La fabuleuse odyssée du cheval Barbe.

, par  TOTO , popularité : 48%

LA FABULEUSE ODYSSÉE DU CHEVAL BARBE

Il faut tout d’abord rappeler que l’Homme a tout fait avec le cheval, cet ami à quatre jambes, ce compagnon de chaque jour de son histoire, dont la force, l’endurance et la vélocité furent si recherchées pour pallier ses insuffisances.

D’ailleurs, tant elle sont liées, il est bien difficile de parler de l’histoire de l’homme sans évoquer en parallèle celle du cheval, avec lequel il a fait tant de choses, gagné tant de batailles, pour toujours aller plus vite, plus loin et sans cesse conquérir.

Le cheval Barbe, cheval du Maghreb.

On ne sait pas avec certitude l’origine lointaine du cheval dit Berbère ou Barbaresque, et finalement Barbe, du Moghreb ... fixé là au hasard des migrations animales préhistoriques, puis élevé par les tribus nomades de cette région d’Afrique du Nord, bien avant l’époque romaine.

L’hypothèse la plus répandue est qu’une partie des hordes de chevaux ayant migré, il y a environ 20 000 ans, du continent américain vers la Mongolie par le détroit de Behring franchissable alors à pied sec (et peut-être en sens inverse des hommes venus d’Asie se fixer sur ce continent ... leur procurant probablement au passage une nourriture salutaire dans un contexte climatique très difficile) s’acheminèrent vers le Sud, vers des prairies plus hospitalières, et jusqu’en Afrique et au Niger en particulier, pour parvenir finalement en Numidie (Ouest de la Tunisie et Est de l’Algérie) et y faire souche.

A Carthage, selon un récit plusieurs fois repris, le cheval Barbe de Numidie aurait été, au moment de la fondation de la cité, le présage de sa puissance et de son destin guerrier.

Ainsi Virgile raconte dans l’Enéide : “ ... Il y avait au centre de la ville un bois sacré riche d’ombre où les Carthaginois ballotés par les flots et la tempête déterrèrent, dès leur arrivée, le présage que leur avait annoncé la royale Junon : une tête de cheval fougueux, signe pour leur nation de victoires guerrières ...”

Par la suite, les Carthaginois se sont intéressés à l’élevage du cheval puisque, nous le savons, ils possédaient sur leur territoire africain des haras biens pourvus qui n’avaient d’autre but que de remonter leur armée en chevaux, les travaux agricoles et le transport des charges à cette époque étant assurés par des bœufs, plus calmes et plus faciles à utiliser pour tracter.
On peut donc en conclure que, déjà à cette époque, les cavaliers des tribus Zénètes, dans toute la Méditerrannée, avaient acquis une grande réputation de guerriers par la qualité de leurs chevaux et leur façon très particulière de les monter.

Depuis le IV ème siècle avant JC et jusqu’à Hannibal, de nombreuses opérations furent lancées par l’armée carthaginoise avec le concours d’une cavalerie locale de plusieurs milliers de chevaux.

Vers 255 av/JC une armée carthaginoise face aux Romains de Regulus alignait par exemple, et entre autre, 4000 cavaliers Numides.

Il semble bien que, déjà à cette époque, les princes de Numidie, tels des mercenaires, se mettaient aux ordres de la riche Carthage pour guerroyer de ci, de là ... moyennant finances ... vendant ainsi leur savoir faire de cavalier montés sur les meilleurs chevaux de l’époque.

Lorsque, plus tard, en 202, obligé d’abandonner l’Italie pour aller au secours de Carthage ...
<< Hannibal qui manquait de cavaliers, envoya des émissaires à Tychée, un Numide parent de Syphax, qui passait pour avoir avec lui les plus vaillants cavaliers de toute l’Afrique, afin de lui demander de venir à son aide ... Tychée se rendit à ses raisons et vint se joindre à Hannibal avec 2000 cavaliers. Mais la même année, quelques jours avant la bataille de Zama ( Le Kef ) Masinissa, qui venait de recouvrer son royaume grâce aux Romains, alla rejoindre Scipion avec, entre autre, 4000 cavaliers.>
( Selon Polybe, historien grec 210 à 125 av/JC )

On sent bien que l’enjeu guerrier entre Carthaginois et Romains était bel et bien de pouvoir utiliser la plus grande quantité de cavaliers locaux pour vaincre l’adversaire.
C’est probablement celui qui y parvint le mieux qui gagna finalement et c’est ainsi que les Romains s’installèrent durablement dans la région avec la ‘bénédiction’ des Princes des tribus cavalières Zénètes.

