Après le référendum suisse, faut-il interdire les minarets ?

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Par ANNE- MARIE DELCAMBRE docteur d’État en droit, docteur en islamologie

La question semble au premier abord étrange.
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Aurait-on l’idée de poser la question : faut-il interdire les clochers ? Pourtant, il fut un temps, en France, au début du XXe siècle, où le Conseil d’État exigeait que les clochers demeurassent muets et, pour ce faire, cette juridiction suprême dans l’ordre administratif ne craignait pas, dans des arrêts célèbres, d’interdire que les cloches se mettent à carillonner, ceci au nom de la neutralité qu’exige la laïcité. Cette façon stricte de comprendre la laïcité semble aujourd’hui avoir totalement disparu dans la plupart des pays européens. C’est particulièrement regrettable car, alors que l’on assiste à un affaiblissement, voire à une totale absence du prosélytisme religieux dans les religions installées en Europe depuis longtemps, l’islam, lui, se présente avec un désir de conquérir du terrain et de s’imposer. La construction de mosquées est, pour la loi islamique (charia), une façon de rendre « musulman » le sol sur lequel elles sont construites car, pour le croyant musulman, la terre entière appartient à Allah.

Mais les minarets sont-ils vraiment comparables aux clochers ? Il semble que le symbolisme architectural ne soit pas du tout le même, sinon comment expliquer que le premier ministre turc, Recep Erdogan, ait jugé bon d’écrire : « Les mosquées sont nos casernes, les minarets nos baïonnettes, les dômes sont nos casques, les croyants sont nos soldats » ?

Or, rappelons-le, les Suisses n’ont pas voté pour l’interdiction des mosquées, ni pour l’interdiction de l’islam. Ils ont uniquement voté pour la « discrétion » de l’islam. Des mosquées, oui, mais sans minarets. Mais où est donc le problème ? Si le minaret n’est qu’un élément architectural de pure décoration et superflu, alors pourquoi cette levée de boucliers dans tout le monde musulman ?

Seulement, pour l’islamologue que je suis comme pour les savants de l’islam, le minaret est tout autre chose qu’un simple ajout dans l’architecture de la mosquée. C’est la manifestation visible et triomphante de l’islam, religion qui estime être la dernière et la seule vraie religion. « La seule religion, aux yeux d’Allah, c’est l’islam », dit le Coran (sourate 3, « La famille d’Imran », verset 19 « Inna ad-dîna ’inda Allahi al-islâmu »). Et ce n’est pas un hasard si, dans le droit musulman (fiqh) (qui est la jurisprudence de la loi islamique - charia), il est interdit que les églises dépassent en hauteur les mosquées. Elles doivent rester modestes et discrètes.
Alors, c’est vrai, les Suisses n’ont pas raisonné en islamologues mais.ils ont obéi au bon sens et exprimé ce qu’ils ressentaient. Pour ces tenants de la modération, de la retenue et du calme, ce qui est refusé, c’est une manifestation trop visible, trop triomphaliste de l’islam. En fait, ce vote traduit, de leur part, le refus de tout signe qui tend à rompre l’uniformité qu’ils jugent être de bon goût, surtout si ce signe appartient à une culture qui n’est pas la leur.
Le vote pour interdire les minarets sera peut-être annulé mais il aura marqué, comme le fait remarquer l’islamologue américain Daniel Pipes (http://www.danielpipes.org/blog/2009/11/swiss-ban-minarets)[bleu marine](1)[/bleu marine], un tournant décisif, aussi important que l’affaire Rushdie il y a vingt ans.
Le véritable raz de marée provoqué par ce vote suisse montre que, d’une certaine façon, toutes les digues de protection soigneusement érigées par les élites pour faire accepter une visibilité toujours plus grande d’une religion qui n’est pourtant pas encore la : religion majoritaire, tous ces barrages ont volé en éclats. Le ras-le-bol ressenti par beaucoup de non-musulmans nourris de laïcité et habitués aux luttes contre le pouvoir des religions, devant une islamisation croissante, s’est exprimé massivement dans ce vote.

Et, paradoxalement, ce peuple suisse, tranquille, ne cherchant pas à faire parler de lui, restera dans l’Histoire comme celui qui a osé dire halte à la progression des revendications islamiques ou islamistes, jamais freinées par des dirigeants frileux et insensibles à la résistance de ceux qui sont avides de stricte laïcité républicaine. Et puis, oser critiquer ce vote qui s est déroulé selon la procédure régulière des votations, c’est critiquer le choix d’un peuple souverain. C’est penser que ce choix populaire n’est respectable que lorsqu’il va dans le sens exigé par les élites. C’est donc manifester le plus profond mépris pour la volonté du peuple. En d’autres termes, c’est imposer un vote politiquement correct et mettre, en quelque sorte, la démocratie sous tutelle.

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