Libération otages : Conséquences de la libération de Ghesquière et Taponier...

, par  PC , popularité : 22%

Libération des otages Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier
Est il légitime de s’en réjouir à ce point ?

Soucieuses de ne pas alimenter un "business des otages", les autorités nient
tout versement de rançon pour obtenir la libération des deux journalistes
français détenus en Afghanistan. Mais cette éventualité semble
plus que probable.

Officiellement, aucune rançon n’a été versée

"La France ne paie pas de rançons." Mercredi 29 juin 2011 au soir , après la
libération des deux otages français d’Afghanistan, Alain Juppé
répond sur le plateau de France 2. "Si la France avait payé une rançon, le
diriez-vous ?", le relance David Pujadas. Le chef de la diplomatie française
reste plus vague : "Il y a des fois où la raison d’Etat l’emporte". Egalement
interrogé sur ce sujet, le nouveau ministre de l’Économie et des Finances
François Baroin a assuré que "la réponse est non". Même
réponse négative à l’Elysée. 

Alors que c’était une exigence des
ravisseurs

Les ravisseurs exigeaient pourtant le versement d’une rançon par les
autorités françaises pour laisser partir Hervé Ghesquière et Stéphane
Taponier
. Ils demandaient aussi l’élargissement de plusieurs chefs
talibans détenus par les autorités de Kaboul, qui ont
longtemps refusé cette possibilité, compliquant le jeu des négociations, déjà
difficiles. 

Plus tôt, le même mercredi, lors d’un point presse, le ministre français des
Affaires étrangères a indiqué que le président afghan Hamid Karzaï avait
beaucoup "aidé" à la libération de Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière,
journalistes de la chaîne publique France 3. Un remerciement qui signifie que
Kaboul a finalement accepté la demande des ravisseurs ? D’après le
ministère de la Défense, la réponse est "oui" et remonte à six
mois, lit-on sur Lemonde.fr. 

La France a-t-elle cédé de son côté sur la question de la rançon ? Plusieurs
experts restent sceptiques face aux dénégations de Paris. Sur BFMTV, Frédéric
Helbert, grand reporter et consultant de la chaîne, estime qu’il y a "paiement
à chaque fois". Sur le site Atlantico, Gérard de Villiers, spécialiste des
relations internationales ajoute : "On va évidemment nier avoir versé une
rançon, c’est un grand classique. Je ne connais aucun otage libéré sans le
versement d’une rançon". 

Hervé Ghesquière lui-même évoque la possibilité d’une rançon... "Je n’ai pas
de preuve", a indiqué le reporter de France 3 : "Officiellement, il n’y a pas eu
de rançon. Mais bien sûr, ce n’était pas pour des chocolats". Pour quoi alors ?
"Pour de l’argent, et pour au moins deux prisonniers libérés". 

Quelques millions d’euros et la libération de taliban
prisonniers ?

BFMTV apporte des détails sur un "échange" otages contre rançon. Tandis que
Stéphane Taponier et Hervé Ghesquière étaient récupérés par un hélicoptère au
point de rendez-vous, la rançon aurait été versée. L’enveloppe "de quelques
millions d’euros", selon Frédéric Helbert, aurait été changée en monnaie
locale, avant d’être envoyée au Pakistan. Une allusion à la choura de Quetta,
dans la ville du sud du pays où siège l’organe suprême des
talibans. 

La somme "sera sans doute partagée entre trois groupes : les ravisseurs
locaux (des Afghans de l’ethnie Pachaï), la choura de Quetta (le commandement
politique des talibans installé au Pakistan et sous l’emprise du mollah Omar)
et le commandement militaire taliban de Peshawar (Pakistan)", précise Le
Parisien. 

Mais sur quels fonds, s’interrogent plusieurs internautes dans les
commentaires des articles de LEXPRESS.fr, où l’agacement commence à prendre le
pas sur la joie ? Après la libération d’une autre otage française,
Ingrid Betancourt, la question s’était déjà posée. Un
ingénieur de la direction technique de la Direction générale de la sécurité
extérieure (DGSE) répondait en juillet 2008 à Bakchich qu’il existait des
"fonds spéciaux". 

Ces fonds avaient de nouveau été évoqués en mars 2011, lorsque Al
Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi)
avait exigé 90 millions d’euros pour
libérer les sept otages, dont cinq Français, que le groupe détenait depuis
septembre 2010. Refus français : cette somme était supérieure au montant des
fonds spéciaux votés par le Parlement. Ce montant de 53,9 millions d’euros par
an (en 2010 et en 2011) est affecté dans sa quasi-totalité à la
DGSE

Une brèche dangereuse ?

En mars 2011, à la libération de trois de ces sept otages d’Aqmi, dont la
Française Françoise Larribe qui était malade, une source proche de la médiation
malienne et nigérienne avait affirmé qu’une rançon avait finalement été payée,
sans vouloir en dévoiler le montant ni qui l’avait versée. 

Qu’en disent d’autres pays ?