Ces Princes ou petits Seigneurs locaux ne pouvaient par ailleurs se passer de posséder de nombreux cavaliers pour contrôler leurs domaines et asseoir leur autorité dans leurs fiefs.
Un autre historien grec, Strabon, raconte que :
<< l’élevage des chevaux est pour les princes l’objet de soins particuliers si bien que les recensements accusent chaque année la naissance de cent mille poulains > ...
et il ajoute au sujet de Cirta ( Constantine) :
<< ville pourvue de toutes choses grâce à Micispa, et qui peut lever au moins dix mille cavaliers>

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Comme on le voit, cette région de Numidie, peuplée de tribus Zénètes,
est un un réservoir de cavaliers de guerre que toutes les puissances de Méditerranée courtisent, certainement moyennant espèces sonnantes et trébuchantes, à des fins de conquête ... et ce plusieurs siècles avant l’infiltration musulmane au Moghreb qui amènera en l’an 711 le débarquement en Andalousie de Tarik Ben Zyad ( qui donnera son nom à Gibraltar = Djib Al Tar = Djebel al Tarik ) à la tête de 12 000 cavaliers Zénètes montés sur des chevaux Barbe qui feront souche et constitueront la base de la race du cheval Andalou.

Entre temps, le passage des Vandales venus de Germanie, n’a pas sensiblement modifié l’ordre des choses : << L’Afrique abandonnée commençait aux portes de Cirta > . La force de ce nouvel occupant continuant de dépendre de la fidélité de ses auxiliaires locaux.

<< C’est ainsi que Geilimer, le dernier roi vandale, voulant s’opposer à un débarquement des Grecs dans la région de Sousse fut abandonné en plein combat par la plus grande partie de ses troupes ... autant dire par la défection des cavaliers africains >
<< A quelque temps de là, le Général Byzantin Bélissaire recevait à Carthage l’hommage de bienvenue des chefs autochtones, soucieux de la sauvegarde de leur récente autonomie.
Pendant ce temps là les Vandales s’évanouissaient de l’Afrique du Nord tandis que la Romanité moribonde annonçait la fin d’une civilisation >

On le voit, les envahisseurs passent, les tribus Zénètes demeurent et prospèrent d’autant plus que leurs fiefs se situent dans des régions montagneuses, quasiment inexpugnables (Kabylie, Aurès etc ) et avec elles l’élevage des chevaux Barbe et la culture cavalière de ce peuple.

A ce moment de l’histoire du cheval Barbe et des cavaliers Zénètes, il convient d’expliquer le pourquoi et le comment de la supériorité de ces cavaliers de guerre.

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En Occident, à cette époque, les chevaux de combat ressemblaient plus aux chevaux de trait d’aujourd’hui, c’est à dire à des gros lourds, qu’à des chevaux de course longilignes de type “Pure Sang” qui n’existaient pas encore.

Les raisons étaient d’une part, la nourriture de grasses prairies et le besoin d’utiliser des chevaux très porteurs pour supporter le poids important d’un cavaliers en armure équipés d’un lourd bouclier et d’une arme pesante, et d’autre part l’absence de races de chevaux disponibles pour améliorer les races existantes, comme on le fit par la suite.

Entre parenthèse, il convient de noter qu’à l’époque de l’Hégire, l’Arabie ne produisait pratiquement pas de chevaux et, de toute façon, le terrible désert de Lybie n’aurait pas autorisé de fortes migrations équines. C’était impossible.

Donc l’ensemble était si lourd que le cavalier ne pouvait se mettre en selle sans une aide extérieure, et probablement un montoir, et s’il était désarçonné, ne pouvait donc pas remonter seul.

Enfin, sur le cheval, il ne pouvait rien faire d’autre que de galoper lourdement sur une trajectoire rectiligne, puisque de surcroit il montait “à la grinda” ... c’est à dire droit comme un cierge, encastré dans un arçon, jambes raides verticales, ne pouvant faire autrement que de se comporter avec sa monture tel un char d’assaut presque sans frein fonçant sur une cible, sans pouvoir infléchir vraiment sa trajectoire.

Les Zénètes, a contrario, avaient une autre façon de monter, beaucoup plus mobile, beaucoup plus sportive, qui sera appelée “ à la Jineta ” par les Andalous .. à la Genet ... et ils avaient une autre façon de combattre avec un équipement plus léger : pas ou peu de protection corporelle, sabre recourbé et petit bouclier en cuir.

