le réseau Jeanson

, par  Danièle LOPEZ , popularité : 31%

LE RESEAU JEANSON

Henri Jeanson

Nous avons vu que les premières mobilisations sont mises en marche à l’instigation des avocats de la défense dans les procès des terroristes.

Sous couvert de « Comités de défense » et autres « Droits de l’homme » , ils vont
inciter et encourager les français à s’unir contre les partisans de l’ Algérie française .

De là à inciter et encourager les français à aider les terroristes, il n’y avait qu’un pas à franchir.

C’est ainsi que , en France et sur ces thèmes, trois hommes organisent le soutien à la rébellion.

Henri Jeanson , militant communiste , professeur de philosophie, intime de J.P Sartre, s’adressera aux intellectuels du pays et obtiendra leur aval ,

Tandis que les Abbés Davezies et Urvoas, prêtres-ouvriers de la « Mission de France » , enrôleront les ouvriers des usines où ils travaillent les incitant à apporter leur aide matérielle aux terroristes au lieu de leur apporter la parole de Dieu.

Arguant d’une action anticolonialiste, Jeanson et Davezies , créeront le plus important réseau de soutien au FLN.

Les noms tristement célèbres de Mandouze, Maillot, Rousset, Etienne et Paule Bolo, Pierre et Colette Chaulet, Anne-Marie Chaulet fiancée de Salah Louanchi chef du F.L.N en France , Robert Barrat, François Mauriac, Jean-Marie Domenach, André Frossard, Georges Suffert, nous étaient déjà connus pour leur engagement aux côtés du FLN en Algérie dès le début de la guerre.

«  …En Algérie, une dizaine de prêtres dont les abbés Scotto, Barthez et Cortes, ainsi que des religieux de Notre Dame d’Afrique, sont impliqués dans les réseaux de soutien. Seule, la peur du scandale évite à Monseigneur Duval, archevêque d’Alger, d’être lui-même inculpé. En mars 1958, le pasteur Mathiot est inculpé avec une équipe de fidèles : responsable de boîtes aux lettres, de dépôts d’armes, de collectes de fonds, d’hébergement et de complicités diverses avec les terroristes… » (R.Muelle - Ecrivain )

En France à la même période, au cours d’un débat en juin 1957 , organisé par le Mouvement de la Paix (communiste) au siège métallurgiste de la CGT, les prêtres-ouvriers s’unissent sans réserve aux « laïcs ».

Le 2 octobre, tous réunis autour de Henri Jeanson , ils définissent les « grandes lignes d’une action directe d’aide au FLN » .

Dès lors, ce réseau qui ne comportait que des prêtres et des communistes, deviendra le plus grand réseau d’aide apportée au FLN durant la guerre d’Algérie. Il sera appelé : « LE RESEAU JEANSON. »

Il enrôlera des milliers de personnes en France métropolitaine.

Ainsi seront nés les « Porteurs de valises ».

« Transporter, cacher, héberger, aider à se réunir, soigner les cadres du FLN, favoriser leurs communications, leur trouver des points d’appui en province, assurer leur défense juridique, compter et acheminer d’importantes sommes d’argent , les passages de frontières, l’organisation de quelques évasions de prisons ou les fournitures et les falsifications de papiers , les caches d’armes, le racket, l’argent de la drogue, telles étaient les tâches des réseaux de soutien. »

« … L’abbé Davezies, Étienne Bolo, Hélène Cuénat, Jacques Vignes participent activement au transport, à l’hébergement, à la mise en place des tueurs envoyés par le GPRA pour intervenir en France. »

Dans leur livre « Les porteurs de valises » (Albin Michel), Hervé Hamon et Patrick Rotman tentent de les dédouaner en écrivant : « héberger un Algérien, ce n’est pas obligatoirement aider le FLN, ce peut être soustraire un homme à l’arrestation, à la
torture ».

C’est aussi et surtout un moyen de gagner de l’argent !

