Jerôme kerviel : bouc émissaire ? Qui est Jérôme KERVIEL (http://fr.wikipedia.org/wiki/J%C3%A9r%C3%B4me_Kerviel)

, par  Jean Claude THIODET , popularité : 2%

Gérard Longuet, président du groupe UMP au Sénat, a jugé aujourd’hui "un peu ridicules" les 4,9 milliards d’euros de dommages et intérêts que Jérôme Kerviel a été condamné à verser à la Société générale, estimant que dans cette affaire la banque avait aussi "très largement failli".

"Je dois reconnaître que les 4,9 milliards sont un peu ridicules", a déclaré gérard Longuet sur LCI. Il a trouvé "un petit peu étonnant qu’un homme seul porte la seule et l’exclusive responsabilité", des pertes de la Société générale. "Le système de l’entreprise" a "quand même très largement" failli, a-t-il jugé. Selon lui, "manifestement, il y a eu une très grosse perte" à cause d’un "défaut d’encadrement".

 » Jérôme Kerviel a le sentiment de « payer pour tout le monde »

Il est rare qu’une décision de justice fasse l’unanimité. Celle rendue hier dans l’affaire Kerviel n’échappe pas à la règle.

Sa sévérité a réjoui la Société Générale, partie civile, mais laissé perplexe la plupart des commentateurs. Quant à l’intéressé, il est “accablé et consterné”. On le serait à moins.

Certes, tout n’est pas joué et un appel a été immédiatement annoncé par l’avocat du condamné qui juge les cinq ans de prison dont trois fermes et l’amende de 4,9 milliards d’euros de dommages et intérêts à la banque “totalement excessif”.

Il n’est pas excessif de le penser.

Il est surtout évident qu’un tel jugement ne peut que changer la considération que l’on a pu porter jusqu’à présent au trader. Pas le rendre plus sympathique, n’exagérons tout de même pas, mais au moins être enclin à lui accorder des circonstances largement atténuantes.

De “jeune con irresponsable”, il devient “bouc émissaire évident” d’un univers bancaire dont l’amoralité, s’il était nécessaire, est une fois de plus prouvé.

Jérome Kerviel apparaissait jusqu’alors comme l’archétype du gendre idéal que l’on ne pouvait souhaiter qu’à son pire ennemi. On se gaussait dans les années 70 et 80 du siècle dernier des “jeunes cadres dynamiques” ; n’a-t-il pas été, lui, un “jeune prédateur dangereux” d’autant plus inconscient qu’il était bardé de diplômes aux noms savants : DEUG en sciences économiques, licence à l’IUP banque et finances, DESS “back et middle office”, master en finance de marché… Rien que “du lourd” pour en remontrer tant et plus à des Conseils d’administrations qui en exigent justement toujours davantage de leurs troupes ?

Car il ne faudrait pas oublier que c’est d’abord le système bancaire qui fabrique, forme et instrumentalise les traders dans la seule obsession de profits illimités et sans odeurs.

Jérôme Kerviel n’a-t-il pas été à la hauteur de sa mission ? Au contraire, il a été le parfait exécutant d’ordres qu’on ne donnent jamais par écrits, toujours implicitement et honni soit qui ne les comprend pas : augmenter toujours plus et plus rapidement les bénéfices.

Si colossaux profits il y avait eu, ceux-ci auraient été d’abord empochés par la Société Générale. Il lui aurait bien été égal, alors, qu’ils aient résulté d’opérations ayant contrevenue à toutes les règles de sécurité. La banque n’aurait pas rendu un seul centime pour dédommager ceux qui auraient ainsi “subi un très grave préjudice du fait des agissements frauduleux de Jérôme Kerviel” pour reprendre les propres termes de Me Jean Veil, l’un de ses avocats.

Le grand tort de Kerviel est de s’être crû un guerrier, alors qu’il n’était qu’une créature, à l’instar de celle du docteur Frankenstein, à la différence près que ce dernier a tout tenté pour sauver son monstre de la vindicte populaire, alors que la Société Générale lui a livré le sien pour tenter de dissimuler sa responsabilité.

La Justice vient de lui donner raison, un peu trop influencé sans doute par une célèbre série télévisée :

Bonjour, Monsieur Kerviel. Votre mission, si toutefois vous l’acceptez… Si vous ou un autre trader était dénoncé ou perdait trop, la Direction de notre Banque nierait avoir eu connaissance de vos agissements. Bonne chance, Jérôme.

Philippe Randa

Voir en ligne : http://www.philipperanda.com/sectio...

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