Barricades pour un drapeau (mis à jour)

, par  Danièle LOPEZ , popularité : 3%

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24 JANVIER 1960 - DES FRANÇAIS TIRENT SUR DES FRANÇAIS

Ce 24 janvier, tôt le matin, une partie des 500 mille tracts imprimés pendant la nuit sont éparpillés au dessus d’Alger, jetés d’un petit avion de tourisme qu’une escadrille de chasse se charge de faire atterrir rapidement.

Les algérois pourront lire ce texte.

« Français d’Algérie,

Le dernier général du Treize Mai, le dernier garant de l’Algérie Française et de l’intégration a été bafoué et limogé. De Gaulle veut avoir les mains libres pour brader l’Algérie après l’Afrique noire et rendre l’Armée parjure à ses serments. L’heure est venue de nous lever. Dimanche matin à 11 heures vous rejoindrez les cortèges qui partiront des campagnes et faubourgs. Tous ensemble, derrière vos territoriaux et ceux qui, depuis plusieurs années, conduisent le combat.

Pour que vive l’Algérie française .

Comité d’entente des anciens combattants
Fédération des UT et des Auto-défense
Comité d’entente des mouvements nationaux »

A 9 heures les premiers cortèges se forment.

Le cortège de Belcourt qui comprend plusieurs milliers de personnes est stoppé par d’importants barrages de police. Celui de Bab el Oued force le barrage formé par le 3e régiment de parachutistes et pénètre à l’intérieur de la ville par les quais, au bas de la grande poste et du boulevard Laferrière.

« Au même moment en face du lycée Bugeaud, à l’état major du corps d’armée d’Alger, dans une salle de la caserne Pelissier, de nombreux officiers étaient réunis par le général Crépin qui avait pris ses fonctions de Commandant du Corps d’ Armée d’Alger (en remplacement de Massu). Il y avait là des officiers du 3è R.P.C, du 1er R.P.C du 1er régiment d’ Étrangers parachutistes.

 Comment comptez-vous exécuter les ordres ? demanda le général Crépin
 Dans le calme et la dignité, mon Général, répondirent en chœur les officiers.
 Mais encore ?
 Dans le calme et la dignité , mon Général.

La conclusion la plus claire que le général Crépin dut tirer de cette conférence, c’est qu’il n’était pas facile de remplacer le général Massu.

De retour à son PC, le colonel Broizat était abordé place Sarrail par deux officiers U.T. en civil qui lui demandèrent si les paras étaient prêts à s’associer à la manifestation.

 Il ne saurait en être question répondit le colonel. Le sens de la manifestation est compréhensible, mais l’idée d’une marche sur le G.G. est inadmissible pour des militaires.

Dans la ville deux voitures haut-parleur, pavoisées aux couleurs tricolores appelaient le peuple d’Alger à venir nombreux sur le plateau des Glières devant la Grande Poste.  [1]

Un cortège de musulmans de la Casbah était arrêté par des barrages de barbelés et par un épais cordon de zouaves. A 10h30 les cortèges se formaient au cœur de la ville et affluaient vers la rue Charles Péguy après avoir enfoncé les barrages de CRS.

En tête du Cortège, les croix celtiques noires du mouvement Jeune Nation oscillaient comme des mâts de bateau dans la tempête. Un peu avant 11 heures, plusieurs milliers de personnes étaient réunies devant la Grande Poste et l’on commençait à crier « Massu » et « Algérie Française »

Dans le PC du Front National Français gardé par des territoriaux sans armes, Ortiz, Jacques Laquière, Susini et un groupe d’hommes des Unités territoriales discutaient à propos du nombre de manifestants.

 C’est raté dit un territorial, il n’y a pas assez de monde. Les barrages mis en place
aux portes de la ville ont empêché les musulmans et les colons du bled de venir. Il n’y a même pas trois mille personnes.

 Ne dis pas de bêtises, répliqua Susini, le 13 Mai c’était la même chose : une heure
avant la manifestation il y avait 2 000 personnes. Ensuite ils furent 50 000, 100 000.

Assis derrière un grand bureau, Ortiz écoutait. Il était difficile de savoir ce qu’il pensait. Il paraissait tourmenté, inquiet.
En face de lui, posé sur le bureau, l’amplificateur installé la veille, ronronnait doucement.
Le commandant des U.T. Sapin-Lignières, parlait avec le Docteur Michaud.
A l’écart l’avocat Méningaud écrivait une déclaration.

Les rumeurs de la foule emplissaient la pièce. Il était onze heures.

Les volets de fer s’ouvrirent brusquement sur le balcon où le micro était installé. Le petit homme au béret mit le son. Joseph Ortiz s’avança sur le balcon. Il avait retrouvé son assurance, une formidable impression de force se dégageait de sa personne. Il regarda la foule, la jaugea ; il se pencha sur elle. De sa large main il tenait le micro comme pommeau d’épée. Le silence avait figé la foule, formée maintenant de cinq mille personnes, dont les visages étaient levés vers le colosse aux cheveux châtains.
La plupart des gens qui étaient là le voyaient pour la première fois et ne savaient pas qui il était.

Il se pencha un peu plus sur le balcon et hurla dans le micro : « Ici Ortiz, président du Front national français ».

Sa voix fut couverte par les clameurs délirantes qui s’échappaient du peuple d’Alger. Ce peuple avait trouvé un chef et il l’acclamait. Ce chef avait un nom espagnol mais la foule n’était pas regardante aujourd’hui. Elle avait quelqu’un à acclamer, n’était-ce pas l’essentiel ?

A partir de cet instant tout va se dérouler très vite comme un scénario minuté et préparé dans les moindres détails.

En réalité tout est improvisé et il faudra bien peu de chose pour que la manifestation réussisse ou échoue.

[1On appelle « Le plateau des Glières » la partie du boulevard Laferrière située entre la mer, le monument aux morts, la grande poste à droite en regardant le Gouvernement Géneral.

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