Partie 5 : L’HALLALI !...

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Après le départ de Si Salah, Berroughia et Lakhdar Bouraghra s’étaient entendus avec leurs hommes. Il s’agissait de faire revenir Si Salah ou Si Mohamed sur leur projet et avec leur aide de liquider le reste du conseil de la willaya.

<< Il faut arrêter cette mascarade >, avaient décidé les deux capitaines.

Si Salah étant en route pour la Kabylie, c’est avec Si Mohamed qu’ils avaient tenté l’épreuve de force.

Bouraghra avait proposé à Si Mohamed un rendez-vous avec des éléments de la willaya 5. Sans méfiance celui-ci avait accepté.

Cela faisait partie de sa mission. Mais au rendez-vous, dans la forêt, il n’avait trouvé que le capitaine Berroughia flanqué de son acolyte Bouraghra qui avait braqué un pistolet sur le ventre de l’adjoint de Si Salah.

<< Tu es notre prisonnier, raconte-nous l’Elysée.>

Et Si Mohamed terrorisé avait tout raconté.

<< Eh bien tout cela est clair, avait dit le capitaine. Ce ne peut pas continuer comme cela. Il n’y a qu’une chose à faire : casser cette négociation. Alors choisis. Ou tu reprends la lutte avec nous jusqu’à l’Indépendance et on te considère comme le chef ou on te liquide. >

Si Mohamed n’avait pas hésité.

Sur le Coran il avait juré fidélité à la Révolution, à la Direction Extérieure et avait pris sa première décision de "chef" de la willaya 4 : fusiller Si Lakhdar, Abdelhatif et quelques cadres tout prêts à accepter la Paix des Braves.

Quant à Si Salah on le jugerait à Tunis.

<< C’est un combattant du 1er Novembre, avait dit sentencieusement
Bouraghra, et un homme brave. On ne peut le fusiller comme cela. >

Faltait-il encore le prendre !

C’est ainsi que Si Mohamed avait écrit à Mohand Ou El Hadj.

A la réception de la lettre le vieux chef kabyle ne prit aucune décision.
Il ne souffla mot du message à Si Salah et le laissa pendant plusieurs jours développer ses arguments en faveur de la Paix des Braves.

Mohand Ou El Hadj n’était pas très séduit - contrairement à ce que Si Salah avait affirmé - par cette formule.

Mais beaucoup de ses chefs de région y souscrivaient. Et le vieil homme, s’il croyait profondément au combat de libération nationale pour lequel il avait sacrifié à son âge une vie calme, confortable et douillette d’artisan prospère, était las des luttes fratricides, des purges de toutes sortes dont Mayouz, Amirouche et ce Si Mohamed avaient ensanglanté la Kabylie et l’Algérois.

Il résolut donc d’attendre. Si Mohamed n’avait pas encore gagné dans
sa willaya. Peut-être n’aurait-il pas le dernier mot avec ses troupes ?

Ce dernier mot, le colonel Jaquin était bien décidé à l’avoir.

Une seule solution s’imposait : éliminer Si Mohamed. Et pour réussir faire vite. Le plan fut soigneusement étudié par le capitaine Léger.

Cette "élimination" posait en effet des problèmes graves.

Elle ne devait pas apparaître comme une exécution décidée par les Français mais comme un sursaut d’énergie des hommes de la willaya 4 qui, outrés du changement d’attitude de leur nouveau chef, l’abattraient pour pouvoir profiter de la Paix des Braves !

L’idée était subtile. On ferait transmettre par le vieux cheikh à Médéa une lettre des émissaires de Paris donnant rendez-vous à Si Mohamed. Comme si rien ne s’était passé. Si le chef algérois acceptait, le cheikh et le colonel Jaquin viendraient le chercher au point de rencontre habituel en dehors de Médéa. Jaquin seul dans sa camionnette ouvrirait la route et le cheikh au volant d’un second véhicule suivrait à quelques dizaines de mètres.

En chemin les deux voitures tomberaient dans une embuscade tendue par
des djounoud de la willaya 4 en uniforme - en réalité des musulmans
du capitaine Lêger déguisés en fellaghas.

La camionnette de Jaquin passerait après avoir essuyé quelques coups de feu dans les ailes pour la vraisemblance mais la voiture du cheikh serait arrêtée.

Le cadi "VERRAIT ET ENTENDRAIT" les hommes de la willaya 4 accuser Si Mohamed de traîtrise au nom des combattants qui voulaient la Paix avant de s’évanouir savamment matraqué.

On ferait alors disparaître Si Mohamed. Et à son réveil le vieux cheikh se ferait une joie de raconter alentour comment le chef félon avait été liquidé par les hommes de sa propre willaya. Il ne resterait à Si Salah qu’à revenir et reprendre la situation en main avec l’aide éventuelle de l’armée !

La "gamberge" du B.E.L. êtait séduisante. Mais il fallait la mettre à exécution avant que Si Mohamed apprenne l’interception de son agent de liaison. L’affaire était trop importante pour que Jaquin et Léger se permettent de la monter seuls. Si Mohamed avait rencontré le général de Gaulle, il fallait donc pour l’éliminer que celui-ci donne son feu vert.

Jaquin sauta dans un avion... et attendit quinze jours la réponse.

Cette attente allait confirmer dans l’esprit de certains militaires le double jeu du Président de la République. Pour eux cette fois c’était clair, il ne voulait pas que l’affaire Si Salah aboutisse !

Lorsque le patron du B.E.L. obtint enfin l’autorisation du Général il était trop tard.

Si Mohamed ne vint pas au rendez-vous.

Jaquin et Léger tentèrent désespérément de sauver au moins la peau de Si Salah. Ils déclenchèrent pour s’emparer de Si Mohamed une opération de réserve générale dans la willaya 4, rompant ainsi le cessez-le-feu partiel promis par de Gaulle.

Et ce fut la plus atroce confusion.

Des chefs de région qui n’avaient pas été touchés par Si Mohamed ou qui, malgré ses menaces, restaient fidèles à Si Salah, se rendirent sans combat aux unités françaises. Pour ces "prisonniers" qui croyaient toujours à Si Salah et à la Paix des Braves la fin des combats dans l’honneur et la dignité était arrivée.

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