Barricades pour un drapeau (mis à jour)
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25 JANVIER 1960
Très tôt, ce matin, les algérois arrivent boulevard Laferrière. Des bouquets de fleurs et de petites pancartes rappellent les victimes de la fusillade de la veille.
Pendant la nuit, la barricade de la rue Charles Péguy faite de planches et de morceaux de ferraille est devenue un vrai mur de pavés bien alignés.
Paul Ribeaud écrit dans son témoignage :
« Des Hernandez, des Navarro et aussi des algériens d’origine purement française s’étaient fait tuer et étaient encore prêts à affronter la mort parce qu’ils étaient persuadés que la métropole voulait les abandonner.
L’amour de ces hommes et de ces femmes pour la patrie française n’avait rien de conventionnel. Torturé depuis le début de la rébellion, c’était un sentiment violent ombrageux jaloux qui ne pouvait supporter atteinte.
Ils étaient un million cinq cent mille qui naissaient, vivaient, et mouraient avec un drapeau dans la tête, et ce drapeau était français. »
Au PC de Lagaillarde des hommes de tous âges venaient s’enrôler.
Au soir du 25 janvier, ils étaient environ 2000 à s’être engagés.
Dans la ville, les paras du 3è R.P.C, du 1er R.P.C et du 1er R.E.P fraternisaient avec
« les rebelles ».
La révolution s’installait à Alger mais « la France entière très partiellement informée de ce qui se passait en Algérie ne soupçonnait pas la gravité de la situation. »
De sorte que le ministre de l’Information, Roger Frey, donna le même soir une conférence de presse dans laquelle il fit une déclaration très fantaisiste de la situation.
- « Au cours d’une série d’explications « extrêmement confuses » aux dires d’un représentant de la presse, le ministre s’efforçait de préciser aux journalistes présents ce qui s’était passé à Alger dimanche soir. Il affirmait « qu’il était établi que les premiers coups de feu étaient partis de la Compagnie Algérienne où étaient retranchés les hommes d’Ortiz. »
Le 27 janvier c’est au tour de Michel Debré de recevoir à déjeuner les principaux directeurs de journaux .
Ils ont fabriqué une version officielle qu’ils servent aux lecteurs avec la complicité des médias.
Qui se soucie aujourd’hui de savoir d’où venaient les premiers coups de feu ? Nous.
Pourtant à cette époque déjà, Paul Ribeaud prévient le lecteur dans son dernier paragraphe de la page 98 :
"« ... les lecteurs ne m’en voudront pas si, dans le chapitre prochain je prends souvent le contre-pied de ce que leur ont dit la radio ou leur journal. Gaulliste depuis bien avant le 13 mai, je pense avec « Figaro » que sans la liberté de blâmer, il n’est pas d’éloge flatteur. »
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