L’Affaire SI SALAH (introduction) Un conjuration De Gaulle-Ferhat Abbas (Dr. J.C.PEREZ)

, par  Jean Claude THIODET ✞ , popularité : 3%

Parce que De Gaulle a bâti de ses propres mains la nouvelle Arche de Noé : la France avec sa force de frappe. Arche de Noé élaborée puis construite dans l’ambition d’un « glorieux passage de la France à la modernité.., au grand renouvellement ». Le grand renouvellement ! Il est là sous nos yeux. Un épanouissement social grâce auquel on se sent régénéré... une liberté libéraliste qui dégage tous les horizons... quant à la fraternité on peut dire qu’elle nous étouffe.

Bientôt 50 ans ! 50 ans du grand renouvellement engendré par la défaite de la France en Algérie.
Un anniversaire que l’on s’apprête à célébrer ! L’anniversaire de la plus grande défaite subie par notre pays depuis le début de son histoire.

III — « SIGNIFICATION »... DE L’AFFAIRE SI SALAH

Au mois d’avril 1960, étaient présentes à Médéa, deux personnalités importantes. Permettez-moi de vous rappeler que Médéa se situe au sud-est d’Alger dans la région du Titteri. Il s’agissait :

- de Bernard Tricot : il représente le cabinet de l’Elysée,
 du colonel Mathon : chef du cabinet militaire du premier ministre, Michel Debré.

Ces deux hauts responsables du monde politique français et du pouvoir gaulliste, séjournent temporairement à Médéa dans le but de mener à la meilleure fin possible une fameuse affaire : l’affaire Si Salah. Affaire qu’ils veulent conclure dans le cadre des projets gouvernementaux. Plus précisément dans le cadre des projets « De Gaulle/G.P.R.A. » ou mieux dit « De Gaulle/Ferhat Abbas ».

Nous avons tous entendu parler de l’affaire Si Salah. A propos de celle-ci permettez- moi de vous dire que l’on ne s’est contenté que d’une version officielle de l’événement.
Je m’explique : cette affaire Si Salah, ce n’est pas l’histoire d’un chef de wilaya frappé par la grâce ou plutôt par l’évidence de son anéantissement imminent, qui demande soudain à bénéficier de la « paix des braves », maintes fois proposée par le général De Gaulle. En particulier lors du discours de Constantine du mois d’octobre 1958
.
Cette affaire s’illustre comme la conclusion d’opérations entreprises durant l’année 1959, par les services spéciaux français. Elle bénéficiera, tout particulièrement, des résultats d’une opération antérieure : en 1957, Si Azzedine, personnage-clef de cette affaire fut capturé par le 3e R.P.I.M.A. du colonel Bigeard. Nous y reviendrons.

Le colonel Jacquin et ses lieutenants, parmi lesquels signalons le prestigieux capitaine Léger, avaient mis en route une guerre psychologique intense sur le territoire de la Wilaya IV qui était la Wilaya de l’Algérois qui s’étendait de la mer au Sahara et de l’Ouarsenis à la Kabylie.

La conclusion de ces opérations s’illustra par la destruction des effectifs FLN, leur déroute, leur désarroi.
Surtout, par la perte de confiance des combattants de l’A.L.N. de l’intérieur, à l’égard de l’organisation extérieure de la rébellion de Tunis, du Caire... et d’ailleurs.

A cette époque là, on pourrait presque dire en même temps, une autre opération, héliportée, extrêmement brillante, était réussie par les forces de l’ordre

C’était dans le Sud-Oranais, près du djebel Béchar.

Au cours de cette opération, le chef de la Wilaya V, Lofti, c’est-à-dire le chef de la Wilaya de l’Oranie, fut abattu avec tout son état-major. Le colonel Jacquin s’empara des moyens de transmission et surtout des codes radio de Lofti. Ce qui lui permit de faire anéantir toutes les Katibas de la Wilaya V.
Si on ajoute que depuis l’opération « Jumelles » menée par le général Challe au mois de juillet 1959 en Kabylie, la Wilaya III de cette même Kabylie était pratiquement à genoux, on peut dire que la bataille contre l’A.L.N. de l’intérieur était pratiquement gagnée. Je veux dire militairement, conventionnellement, gagnée... en apparence.

Une victoire, certes. Mais l’exploitation qui en sera faite sera différente selon que l’on se place du point de vue tout à fait théorique des militaires, ou du point de vue très réaliste du général De Gaulle et de ses agents d’exécution.
Pour les militaires, cette victoire devait permettre au gouvernement français de se passer du G.P.R.A. pour terminer la guerre en Algérie et la conclure par la paix des braves. C’est-à-dire, par le désarmement des maquis. C’est-à-dire aussi, par leur ralliement qui était inéluctable dans cette circonstance.
Pour le général De Gaulle, il s’agit de toute autre chose. En réalité il s’agit du contraire.

Il s’agit de dire au G.P.R.A. :

« Nous vous avons débarrassés, selon vos exigences, des maquis de l’intérieur qui avaient juré de vous trancher la gorge à l’instant même où vous mettriez les pieds en Algérie. Rien ne s’oppose désormais à votre installation à la table des négociations, car la victoire de nos armes sur le terrain, nous permet de vous offrir l’Algérie en toute quiétude ».
Ce que j’ose vous dire là n’est pas une élucubration. C’est évoqué, suggéré par écrit, avec timidité, par plusieurs auteurs. D’autres écrits soulignent avec modération l’identité sous-jacente de leurres que revêtaient ces victoires sur le terrain.

Nous avons fait gagner des batailles à nos soldats pour pouvoir perdre la guerre, pour pouvoir hisser le drapeau blanc. Car il est bien évident que c’est le demandeur, pour ne pas dire le quémandeur, de l’ouverture de négociations officielles pour un cessez- le-feu comme l’a fait De Gaulle, qui hisse le drapeau blanc depuis 4 ans ! Ce qui veut dire pour parler clair, que l’on a fait tuer nos soldats pour « le roi de Prusse ». En l’occurrence, le roi de Prusse, c’est le G.P.R.A.

Permettez-moi de vous rappeler que lors de l’opération « Jumelles », des centaines de soldats français ont été officiellement blessés, tués ou portés disparus.
Certes le FLN a subi des pertes dix fois supérieures mais on a tout de même fait tuer des soldats d’élite « pour rien ». Pire, on les a fait tuer pour offrir le pouvoir en Algérie au G.P.R.A.

La mission extrêmement grave que doit mener Bernard Tricot à Médéa ne l’empêche tout de même pas de se promener dans la campagne algérienne.
Près de Damiette, il rencontre au bord d’une route un paysan de chez nous. Là-bas on disait plutôt un petit propriétaire, un petit colon. Oui, petit colon, terme merveilleux qui désigne tous ceux qui ont fait jour après jour, de la terre d’Algérie ce qu’elle fut, à partir de ce qu’elle était avant l’arrivée des Français.

Tricot voit donc ce petit colon en train de charger une charrette de foin. Il le voit s’efforcer de la mettre en position sur un chemin de traverse pour regagner une grange. Et voilà que tout à coup Bernard Tricot va jouer le rôle d’un « sous-préfet au champ ».
S’inspirant peut-être d’Alphonse Daudet, il va se laisser aller à un commentaire presque bucolique.
Il va dire :

« Eh oui, les Européens ! C’est un grave problème ! C’est le seul problème ! »

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