Oui au 19 mars ! Quand on a fait une saloperie, on préfère que ça ne se sache pas

, par  NEMO , popularité : 79%

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Amis Pieds-Noirs, on commence à se connaître, depuis le temps, alors je vais me permettre de vous le dire franchement : vous avez tort de vous obstiner à refuser que l’on commémore la fin de la guerre d’Algérie le 19 mars.

Je sais, je sais, vous allez me répéter pour la énième fois que c’est une saloperie, qu’il n’y a jamais eu d’accord, que seuls les Français ont signé et que le FLN a juste craché sur ce qui n’était que des « déclarations d’intention ».

Vous allez ajouter qu’on a interdit aux Français d’Algérie de voter au référendum d’Avril 1962 sur les « Accords d’Evian », pour lequel même les Comores, à l’autre bout de la Terre, ont voté - c’est vous dire en quelle estime on nous tenait-, et que constitutionnellement, un référendum qui ne donne pas la parole aux principaux intéressés n’a aucune valeur juridique. Ça aurait pu se plaider, mais finalement, qu’est-ce que ça aurait changé ?

Alors vous allez vous énerver, m’envoyer dans les dents qu’il y a eu plus de morts chez les PN et chez les civils arabes entre le 19 mars et le 5 juillet 1962 que pendant toute la guerre d’Algérie, que c’est une insulte aux PN et aux Harkis, et un mensonge historique. Et vous allez me ressortir nos morts, nos disparus, la rue d’Isly à Alger, les massacres d’Oran du 5 juillet, les harkis, les gardes mobiles Français qui se battaient avec le FLN, contre nous…

Je sais, tout ça ! Alors vous allez me dire que les Algériens, eux, ils ne se privent pas de fêter la victoire sur la France le 19 mars. Nous, commémorer le 19 mars, c’est comme si les Allemands fêtaient le 11 novembre ou le 8 mai ! Ce serait une infamie. N’importe quel autre jour, mais pas ce putain de 19 mars, c’est ce que vous voulez, et vous n’en démordrez pas.

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Eh bien tant pis, je vous ai écouté attentivement, et je vous le répète quand même : Pieds-Noirs, mes frères, vous avez tort d’avoir raison.

Vous avez tort, parce que les raisons pour lesquelles on veut imposer le 19 mars comme jour anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie valent d’autant plus les vôtres que ce sont exactement les mêmes.

Réfléchissez un peu, au lieu de vous emballer ! Pourquoi croyez-vous donc que les FNACA, Cocos, Gaullos, Socialos, et Intellos de droite comme de gauche tiennent tant à cette date ? Et si vous vous mettiez une seconde à leur place, pour changer ?

Ce qui s’est passé en Algérie après le 19 mars, l’armée qui est restée dans ses casernes, sans lever le petit doigt quand les Pieds-Noirs se faisaient couper les couilles, qui a abandonné ses supplétifs sans leur laisser aucun moyen de se défendre, vous croyez qu’elle a envie qu’on en parle ?

Et nos bons godillots gaullistes, vous croyez qu’ils ont envie qu’on leur rappelle que Messmer a interdit aux officiers de rapatrier les Harkis, en sachant très bien ce qui leur arrivait en Algérie, ou que de Gaulle, mis au courant du massacre du 5 juillet, a ordonné à Messmer de ne pas bouger, pour ne pas recommencer la guerre d’Algérie ?

Et vous croyez qu’un Pierre Joxe a envie qu’on lui rappelle quelques petites phrases prononcées par son père, Louis, ministre des Affaires Algériennes, telles que « les PN ne devraient pas rentrer en France, ils risquent d’inoculer le fascisme, il vaudrait mieux qu’on les envoie en Australie ou en Amérique du Sud ». L’intègre Pierre Joxe préfère, et de loin, raconter dans un bouquin qui vient de sortir son terrible cas de conscience lorsque Mitterrand prononça l’amnistie pour les généraux du Putsch d’Alger, un des moments les plus difficiles de sa vie de ministre. Il avait même alors songé à démissionner, le pauvre, mais son sens du sacrifice fut le plus fort !

Et tous les autres, les intellos, les porteurs de valises, qui se sont fait oublier, après, quand ils ont découvert ce qui se passait vraiment en Algérie, vous croyez qu’ils ont envie qu’on leur rappelle que leurs « amis » ont torturé et assassiné des dizaines de milliers d’hommes désarmés, avec leurs femmes et leurs enfants ?

Et les Français de Métropole, à qui on fait croire depuis 1945 qu’ils ont tous été résistants, vous croyez qu’ils ont envie qu’on leur rappelle qu’ils étaient trop occupés à briquer leur 4CV et à valider leur tiercé pour ne serait-ce que montrer un minimum de compassion pour leurs compatriotes d’outre-mer dans le malheur ?

Je pourrais vous en remplir des pages, mais on va arrêter là : vous voyez bien l’idée, maintenant. Mettez-vous bien ça dans la tête : Personne, à part nous, les Pieds-Noirs, n’a envie que l’on parle de l’après 19 mars. Il y a eu trop de lâchetés, trop d’abandons, trop de saloperies.

Alors, commémorons la fin de la guerre le 19 mars, et jetons à la poubelle de l’Histoire ce qui s’est passé après. La rue d’Isly, c’est où, ça ? les « piénoirades » d’Oran ? On n’a rien vu, rien entendu, on n’était pour ainsi dire pas là. Et les Pieds-Noirs, d’abord, ils ont vraiment existé, ou c’est juste une invention ?

Non, le 19 mars, plus on y réfléchit, plus c’est la meilleure date possible pour la France. La France, généreuse et respectueuse des Droits de l’Homme, a accordé ce jour-là, par un « accord », l’indépendance à l’Algérie. Point barre ! Ce qui s’est passé après, c’est un détail de l’Histoire, on ne va pas en faire un couscous.

Ou alors, si on est vraiment obligé d’en parler, de l’après 19 mars, on n’a qu’à dire que tout ce qui s’est passé, c’est la faute à l’OAS. C’est pratique. On a tellement tout mis sur le dos de l’OAS depuis bientôt 50 ans qu’un peu plus ou un peu moins…

Et voilà comment se fait l’histoire. Comme ça, tout le monde est content, sauf les Pieds-Noirs et les Harkis. Mais c’est combien de voix, aujourd’hui, les Pieds-Noirs et les Harkis ? Et puis les Pieds-Noirs, c’était jamais que des colons, et les Harkis, des traitres. Alors, on ne va pas pleurer.

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PS. Si vous voulez que vos amis et vos enfants sachent pourquoi il ne faut pas que l’on célèbre la fin de la guerre d’Algérie le 19 mars, faites-leur lire le livre de Norbert MORALES, "Tire-toi de Mon Soleil", en souscription dans Notre Journal.

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