SARKOZY A PERDU ! Pôvre de nous !

, par  NEMO , popularité : 52%

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Il faut reconnaître qu’il est bon, Sarkozy, en meeting et à la télé. Il n’y avait qu’à le voir, sur France 2, la semaine dernière, retourner comme des crêpes les journalistes qui l’interrogeaient avec une impartialité digne de télé Pyongyang, ou donner la fessée à « l’homme du plan B ». On avait envie de dire « Chapeau l’artiste »… ou l’illusionniste ?

Pourtant, Sarkozy va perdre les élections. Et il aura beau faire la danse du ventre aux électeurs du FN et les yeux de Chimène à Bayrou, au soir du 6 mai, ou peut-être bien dès le 22 avril, il aura quand même perdu. Pourquoi ? Hé bien, c’est, vous allez voir, très simple.

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En France, sous la 5ème République, le Président est élu au suffrage universel. Si, au premier tour de l’élection, aucun candidat n’obtient la majorité absolue des suffrages exprimés, un deuxième tour départage les deux candidats arrivés en tête. (Au passage, et en se gardant bien de tenir compte des votes blancs et des abstentionnistes de conviction, le suffrage à deux tours permet d’entretenir la fiction d’un président élu par la majorité absolue des Français, donc oint d’une légitimité quasi-royale.)

Donc, le candidat président, avant de gagner l’élection, doit passer le premier tour. Ce qui implique qu’il soit le champion d’une famille politique suffisamment nombreuse –les « petits » candidats ne sont là que pour entretenir la « fiction démocratique »-, et qu’il soit capable de la rassembler au complet derrière lui. Ce n’est déjà pas si évident - Jospin a été éliminé en 2001 pour avoir négligé sa "clientèle socialiste" en faisant au premier tour une campagne de deuxième tour-. Mais surtout, il faut que le candidat récupère au deuxième tour assez d’électeurs des candidats éliminés pour atteindre 50% des voix + une. Et pour cela, il lui faut jouer en virtuose de la brosse à reluire, et surtout éviter à tout prix de se mettre à dos les électeurs dont il espère le vote.

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Pour Hollande, récupérer au deuxième tour les voix du fameux « peuple de gauche » ne présente aucune difficulté. Depuis Mitterrand, les socialistes ont réussi l’exploit de faire avaler à une population émerveillée de tant de culot, que s’allier avec les héritiers de grands humanistes comme Staline, Trotski ou Mao, non seulement ne posait aucun problème moral, mais au contraire était le signe éclatant d’une attitude républicaine vigoureuse et responsable.

En même temps, et comme le rassemblement de toute la gauche, dans une France majoritairement de droite, ne suffisait pas à le faire gagner, l’inénarrable François 1er a réussi le tour de passe-passe, grâce à ses relais médiatico-intello-bobos, de vendre à la droite l’idée que si elle imitait la gauche en pactisant avec sa droite extrême, alors là, elle irait tout droit en enfer. Et ces gros ballots de droite - c’est vrai que nous si nous avons la gauche la plus cynique du monde, nous avons aussi la droite la plus bête de l’Univers-, se sont laissé voler un tas d’élections, pour ne pas risquer de se faire traiter de nazis et de fachos par des gauchos dont les inspirateurs n’ont après tout que 80 millions de morts sur la conscience.

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Alors revenons à nos moutons : si Sarkozy a été élu en 2007, ce n’est pas, comme le prétendent les experts de salon, parce qu’il avait su siphonner les voix du FN en lui piquant ses propositions. Non, il a été élu parce que les Français, qui, je le répète, sont majoritairement de droite, sans être automatiquement fascistes, avaient cru bêtement que Nicolas 1er (et peut-être dernier) allait enfin mener, et sans honte, la politique pour laquelle ils l’élisaient. Les 20% d’électeurs qui avaient osé braver l’interdit bienpensant en votant Jean-Marie Le Pen le 21 avril 2002, parce que le président du Front National était à l’époque le candidat par défaut de la France de droite (et pour cause, avec Chirac, on a vu le résultat), ont choisi naturellement Sarkozy en 2007, dès le premier tour pour une moitié, et au deuxième pour une bonne partie des autres, pour les mêmes raisons qu’ils avaient choisi Le Pen en 2002 : pour qu’il mène enfin la politique voulue par la majorité des Français !

Si on en vient maintenant à 2012, et les mêmes causes produisant les mêmes effets, une partie des électeurs de droite, et pas seulement les « anciennes voix de Le Pen », qui a le sentiment de s’être fait rouler par un président qui n’a pas fait ce qu’il leur avait promis, va naturellement se tourner vers le (seul) candidat qui leur promet une politique de droite. Et comme Marine le Pen, qui, n’a jamais exercé de responsabilité gouvernementale, n’a pas encore eu l’opportunité de ne pas tenir ses promesses, c’est pour elle qu’ils vont voter. Et avec d’autant moins d’hésitation qu’elle a sérieusement adouci le discours de son père, jusqu’à en faire un programme plus populiste qu’extrême. Ça, c’est pour le premier tour.

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Quant au deuxième tour, Sarkozy, au nom de la dictature du politiquement correct qui exige que tout républicain manifeste avec vigueur son aversion pour les idées du FN et lui fasse barrage, est en train de commettre une erreur fatale : en reprenant l’idée de siphonner le FN par un saupoudrage de promesses sécuritaires et identitaires, mais en continuant à taper sur Marine le Pen, pour donner des gages à la « bienpensance », il oublie que derrière les « voix du FN » il y a des Français qui aiment leur pays et qui en ont assez qu’on ostracise leur candidate pendant qu’à l’autre bout de l’éventail politique des extrémistes au moins aussi dangereux pour la Démocratie, et qui ne perdent pas une occasion de cracher sur la France, sont cyniquement récupérés par les socialistes.

Eh bien je vous dis que cette fois, si Sarkozy est au deuxième tour, ce qui reste à faire, les « voix du FN » se mettront aux abonnés absents. Et Sarkozy perdra son job, à défaut de perdre son âme… Et ce sera « pôvre » de nous ! sauf si Sarkozy suit mes conseils… mais je les lui donnerai une prochaine fois.

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