Moyennant un pourcentage des sommes transportées qui les dédommage de leur « travail », ces hommes et ces femmes se feront complices par leur aide active, des meurtres perpétrés au nom de la libération de l’ Algérie et dont les français d’ Algérie ainsi que les sympathisants de l’ Algérie Française en France, furent les victimes .

Quant aux Jeanson , Bolo et autres Cuénat , appelés « permanents » , ils reçoivent un salaire fixe mensuel d’environ 75.000 francs de l’époque . De quoi mener la belle vie .

Pourtant, dans « Les Porteurs de valises », Hamon et Rotman toujours, écrivent :

« ... Des membres du réseau, à l’odorat chatouilleux, sont restés traumatisés par l ‘épouvantable odeur que dégageaient ces monceaux de billets ».

Au début de l’année 1958, on estime à 400 ou 500 millions de francs mensuels, l’argent de la drogue et du racket collecté par les " porteurs " et remis en Suisse sur les comptes du F.L.N.

« …Les événements de mai et juin 1958 , l’arrivée au pouvoir du général De Gaulle, la DST qui traque tous ces terroristes, vont bouleverser la donne. Le FLN, intensifiant la guerre, a besoin de complicités plus actives, mieux organisées. »R.M

C’est à cette époque que Henri Curiel rejoint le réseau Jeanson. Juif égyptien, membre du Parti communiste, anticolonialiste, il est rompu à ce genre de « guérilla » et offre une structure plus solide grâce à ses relations dans le milieu financier.

Ainsi, partant de l’action individuelle d’un militant du Parti communiste – Jeanson - et de trois prêtres – Davezies - Urvoas et l’abbé Boudouresque, nous sommes passés en quelques mois à une organisation structurée où l’amateurisme n’a plus sa place.

Entourés par des professionnels, hommes de terrain, rompus aux techniques de la résistance et de la clandestinité, des milliers de sympathisants de tous poils et de tous les milieux participent à une action clandestine de grande envergure.

Communistes, socialistes, juifs, chrétiens, francs-maçons, syndicalistes, artistes, écrivains, avocats, ouvriers, tous sont unis dans une même cause : Aider les terroristes du FLN.

L’ Église n’est pas en reste dans cette action.

« …En octobre, l’affaire du séminaire du Prado fait la une des journaux.
La police a découvert que des prêtres de la région lyonnaise couvrent une véritable trésorerie au profit du FLN. Plusieurs ecclésiastiques, l’abbé Carteron, le RP Chaize, le curé Magnin sont inAu grand dam de la police, les complices français du FLN bénéficient de protections à des niveaux élevés. »

« … Ainsi, au moment où, sous la responsabilité du Premier ministre, Michel Debré, le Service Action est engagé dans des opérations de contre terrorisme sur le territoire national, le garde des Sceaux, Edmond Michelet, et son cabinet, participent activement à la protection des porteurs de valises. »

selon leurs témoignages,

« Joseph Rovan, travaillant au cabinet de Michelet, témoignera faisant état de filières personnelles entre le garde des Sceaux et le GPRA à Tunis. Certains affirment d’ailleurs que, par ce canal, le GPRA a été informé de la démarche de Si Salah avant De Gaulle lui même.

Dans ses confidences, Rovan se félicitera du soutien de Simone Veil, à l’époque magistrat attaché au ministère de la Justice, pour son rôle de protection des leaders FLN emprisonnés.... »

« …Un autre membre de ce cabinet, Gaston Gosselin, se vantera d’avoir informé les prisonniers de l’existence de micros dans leurs cellules du fort d’ Aix. Il sera remplacé par Hervé Bourges qui, en 1962, choisira de prendre la nationalité algérienne. »

« Le 20 juillet 1959, les journaux font état de quinze arrestations de terroristes à Lyon. L’opération permet de découvrir des dépôts d’armes et de saisir des plans de sabotage. Avec le responsable musulman de la wilaya est arrêtée Josette Augay, européenne, mère de famille, égérie du chef des saboteurs ».

