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A toi ALGER - Texte personnel d’Elisabeth

, par  MORA , popularité : 1%

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A toi ALGER

Je revois ton corps allongé, ton regard alangui qui embrasse la mer.
Tu étais éblouissante sous l’ardeur des rayons du soleil et la nuit, somptueuse, embrasée de lumières. Je me plaisais dans tes bras. Je promenais mes joies et mes peines au travers des plis de ta robe de lin blanc qui s’étalait jusqu’au rivage. Tu scrutais l’horizon comme si tu protégeais tes enfants insouciants.

Un jour ta robe s’est tâchée de sang, tu as grondé, explosé, j’avais peur ; je ne te reconnaissais pas. Ton corps était tout à coup meurtri, on te l’écartelait, chacun voulait te garder mais tu résistais. Toute mon insouciance s’évanouissait, je grandissais, la peur me tenaillait.
Tu n’as plus voulu de moi, tu m’as rejetée.

Tes flots ont éloigné le bateau qui m’emportait loin de toi et au milieu des larmes je ne comprenais pas pourquoi tu abandonnais ton enfant si brutalement, sans ménagement.

Maintenant orpheline, je te réclame, j’ai envie de te revoir, de me blottir en ton sein si chaud comme avant ; de me promener dans ton jardin d’essai aux essences rares, en tes marchés colorés de fruits si goûteux et grouillants de ménagères ; de me dorer sur ta plage de Sidi Ferruch bordée d’une forêt de pins qui nous servaient de parasols pour boire l’anisette et manger la kémia.

Sur tes épaules si blanches je revois El Biar avec ses villas et ses parcs.
As-tu gardé l’odeur de tes épices, des brochettes grillées de Fort de l’Eau, des poissons fraîchement pêchés, ta verdure, tes fleurs d’une rare beauté ?

Est-ce que je retrouverais la lenteur et la sérénité de la vie que tu m’as enlevées.

Je suis déracinée. Quitterai-je ce monde sans pouvoir me rassurer sur mon passé, sur cette terre qui a vu naître mes ancêtres qui ont donné de leur vie pour te rendre si belle et si attirante ?

Aucun de nous ne peut revivre ses souvenirs et ses bonheurs mais mon esprit et mon cœur les gardent à jamais enfouis, comme un trésor et que nul homme, quel qu’il soit, ne pourra me voler.

(Elisabeth SEIGLE)

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