Selon le dictionnaire de la Real Academia Espagnola, << “Jineta” serait dérivé de l’arabe Zénata ( nom d’une tribu berbère renommée pour son habileté en équitation. “Jineta”, signifie l’art de monter à cheval avec des étriers courts et les jambes relevées en position verticales depuis le genoux jusqu’en bas ... >

En bref, les berbères Zénètes montaient donc leurs chevaux d’une façon tout à fait différente, beaucoup plus efficace, qui leur assurait à la fois aisance pour combattre et une grande maniabilité.

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On sait, grâce au reproductions des scènes de guerre que la civilisation Berbéro-andalouse a laissé, qu’ils n’avaient ni rêne, ni embouchure pour diriger leurs montures, mais un simple collier de cuir passé autour de l’encolure.
Ce collier agissant sur la jugulaire du cheval permettait de le freiner, la direction étant assurée du plat de la main en frappant sur l’encolure de l’animal, à droite ou à gauche, selon la direction souhaitée.

Il est à noter que malgré quelques tentatives pour retrouver ce savoir faire, on n’a pas réussi à comprendre exactement le système et à le reproduire ...

Donc, d’un côté, on avait à faire à des cavaliers légers et virevoltants qui faisaient face, de l’autre côté, à des gros lourds incapables de la moindre mobilité hormis de foncer sur l’adversaire au galop sur une trajectoire sans dérogation possible.

Point n’est besoin d’être un grand stratège pour comprendre de quel côté était l’avantage.

C’est ainsi que les 12000 cavaliers berbères Zénètes de Tarik Ben Zyad battirent à plat de couture les Wisigoths qui occupaient alors le terrain, non loin du Rio Barbate, et permirent à leurs mentors musulmans, de les chasser d’Espagne et de s’y installer pendant sept siècles ...

Les chevaux Barbes, quant à eux, plus légers et plus maniables que les autres chevaux, étaient de remarquables montures de guerre, d’une grande facilité à la monte et doués d’une sobriété qui leur permettait de s’adapter à toutes les situations de la guerre.

Qualités qui seront si appréciées ultérieurement par les éleveurs Andalous qu’ils feront du cheval Barbe le pilier de la race Espagnole si appréciée par ses qualités dans le monde entier, et tout autant apprécié des éleveurs Anglais qui feront d’un cheval Barbe du nom de ‘Goldophin’ le premier géniteur de leur Pur Sang, les Français qui feront de même et bien d’autres par ailleurs, dans d’autres pays.

Mais la fabuleuse histoire du cheval Barbe ne s’arrête pas là ...

Après le passage par le détroit de Behring, comme nous l’avons vu, d’une certaine quantité de chevaux vers la Mongolie puis l’Afrique, il semble qu’une grande catastrophe, soit un phénomène climatique ou géologique ... ou les deux à la fois ... soit encore une épidémie, on ne sait trop, se soit produit sur le continent américain provoquant la disparition de tous les chevaux.
De telle sorte que, à l’arrivée des premiers Conquistadors Espagnols et Portuguais ... force fut de constater qu’il n’y avait pas de chevaux sur ce continent.

Donc, et au fur et à mesure des voyages, les Conquistadors amenèrent les descendants des chevaux Barbe ... dont ils avaient besoins sur place, pour travailler et pour guerroyer au besoin.

A chaque voyage de retour, ne sachant que faire de ces chevaux, ils les abandonnaient à leur sort, pour en ramener d’autres au voyage suivant.

Il est probable qu’une partie au moins de ces chevaux aient été récupérés par nos amis “Amérindiens à la Peau Rouge” puis élevés par eux pendant plusieurs siècles avant l’arrivée des cow-boys et autres gringos, donnant ainsi le jour à de nouvelles races telles que les Paint horses, les nombreux Criollos, etc ... dont les “airs de famille” avec les chevaux Barbes sont encore visibles de nos jours

Et c’est ainsi, que année après année, le continent américain s’est repeuplé du Nord au Sud avec les chevaux Barbaresques.

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Mais il y a un triste épilogue à cette fabuleuse odyssée de cheval Barbe ...

Alors que l’armée française d’Afrique du Nord, fanatique du cheval Barbe, après la re-découverte postérieure à 1830 de ses qualités, ne jurait que par lui pour la remonte de sa cavalerie ... nos Haras Nationaux ont fermé le "Stud-book" ( Livre des origines ) ... c’est à dire l’instrument maitre de la perpétuation de la race ... et ce, malgré un arrêté du Gouverneur Général de l’Algérie en 1886.

La race Barbe à partir de ce moment là a été colonisée par l’apport de chevaux de sang Arabe et il n’y a plus guère que certains élevages Andalous pour maintenir, au plus près possible, la morphologie originelle du Barbe.

C’est bien dommage !!

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