Partie 2 : les contacts secrets

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Le colonel Mathon savait, d’après les informations des services du colonel Jaquin, qu’il ne devait rester en willaya 4 qu’environ 250 hommes armés. "Troupes" était donc un bien grand mot. Mais les contacts ne pourraient être menés à bien que si ce noyau d’où tout pouvait repartir se ralliait sans réticence à la politique de son chef.

<< Nos commandants de secteurs, répondit celui-ci, sont tous au courant de
notre rencontre. Ils l’ont approuvée. Nous devons maintenant rendre
compte de nos conversations à notre chef de willaya, Si Salah, ainsi
qu’au responsable militaire, Si Mohamed. Il est temps de vous dire
maintenant que mon nom est Si Lakhdar, responsable politique et adjoint
de Si Salah. Le responsable de Médéa ici présent est Abdelhatif, et Halim
fait partie du conseil de willaya comme chef de la zone d’Aumale. >

Lakhdar exprimait ainsi sa confiance et son désir de poursuivre des négociations qui n’en étaient qu’à leurs balbutiements malgré des preuves certaines de bonne volonté. Les cinq hommes convinrent de se retrouver trois jours plus tard au même endroit et dans les mêmes conditions.

<< Il serait bon, souligna Bernard Tricot, qu’après avoir consulté votre chef
et vos collègues de la willaya, vous soyez en mesure - à notre prochaine
réunion - de définir les conditions de mise sur pied d’un cessez-le-feu
efficace et réel. >

L’ordre du jour de la réunion suivante étant ainsi fixé, les cinq émissaires secrets se saluèrent, toute gêne effacée. Ils n’étaient que des hommes de bonne volonté résolus à mettre fin à un combat fratricide.
Le jeu était dangereux mais en valait la chandelle.

C’est le 31 mars que se joua I’avenir de ce qu’on allait appeler l’affaire Si
Salah.

Un avenir plein d’espoir mais aussi de déceptions et de drames qui allait provoquer des catastrophes et influer considérablement sur le destin d’hommes aussi différents que le commandant en chef de l’armée française en Algérie ou que le triumvirat qui présidait aux destinées de la willaya algéroise.

Le chef militaire couvert de gloire et d’honneurs y perdra sa liberté en entrant en rébellion contre le gouvernement de son pays tandis que les chefs rebelles prêts à mettre fin à la guerre disparaitront dans la tourmente, happés, broyés par l’implacable tourbillon des rivalités et des haines, éliminés dans la course pour le pouvoir.

Mais ce 31 mars 1960, c’était encore l’espoir.

Entre 19 et 23 heures les représentants de la willaya 4 acceptèrent toutes les conditions présentées avec beaucoup de souplesse et de doigté par le colonel Mathon et Bernard Tricot.
C’est le général Challe qui - en rapport étroit avec les représentants de I’Elysée et de Matignon ainsi qu’avec le Premier Ministre, Michel Debré - avait établi les modalités d’une < reddition qui n’en ait pas les apparences mais tous les effets >, comme le dira plus tard Paul Delouvrier.

Qu’on en juge : Il était entendu que tous les combattants de la willaya déposeraient leurs armes dans des endroits fixés par accord mutuel - de préférence les préfectures pour que les djounoud n’aient pas le sentiment de remettre leurs armes à des militaires.

Ainsi l’honneur serait sauf. En échange de quoi la France reconnaitrait à ces "fellaghas" le titre de combattants réguliers.

Dès lors chaque djoundi pourrait soit regagner son village soit s’engager dans l’armée française au sein des harkis ou dans une formation de promotion sociale. Les cadres F.L.N. seraient envoyés à l’école d’officiers et de sous-officiers cte Cherchell ou bien rejoindraient eux aussi leurs familles.
Le gouvernement français s’engageait à n’exercer aucune poursuite contre ces anciens rebelles à condition ... qu’ils n’aient pas "de sang sur les mains".

Les "tueurs" et les terroristes seraient jugés. Mais les négociateurs de Médéa convinrent que ces cas particuliers seraient réglés "entre eux". Comme une loi d’amnistie interviendrait très rapidement après l’autodétermination, Mathon et Tricot pourraient "fermer les yeux" et aider à l’exil temporaire des "tueurs" vers l’étranger.
Ayant accepté toutes les conditions matérielles du cessez-le-feu Si Lakhdar entreprit de clarifier la situation politique.
Les négociateurs de la willaya 4 prônaient la constitution d’une sorte de parti politique dont ils seraient les leaders et qui s’insèrerait dans une cohabitation avec la France.

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