L’Allemagne a débattu de la question en 2007, après une série d’enlèvements
de ses ressortissants en Afghanistan et en Irak : le paiement des rançons
enhardit-il les ravisseurs ? Les incite-t-il à multiplier les enlèvements, à
augmenter leurs exigences ? Faut-il suivre la voie ouverte par les Etats-Unis,
le Royaume-Uni et Israël : pas de négociations avec les kidnappeurs pour ne pas
alimenter le "business" des otages, rapporte alors le
Guardian. Le Spiegel cite alors un représentant gouvernemental américain,
anonyme, qui résume la raison derrière ce refus : "L’argent des rançons conduit
à la mort de nos soldats." 

De nos jours, l’otage se vend bien. Surtout le
journaliste... 

Les enlèvements sont en effet une source de revenus pour les groupes armés
en Afghanistan, en Irak, au Sahel avec Aqmi, mais aussi au Nigéria, notamment
dans le sud pétrolifère. En 2009, une Canadienne avait été enlevée puis
relâchée au bout de deux semaines contre le versement de 136 000 dollars. Le
Canada aurait aussi payé une rançon pour libérer deux diplomates en 2009. Les
pirates somaliens excellent aussi dans cette industrie... et ont tendance à
communiquer sur les rançons obtenues. En mai 2011, ils se targuaient d’avoir
reçu 5 millions de dollars en échange de la libération de deux marins espagnols
capturés dans l’Océan Indien. 

Les autorités des pays concernés préfèrent quant à elle rester discrètes.
"Cela fait partie des obligations d’un gouvernement, il ne faut pas donner
l’impression d’avoir cédé au chantage", résumait un politicien italien cité par
la BBC en 2004, alors que le même débat agitait Rome, où venaient de rentrer
des otages détenus en Irak. Pourtant
Nicolas Sarkozy n’avait pas caché sa colère lorsque l’Espagne
avait versé une rançon de 7 millions d’euros, selon El Mundo, aux mêmes
ravisseurs du Sahel, pour récupérer ses propres otages en août 2010. Le
versement d’une rançon "ne peut pas être une stratégie" contre le terrorisme,
avait alors asséné le président français. 

Car persiste le risque d’un "appel d’air"... Un article paru ce printemps
dans la revue Diplomatie résume le dilemme posé aux gouvernements en cas
d’enlèvement d’un ressortissant : "Le paiement des rançons permet, certes, de
mettre fin à une situation d’enlèvement ou de prise d’otages. Mais, plus que
tout, il alimente un système de plus en plus lucratif qui donne aux auteurs de
ces actes la capacité à exister et à financer la continuité de leurs
actions." 

En août 2010, Aqmi avait aussitôt souligné que la libération des Espagnols
constituait une "leçon adressée aux services secrets français", après l’échec
d’un raid franco-mauritanien mené le 22 juillet 2010 pour libérer l’otage
français Michel Germaneau dont Aqmi a revendiqué l’exécution.
Très malade, l’otage était peut-être déjà décédé avant cette date : impossible à
déterminer, le corps n’a jamais été retrouvé. Dans un bref message audio, Aqmi
ajoutait : "Les Français auraient pu penser et agir de manière responsable avec
les moudjahidines." 

La France a cependant tenté de libérer Antoine de Léocour et Vincent Delory,
enlevés peu auparavant par Aqmi, lors d’un raid lancé le 7
janvier 2011. Les deux jeunes Français ont trouvé la mort ce jour-là, dans des
circonstances complexes que LEXPRESS.fr a déjà détaillées. 

Dans le cas afghan, en parallèle des pressions sur le gouvernement afghan
pour obtenir des libérations de prisonniers, il est possible que la France se
soit résignée à cette "stratégie de la rançon", en dépit des dénégations
diplomatiques. Ce jeudi matin, la presse française salue en tout cas l’issue
heureuse de ce kidnapping, même si "il y eut un prix à payer,
c’est sûr, politique, financier ou militaire, avant La Croix. Puisque telle est
la capacité de nuisance des preneurs d’otages".

Source : Reuters

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Quatre questions de la FNCV :

  • En toute hypothèse, cette captivité justifiait-elle le matraquage
    médiatique permanent que nous avons subi depuis de longs mois, suivi
    des clameurs de joie tonitruantes du monde journalistique qui ont
    suivi la libération des deux journalistes ?
  • Ce tapage n’est il pas indécent, lorsque l’on songe à nos morts pour
    la France et aux autres otages à qui les média n’accordent qu’un
    quasi-silence méprisant ? 
  • Le principe de l’égalité du traitement de l’information ne s’applique
    t’ il pas aux journalistes ? Ceux ci sont ils donc des citoyens au dessus
    des autres et bénéficiant de privilèges ?
  • Quel usage les talibans vont ils faire avec l’argent de la rançon qu’ils
    ont reçue, et quelle activité vont exercer les prisonniers libérés ?


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Voir en ligne : http://infos.fncv.com/post/2011/07/...

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