieds-Noirs et leurs descendants et tous les Français dans leur ensemble, c’est la vérité et la justice.
Deux objectifs qui peuvent être atteints par l’action des historiens et des intellectuels, des journalistes (je parle pour Médiapart, par exemple, dont le directeur-fondateur, Edwy Plenel, n’est pas le plus mal placé pour en juger et pour agir) ET des politiques.
Que Fatima Benasci-Lancou et Gilles Manceron en conviennent et cessent de se croire les seuls dépositaires de l’histoire de la colonisation et, singulièrement, de celle des Harkis.

Kader Hamiche

http://www.mediapart.fr/club/edition/les-invites-de-mediapart/article/081209/pour-les-harkis-la-verite-et-la-justice

Voir en ligne : http://www.mediapart.fr/club/editio...

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