Partie 5 : L’HALLALI !...

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Selon le plan prévu ... Ils n’avaient plus qu’à attendre l’autodétermination dans leurs villages. Ils essayaient de faire comprendre leur situation - à grand renfort de sourires - aux officiers de renseignements qui les interrogeaient.

Le malheur était que ceux-ci, lancés dans l’opération, ne savaient rien - et pour cause - des négociations ouvertes entre la willaya 4 et l’Eiysée !

Et lorsque les officiers de l’A.L.N. leur disaient en clignant de l’æil :

<< Mais ne crie pas si fort, tu sais bien qu’on est d’accord ! >
<< D’accord avec quoi ? gueulaient-ils. Tu me prends pour un con. >

Et les tartes pleuvaient.

Devant ce gâchis désespérant il n’y avait plus rien à faire. Car bien sûr on n’avait pas "coxé" Si Mohamed.

Heux ne put qu’arracher aux pattes des "O.R." (officiers de renseignements) ahuris et furieux les chefs F.L.N. trop confiants ... et les envoyer finir la guerre dans des "camps d’hébergement", écumants de rage et pleins de rancune contre ces "roumis" qui - tout le leur prouvait - les avaient trompés dès le départ.

Léger attendit vainement que Si Salah contactât l’un des deux postes qu’on lui avait signalés.

Il savait, grâce à la boîte postale et à quelques informateurs, que Mohand Ou El Hadj lui avait ouvert les yeux.

<< Je ne suis pas contre ton projet, avait dit le vieux chef, mais pour tout dire je ne suis pas chaud. Je ne marcherai que si tout le monde est d’accord. Et je sais que chez toi tout ne va pas pour le mieux. >

Il lui avait alors montré la lettre de Si Mohamed. Si Salah furieux avait décidé de partir pour reprendre en main sa willaya et éliminer Si Mohamed.

Malheureusement, présumant de ses forces, il négligea de passer d’abord par les postes indiqués par le colonel Jaquin. Inquiet de ce silence et décidé coûte que coûte à sauver la vie de Si Salah, Léger fit passer des messages sur les antennes de Radio Alger racontant la révolte de Si Mohamed dans la willaya
4 et l’exécution de Lakhdar et d’Abdelhatif.

S’il possédait un transistor Si Salah serait ainsi prévenu du sort qui l’attendait.

Si Salah et Halim furent arrêtés par les hommes de Si Mohamed
à Palestro en septembre 1960.

Une vaste purge "assainit" la willaya déjà exsangue.

Halim fut exécuté immédiatement.

Si Mohamed qui voulait jouer la carte de l’Etat-Major Boumediene remit Si Salah à Mohand Ou El Hadj avec mission de le faire parvenir à Tunis.

<< Je ne suis que commandant et arabe, écrivit-il au chef de la willaya 3, tu es colonel et kabyle. on ne pourra pas m’accuser d’avoir voulu le faire disparaître pour des raisons personnelles >.

Mohand Ou El Hadj fit libérer Si Salah et le convainquit de se soumettre au jugement de Tunis. D’après Saada, l’un des cadres de la willaya kabyle, il était libre de ses mouvements, et conservait une arme. Il aurait donc pu s’échapper mais son moral semblait très atteint. Il était abattu.

<< Conscient de son erreur > , me diront Azzedine et Saada.

Quoi qu’il en soit Si Salah ne devait pas rejoindre Tunis vivant. Il fut tué au cours d’un accrochage le 20 juillet 1961 dans le Djurdjura, aux environs de Bouira, par un détachement du 22 ème bataillon de chasseurs alpins, en même temps que quelques cadres de la willaya.

La mort du visiteur de l’Elysée allait encore ajouter au mystère de cette étrange affaire.

Des officiers du B.E.L. reçurent dans les bureaux de l’Etat-Major Inter-armée le rapport suviant :

<< Si Salah, enchaîné, a été blessé par un détachement du 22" alpin. Il est encore en vie. >

Quarante-huit heures après parvenait ce rectificatif :

<< Si Salah était libre et armé. Il a farouchèment résisté aux côtés de son escorte. Blessé grièvement il a succombé à ses blessures>.

<< Pourquoi cette contradiction ? Parce qu’on a voulu éliminer
tous les témoins de l’affaire. > Telle sera la thèse de certains miiitaires
qui souligneront le remplacement du général de Camas en Kabylie par le général Simon, "une créature de de Gaulle" >...

Thèse qu’ils confirmeront - et il faut bien avouer que la coincidence
est troublante - par le récit de la mort de Si Mohamed.

Le 6 août 1961 un renseignement de valeur A.1 signale la présence de Si Mohamed dans une maison des faubourgs de Blida. Au lieu d’envoyer une unité en poste à Blida le commandant en chef fait venir spécialement de Corse un commando du mystérieux 11 ème Choc - régiment action des services spéciaux -, commandé par le capitaine Prévot, ancien d’Indo et parfois chargé de missions à l’étranger dans le cadre du SDECE.

Le commando est mené à pied d’æuvre à Blida. Le combat est d’une rare violence. Si Mohamed et son escorte se battent pied à pied. Face à la cache le capitaine Prévot est grièvement blessé. Et Si Mohamed est tué d’une rafale de mitraillette.

L’affaire Si Salah venait de trouver un épilogue sanglant.

<< Prévot était là pour exécuter un ordre : descendre Si Mohamed, dernier témoin de la rencontre de l’Elysée. >

D’ailleurs de Gaulle n’avait-il pas dit :
< Personne ne parlera de l’affaire Si Salah. Et celui qui en parlera n’en parlera pas longtemps >, affirmeront les mêmes militaires.

Mais nous serons en 1961.

Le putsch aura passé, divisant l’Armée. Challe et Zeller seront en prison et -alors qu’ils risquent leurs têtes - seront d’accord pour que l’affaire Si Salah ne soit pas évoquée, même à huis-clos. D’autres voudront se servir de cette sombre histoire racontée ici pour la première fois dans ses détails pour justifier leur action au sein du putsch et de l’O.A.S.

Mais quelle sera l’importance de cet épisode, aussi mystérieux soit-il, face à la guerre civile qui ensanglantera l’Algérie ?

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