« … Les documents saisis chez Cécile Decugis, maîtresse du responsable de la wilaya III, apportent la preuve de l’emploi systématique des femmes européennes soumises à une emprise sexuelle.

«  … De nouvelles arrestations et le procès de l’écrivain Georges Arnaud, compromis avec Jeanson, favorisent une agitation politico-médiatique intense.

... Les prises de position du Parti Socialiste Unifié (PSU), qui vient de naître, celles de l’Union Nationale des Etudiants de France (UNEF), du Syndicat Général de l’Education Nationale (SGEN) se rejoignent. Georges Arnaud bénéficie de l’appui d’un comité de soutien où l’on trouve Yvan Audouard, Claude Estier, Armand Gatti, Joseph Kessel, Frédéric Pottecher et, quelques pétitionnaires perpétuels, François Maspero ou Pierre Vidal-Naquet. »

Ainsi , à chaque arrestation ou a chaque procès qui a lieu en France , sont appelées à la rescousse toutes les personnalités les plus connues (de gauche généralement) pour protester contre l’emprisonnement ou la condamnation des rebelles et leurs soutiens.

Dans les salons où se réunissent « les gens de littérature » , dans le monde du cinéma ou celui du théatre, il est de bon ton de signer les pétitions qui courent .

….. comme la « Déclaration des 121 » !

"Les soussignés, (...), déclarent :

- Nous respectons et jugeons justifié le refus de prendre les armes contre le peuple algérien.

- Nous respectons et jugeons justifiée la conduite des Français qui estiment de leur devoir d’apporter aide et protection aux Algériens opprimés au nom du peuple français.

- La cause du peuple algérien, qui contribue de façon décisive à ruiner le système colonial, est la cause de tous les hommes libres.

Ceci est , seulement, la fin du texte , appelé également « manifeste des 121 » ( nom donné pour les 121 signatures qui l’accompagnent ) .

Il a été rédigé par Maurice Blanchot et Dyonis Mascolo, amis de Marguerite Duras , le 4 septembre 1960.

Pendant ce temps, la police procède à maintes arrestations. Jeanson, lui , réussit à fuir en Suisse et se permet même un pied de nez aux autorités françaises en donnant une conférence à des journalistes. il sera arrêté plus tard, et libéré.

Curiel qui l’a remplacé durant sa cavale modifie toutes les structures du réseau , ainsi lorsque Jeanson reviendra il ne restera que le nom du réseau mais il n’y retrouve plus sa place.

A son tour Curiel est arrêté et condamné. Le réseau est « l’affaire qui marche » la plus rentable pour le FLN.

En effet, de l’intérieur de la prison, Curiel continue de donner ses ordres et cette aide aux terroristes ne prendra fin qu’avec l’indépendance de l’Algérie.

Plusieurs porteurs de valises ont essayé de s’installer en Algérie. Les plus téméraires se sont tout de même vus obligés de quitter le pays. Pourquoi ? Aucun d’entre eux n’a témoigné en ce sens.

Il est important de préciser l’exigence du FLN au moment des Accords d’ Évian.

Au cours des négociations du 19 mars 1962, le FLN a obtenu que les porteurs de valises bénéficient de l’indulgence la plus grande.

A partir de cette date, toutes les actions policières ont été interrompues.

Ce qui a laissé libre cours au trafic d’argent et d’armes en tous genres qui venait remplir les caisses du FLN , transitant par la Suisse aux bons soins des porteurs de valises qui opéraient depuis déjà quatre longues années et sans être inquiétés par la police.

Il faut également savoir que tous les membres du FLN et les porteurs de valises ont été amnistiés par la France.

Dès mars 1962, ce sont des centaines d’assassins qui se sont vus ouvrir les portes des geôles françaises et remis en liberté sans autre forme de procès .

Pendant ce temps, on condamnait à mort des militaires ou des civils français qui avaient , par amour pour la France, voulu garder l’Algérie française.

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