Radio-crochet socialiste

, par  Jean Claude THIODET , popularité : 75%

Cela a tout de même largement ressemblé tout à la fois à un jeu télévisé, à un radio-crochet et au tirage du loto, mais quoi qu’il en soit, cette “Primaire” organisée par le Parti socialiste a remporté, incontestablement, un succès d’audience. Le temps de cerveau disponible de l’électeur de gauche était fin prêt pour le grand show médiatique des six candidats à la Fonction Suprême. La preuve ! Et pour une fois, le monde politique dans sa grande majorité, sinon son unanimité, s’est réjouit de cet intérêt inespéré pour une consultation électorale, voyant là un espoir que l’abstention recule l’année prochaine, lors de la Reine des batailles électorales, soit l’élection à la Présidence de la République française.

Seulement, cette consultation, pour publique qu’elle soit, n’en est pas moins interne au seul Parti socialiste. En tirer trop de conclusions hâtives est risqué.

Car cette primaire n’est tout de même à la réalité politique que ce que dans le domaine du sport, une rencontre amicale est à un championnat professionnel. Qu’on gagne ou qu’on perde n’a guère d’importance. L’important est de participer, ainsi que le souhaitait tant Pierre de Coubertin. Jean-Michel Baylet l’a bien compris qui n’a pas manqué cette occasion inespérée de promotion autant personnelle que pour le “particule” aux destinées desquelles il préside. Son score de moins d’un pour cent peut faire sourire, certes, mais c’est tout bénéfice : à part Arnaud de Montebourg, c’est peut-être le seul candidat qui ait véritablement gagné quelque chose à ce premier tour d’élection virtuelle.

Par ailleurs, deux millions et demi de Français se sont déplacés pour glisser un bulletin dans l’urne de la consultation socialiste. Comparés au 17 millions d’électeurs de Ségolène Royale au deuxième tour de la présidentielle en 2007, c’est néanmoins bien peu… Surtout si on envisage que des électeurs de droite aient signés sans vergogne la grotesque “charte d’adhésion aux valeurs de la gauche ” dans le seul but d’influencer sur le choix du candidat qui sera opposé à leur champion.

C’est donc bien de succès d’audience médiatique qu’il faut parler, et non de succès de mobilisation citoyenne comme le proclament leaders socialistes et journalistes et encore moins de “démonstration de force citoyenne”, comme l’a salué de son côté Harlem Désir, premier secrétaire du PS par intérim.

Les socialistes auraient également tort de voir dans ces résultats trop de signes encourageants, à l’instar de Laurent Fabius pour qui “c’est une journée assez inquiétante pour M. Sarkozy (…) Ce que j’ai constaté, c’est une volonté de changement énorme. Énorme. On nous a dit : “On veut changer de politique et sortir M. Sarkozy”.”

Monsieur Fabius semble entendre des voix, tout comme Jeanne d’Arc en son temps, car à y regarder de plus près, les résultats confirment surtout les terribles divisions au sein du Parti socialiste… Six prétendants en comptant le “coucou” radical de gauche, cela n’augure rien de bon pour une union sincère de tous les socialistes derrière le ou la candidat(e) qui sera désigné(e), sans doute d’une courte tête, dimanche prochain, pour porter en 2012 les couleurs du Parti de feu François Mitterrand.

Humiliée par son score d’à peine 7 % qui ne lui donne même pas les moyens de négocier honorablement quoi que ce soit avec qui ce soit, Ségolène Royal se retrouve balayée par François Hollande dont la nouvelle compagne a quelque chance de devenir la future Première Dame de France… et par Martine Aubry qui lui a ravit au congrès de Reims en 2008 une direction du Parti qu’elle jugeait lui revenir de plein droit et qui aurait probablement changé la face du monde socialiste. Si la vengeance est un plat qui se mange froid, gageons que celle de dame Royal sera glacée, voire congelée si elle en a l’occasion.

Avec ses 17 %, Arnaud de Montebourg, lui, va non seulement négocier son avenir personnel et celui de son courant en position de force, mais le voilà désormais d’or et déjà placé parmi les favoris pour l’échéance présidentielle de 2017.

Ce qui n’est pas le cas de Manuel Vals dont la présence à cette primaire ne lui aura rien apporté, sinon à peine davantage de notoriété. Il aura fait du sur-place électoral et son ralliement dès le soir du premier tour à François Hollande ne lui offre même pas le loisir de laisser planer le doute quelques jours encore pour grapiller quelques minutes d’intérêts médiatiques. Sans même avoir réussi à devancer Ségolène Royal, il a somme toute la véritable place de quatrième, c’est-à-dire celle de celui dont on oublie toujours de parler quand les trois autres se sont hissés sur les marches du podium.

Quant à Martine Aubry et François Hollande, celui qui perdra dimanche prochain n’aura à l’évidence que bien pu d’enthousiasme à soutenir ensuite la campagne du vainqueur.

Soit la reproduction de ce qui s’est produit en 2007 quand le Parti socialiste, désavoué dans son ensemble par les résultats de la primaire organisée alors entre Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius et Ségolène Royal, avait rechigné à soutenir sa championne… de façon un peu trop visible, comme elle s’en était plainte elle-même.

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