Ce que pense la France socialiste de l’Algérie en Mai 1956 Après la "journée des tomates" que pense la France de l’Algérie ?

, par  Jean Claude THIODET ✞ , popularité : 3%

Qu’en est-il exactement ?
Quelle est la position de la Métropole vis-à-vis de l’Algérie ?

Un fait certain, c’est que la situation de l’Algérie ne lui est pas particulière.
Des constatations analogues peuvent être faites dans presque tous les pays du bassin méditerranéen : le niveau de vie des masses paysannes n’est pas sensiblement plus élevé en Espagne, en Italie du Sud, en Grèce ou en Turquie.

Qui en est responsable ?

Ce sont les conditions naturelles, ce n’est pas ce que l’on appelle "le colonialisme ".

Voyons d’abord qu’elle est la position de la France...


VIS-A-VIS DE L’ÉCONOMIE DE L’ALGÉRIE

Signalons d’abord que les Musulmans détiennent 70 % des terres cultivées en Algérie.
7 sur 8 des Français d’Algérie ne sont pas des colons mais des ouvriers, des employés, des fonctionnaires, des techniciens, des commerçants, des cadres. D’ailleurs, les Français d’Algérie — 1 million — ont en moyenne un revenu annuel inférieur de 20 % à celui des Français de la Métropole,

Sur les 25 000 propriétaires terriens européens, 8 000 possèdent des superficies de moins de 10 hectares et 900 en ont plus de 500 hectares.

D’ailleurs, n’oublions pas que, compte tenu des rendements respectifs, 100 hectares en Algérie équivalent en moyenne à une vingtaine d’hectares dans le Nord de la France.

Ajoutons que certaines terres aujourd’hui les plus fertiles en Algérie étaient autrefois couvertes de marais ou complètement arides et ont été littéralement "fabriquées" par les Français, au prix de leur sueur et parfois de leur sang.

Autre question : on condamne souvent l’introduction de la vigne en Algérie, ce qui aurait eu pour résultat de priver la population de certaines cultures vivrières. Ce raisonnement est faux.

En effet 3 millions d’hectares sont consacrés aux céréales en Algérie et donnent une récolte d’une valeur totale d’une cinquantaine de milliards. La vigne qui occupe moins de 400 000 hectares fournit également un revenu brut d’une cinquantaine de milliards et distribue 20 milliards de salaires. D’autre part, la main- d’oeuvre employée à l’hectare de vigne est au minimum 10 fois supérieure à celle nécessitée par un hectare de céréales.

Imaginons que la vigne n’existe pas et que par extraordinaire, tous les vignobles puissent être transformés en terres à céréales. Compte tenu de la jachère imposée par le climat, cela donnerait au maximum, 2 millions et demi de quintaux de blé d’une valeur totale de 7 milliards et cela permettrait de distribuer à peine un milliard de salaire. Autrement dit, cette « reconversion » priverait de leur gagne-pain près de 200 000 familles. Le même raisonnement vaut pour les agrumes et pour les primeurs.

Or, les excédents métropolitains en céréales atteignent 20 millions de quintaux. Le problème alimentaire en Algérie peut se trouver réglé au moindre coût, soit par des importations, soit par la simple augmentation, parfaitement possible, du rendement des cultures indigènes en céréales, sans qu’il soit nécessaire de détruire l’une des principales richesses du pays.

D’un point de vue général
, aussi bien en matière agricole qu’industrielle, la France, depuis la Libération a fait un sérieux effort d’équipement. Le plan d’équipement de l’Algérie, presque intégralement financé par la France, dispose de crédits supérieurs au plan italien d’équipement pour la mise en valeur de l’Italie du Sud, qui a cependant une population double de celle de l’Algérie.

Crédits du plan italien : (moyenne annuelle) 72 milliards de francs
Crédit du 2° plan d’équipement de l’Algérie (moyenne annuelle) 76 milliards de francs

Le fait d’appartenir à la communauté française a au moins permis aux Algériens d’éviter d’énormes restrictions et l’effondrement de leur niveau de vie qui, sans cela, aurait été inévitable, à la suite de l’accroissement de la population.

DU POINT DE VUE SOCIAL
Le bilan de l’intervention de la France est encore plus positif.
Les dépenses d’équipement pour l’enseignement primaire en Algérie sont quatre fois plus importantes qu’en Egypte, et celle de santé publique deux fois plus élevées.

Citons deux faits :

 Equipement hospitalier : Algérie : 1 lit pour 360 habitants. Egypte, Turquie, Irak : 1 lit pour 1 000 habitants.

Mortalité infantile :
Musulmans d’Algérie :
En 1901 ……….127 pour 1000
En 1955 ………. 85 pour 1000
Égypte (1955) ……….160 pour 1000

Enfin, la France a introduit une législation sociale, un salaire minimum, les allocations familiales, ainsi qu’un système de sécurité sociale adapté aux conditions locales.

C’est ainsi que de 1938 à 1955, le salaire minimum à l’heure dans l’industrie a augmenté, en francs comparables, de 45 celui du salaire minimum journalier dans l’agriculture de 60 %.
Enfin, c’est dans les régions où la pénétration française est la plus sensible que les salaires sont les plus forts et le chômage le moins important.

Il est certain que ces efforts demeurent insuffisants.

La scolarisation par exemple est loin d’être satisfaisante.

Actuellement, un enfant sur six reçoit l’instruction primaire.
Mais pour résoudre ce problème, il faudrait y consacrer la totalité des sommes investies en Algérie !!.

Une question se pose alors ! Faut-il faire passer l’instruction avant le pain, avant le travail et avant la santé ? Il y a des priorités à respecter, on ne peut tout faire à la fois.

Cependant, même si elle est encore imparfaite, l’œuvre de la France a amené en Algérie une baisse importante de la mortalité, la fin des épidémies, l’accroissement du pouvoir d’achat. Les progrès accomplis sont déjà considérables.

Pour la Métropole, qu’en résulte-t-il ?

Aujourd’hui la Métropole continue à supporter une lourde charge en Algérie.
Apparemment, l’Algérie constitue pour la Métropole, un marché qui assure à nos productions des débouchés importants. En effet, le marché algérien est deux fois plus important que le marché anglais.

L’Algérie est notre premier client, elle absorbe plus de 11% de tout ce que nous vendons à l’extérieur et près du tiers de nos exportations vers la France d’Outre-Mer. Depuis l’avant-guerre, nos exportations vers l’Algérie ont doublé.

L’Algérie est la clef de voûte de nos échanges avec l’Afrique du Nord, à qui nous vendons le tiers de notre production de sucre, le dixième de notre production de produits pétroliers, l’Algérie absorbant à elle seule la moitié de ces exportations.

Nos usines de coton, d’automobiles et de pneus, travaillent deux semaines par an rien que pour l’Algérie qui est aussi un débouché privilégié pour nos industries mécaniques et électriques, nos industries de ciment, de l’habillement, de la chaussure, des corps gras, des produits chimiques et pharmaceutiques ainsi que pour nos exportations de produits laitiers, de légumes et de bétail.

Sans le commerce avec l’Afrique du Nord en général et avec l’Algérie en particulier, le trafic du port de Marseille serait réduit dans des proportions catastrophiques et notre flotte de commerce subirait une grave crise.

D’autre part, à eux seuls, les touristes algériens en France dépensent autant que les touristes américains, soit 10 % du chiffre d’affaires des professions du secteur tourisme.

Voir en ligne : la journée des tomates

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