Evènements de Tunisie et Islamisme radical

, par  Jean Claude THIODET , popularité : 74%

Les graves évènements de Tunisie m’inspirent les réflexions suivantes :

1) Certes le président Ben Ali n’était pas l’illustration de la démocratie
telle que la connaissent une trentaine de pays sur les 192 représentés à
l’ONU, certes encore, de fortes disparités sociales existaient en Tunisie,
mais, en vingt ans, il avait réussi à transformer un État du tiers monde en
un pays moderne attirant capitaux et industries, en un pôle de stabilité et
de tolérance dans un univers musulman souvent chaotique. Des centaines de
milliers de touristes venaient rechercher en Tunisie un exotisme tempéré
par une grande modernité, des milliers de patients s’y faisaient opérer à
des coûts inférieurs et pour une même qualité de soins qu’en Europe, la
jeunesse était scolarisée à 100%, les femmes étaient libres et les filles ne
portaient pas le voile.

2) Aujourd’hui, tout cela est détruit. Le capital image que la Tunisie avait
eu tant de mal à constituer est parti en fumée, les touristes attendent
d’être évacués et le pays a sombré dans le chaos. Les journalistes français,
encore émoustillés à la seule évocation de la « révolution des jasmins »
cachent aux robots qui les lisent ou qui les écoutent que le pays est en
quasi guerre civile, que les pillages y sont systématiques, que des voyous
défoncent les portes des maisons pour piller et violer, que les honnêtes
citoyens vivent dans la terreur et qu’ils doivent se former en milices pour
défendre leurs biens et assurer la sécurité de leurs familles. Les mêmes
nous disent doctement que le danger islamiste n’existe pas. De fait, les
seuls leaders politiques qui s’expriment dans les médias français semblent
être les responsables du parti communiste tunisien. Nous voilà donc
rassurés.

3) La cécité du monde journalistique français laisse pantois. Comment
peuvent-ils oublier, ces perroquets incultes, ces lecteurs de prompteurs
formatés, que les mêmes trémolos de joie indécente furent poussés par leurs
aînés lors du départ du Shah en Iran et quand ils annonçaient alors
sérieusement que la relève démocratique allait contenir les mollahs ?

4) Le prochain pays qui basculera sera l’Égypte et les conséquences seront
alors incalculables. Le scénario est connu d’avance tant il est immuable :
un président vieillissant, des émeutes populaires inévitables en raison de
l’augmentation du prix des denrées alimentaires et de la suicidaire
démographie, une forte réaction policière montée en épingle par les éternels
donneurs de leçons et enfin le harcèlement du pouvoir par une campagne de la
presse occidentale dirigée contre la famille Moubarak accusée
d’enrichissement. Et la route sera ouverte pour une république islamique de
plus ; tout cela au nom de l’impératif démocratique.

5) Ces tragiques évènements m’inspirent enfin un mépris renouvelé pour la « 
classe politique » française. Ceux qui, il y a encore quelques semaines,
regardaient le président Ben Ali avec les « yeux de Chimène », sont en effet
les premiers à l’accabler aujourd’hui. Nos décideurs en sont tombés jusqu’à
expulser de France les dignitaires de l’ancien régime tunisien qu’ils
recevaient hier en leur déroulant le tapis rouge. La France a donc une
nouvelle fois montré qu’elle ne soutient ses « amis » que quand ils sont
forts. L’on peut être certain que la leçon sera retenue, tant au Maghreb
qu’au sud du Sahara. A l’occasion de ces évènements, nous avons appris que
600 000 Tunisiens vivaient en France, certains médias avançant même le
chiffre de 1 million. L’explication de l’attitude française réside peut-être
dans ces chiffres. Pour mémoire, en 1955, un an avant la fin du protectorat
français sur la Tunisie, 250 000 Européens, essentiellement Français et
Italiens y étaient installés, ce qui était considéré comme insupportable par
les anti-colonialistes.

ce coup d’état n’a rien de réjouissant !...

Bernard Lugan

16 janvier 2011

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