Ce que pense la France socialiste de l’Algérie en Mai 1956 Après la "journée des tomates" que pense la France de l’Algérie ?

, par  Jean Claude THIODET ✞ , popularité : 3%

Bref, c’est comme si chaque travailleur Français de la Métropole vendait tous les ans pour plus de 11. 000 francs de produits divers aux Algériens. L’Algérie joue donc un rôle très important dans l’économie de la France.

Mais il y a un autre aspect du problème.

Pour l’Algérie aussi la métropole est un client exceptionnel.

Elle lui adresse les trois quarts de ses exportations (vins, agrumes, primeurs, alfa, tabacs, liège, etc.).

Or, ces produits entrent évidemment en France sans supporter de droits de douanes, ils sont assurés chez nous d’un débouché même s’ils ne sont pas indispensables à la Métropole. Les achats de la France portent sur des productions qui ne seraient vendables ailleurs que très difficilement ou vendables à des conditions nettement plus défavorables.

C’est ainsi que les marchandises qui nous ont été vendues 102 milliards par l’Algérie (dont 57 milliards de vins) en vaudraient à peine 75 sur les autres marchés ?

Mais il y a plus.

La France vend à l’Algérie bien plus qu’elle ne lui achète ? Le déficit algérien est comblé par la France. Si bien que l’Algérie paie le tiers de ses achats avec des fonds que le vendeur lui accorde.

Mais la cherté est un phénomène général de l’économie française et le problème serait le même si l’on isolait chaque province

Sans parler des dépenses militaires exceptionnelles, le Trésor dépense une centaine de milliards par an en Algérie comme contribution à l’administration et à l’équipement.
En revanche tous les impôts prélevés en Algérie sont dépensés sur place. L’Algérie ne participe en rien aux frais de l’administration métropolitaine.

D’autre part, de nombreux chômeurs algériens viennent travailler en France. Un sur sept des Algériens en âge de travailler vit dans la Métropole.

Si bien qu’à eux seuls, les envois de fonds des Algériens travaillant en France font vivre plus d’un million de personnes de leurs familles demeurées dans les douars. Cet apport est égal au montant des salaires versés par l’agriculture algérienne. Une crise dans l’industrie française se traduirait immédiatement par la misère dans les villages de Kabyle.

Ainsi la France injecte du pouvoir d’achat à l’Algérie.

Tout compte fait. on peut dire que chaque fois que 100 francs sont dépensés en Algérie, 25 francs proviennent de France.

Autrefois les territoires d’Outre-Mer rapportaient. Aujourd’hui aussi bien l’Algérie que l’Afrique du Nord ou que l’ensemble de l’Union Française coûtent beaucoup plus à la France qu’ils ne lui rapportent.

Mais se limiter à ce point de vue trop comptable serait une erreur. Il ne viendrait à l’idée de personne de faire le bilan de ce que coûtent et rapportent au reste de la France, l’Auvergne, le Languedoc ou la Corse. Il ne peut pas être question non plus de s’en tenir à cela en ce qui concerne l’Algérie province française.

De multiples raisons nous attachent à l’Afrique du Nord

Bien des gens, après examen des réalités algériennes seraient tentés de dire : « Que faisons-nous en Algérie ? La France n’a rien à perdre et tout à gagner en se retirant de ces régions et en les laissant à elles-mêmes. Pourquoi ne pas avoir simplement vis-à-vis de l’Algérie, les relations normales que la France conserve avec les pays étrangers ? »

Ce serait juger d’après les apparences. Mais ici, d’autres faits interviennent.

Un fait humanitaire.
Quand on a des parents pauvres, on ne les laisse pas tomber.

Laisser l’Algérie à elle-même, c’est vouer 10 millions d’algériens à la misère, à la maladie, au chômage, à l’ignorance, à l’anarchie et même à la terreur. Est-il utile de rappeler que la Libération est partie de l’Afrique du Nord en 1944 et que beaucoup de Nord-Africains ont accompli vis-à-vis de la France tous leurs devoirs de Français ou d’alliés. La solidarité ne peut pas être à sens unique.

Et puis, un million de Français, de souche européenne vivent en Algérie. S’ils ont les mêmes devoirs, ils ont aussi les mêmes droits que nous.

Il est impensable de les abandonner à leur sort.

Un fait économique.

La perte du marché algérien entraînerait pour la France une véritable crise économique, le chômage complet de 300 000 travailleurs, en attendant une très pénible « reconversion ».

Enfin, il faudrait rapatrier et redonner du travail au million de Français installés en Algérie. Cela poserait des problèmes énormes et coûterait beaucoup plus cher à la France que ce que nous dépensons actuellement.


Un fait politique
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Sans son prolongement algérien, la France ne serait plus qu’une puissance de troisième ordre.

Sa position, même en Europe, serait extrêmement diminuée. Sa défense serait compromise. Elle serait condamnée à un destin médiocre.

Enfin, l’abandon de l’Algérie risque d’entraîner la perte de l’Afrique Noire. Et l’on peut dire en général qu’une France sans l’Union Française aurait perdu ses meilleures chances d’avenir.

Mais ce ne sont là que les faits les plus criants, les vérités que chacun peut saisir d’emblée.

On peut les résumer d’une phrase :

la France ne peut renoncer à l’Algérie sans renoncer à elle-même, la perte de l’Algérie aurait pour nous la même signification que pour nos pères celle de l’Alsace-Lorraine.

Mais il ne s’agit pas seulement de plaider pour notre œuvre passée.

En Algérie une personne sur deux a moins de 20 ans et est incapable d’apprécier les progrès que nous y avons apportés.
Ce qui compte, c’est l’avenir.

Il est temps pour la France de voir grand.

Trop de gens, lorsqu’on parle de l’Afrique du Nord, n’ont à l’esprit qu’une bande de terrain de 100 à 200 kilomètres de profondeur en arrière des côtes nord-africaines.
Mais ceci est loin de correspondre à la réalité. Au-delà, en effet, s’étendent les immensités de ce que l’on appelle toujours le désert du Sahara.

Quoi ! dira-t-on, que change l’existence de ce désert eux confins de l’Algérie ?

Cela change aujourd’hui beaucoup de choses !

Nous avons tous appris à l’école que le Sahara, c’était des milliers de kilomètres carrés de sable, sans autre végétation que les quelques palmiers des oasis écrasés sous un soleil torride, région désolée sans intérêt pour personne.

Cela, c’était vrai hier, comme c’était vrai aussi pour les autres déserts brûlants ou glacés du Brésil, de la Sibérie, de l’Afrique du Sud ou du Nord-Canada.

C’était vrai lorsque l’homme ne possédait comme outils que des pioches, des pelles ou des brouettes, comme moyens de transports que des charrettes et qu’il n’avait pratiquement aucun moyen de protection contre les climats extrêmes.

Aujourd’hui, nous avons comme outils des bulldozers, des bennes mécaniques, des foreuses, des pipes-lines.

Nous avons les camions — maintenant parfaitement adaptés au désert — le chemin de fer, les hélicoptères et les avions qui rendent possibles des tâches et des efforts considérés jusqu’alors comme insurmontables.

Voir en ligne : la journée des tomates

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