Après le 19 mars .... trous de mémoire ? L’Histoire ignorée !

, par  MORA , popularité : 62%

.. merci Jacques ....

Ouest-France Ille-et-Vilaine Lundi 6 décembre 2010

Courrier des lecteurs

Nous, les oubliés de l’après-1962

M. Bernard Delhommeau, ancien du contingent 2A 1965, 2e RIMA d’Auvours (Sarthe), :
« J’ai été incorporé le 1er juillet 1965, trois ans après l’indépendance de l’Algérie. Notre mission de maintien de la paix était claire.
Nous étions 800 en tant qu’appelés pour cette mission. 500 autres appelés seront affectés à la garde des villas des gradés et à la surveillance de tous les points sensibles. Enfin, 300 appelés du 2e RIMA d’Auvours serviront sur le Piton de Santa Cruz, sous des tentes, en zone combattante. Tous les militaires de la base navale étaient ainsi en zone combattante. Plus tard, rien de tout cela ne sera mentionné sur les carnets militaires.
J’ai été fait prisonnier début avril 1966. 26 longs jours. Aucune de ces journées ne sera inscrite sur mon livret militaire (...)
Nous étions venus pour l’indépendance et le maintien de la paix. Nous nous frotterons jour et nuit aux embuscades, et aux plasticages. Nous devrons affronter les plus dangereux, les fanatiques. Ceux dont le seul et unique but était de nous tirer dessus. Souvent au nombre de trois ou cinq, cachés dans la montagne, leurs embuscades étaient mortelles. Et nous ne comptions plus les soldats grièvement blessés. Heureusement, l’ALAT (aviation légère de l’armée de terre) nous épaulait.
A compter de juillet 1967, les choses se normaliseront. Durant les six derniers mois, nous n’essuierons, si je puis dire, que quatre embuscades, qui, par chance, se termineront bien. A notre arrivée sur le terrain, nous en comptions une bonne vingtaine par mois, sans parler des tirs isolés.
J’ai toujours en-mémoire les nombreux tués par balle et les blessés de cette époque. Des traces officielles subsistent pour ceux qui ont perdu la vie dans les villes, à l’intérieur de la zone française, puisque des constatations étaient alors faites par la gendarmerie. Par contre, pour tous ceux qui mourront dans l’exercice de leur devoir en plein cœur des djebels, il ne reste rien. Pas un mot. Pas un écrit. Nous avions tout simplement ordre de ramener les malheureux à l’infirmerie de la base qui les prenait en charge. Cette vie-là durera quatorze mois et demi.
Quarante ans après, des médecins m’ont diagnostiqué une irradiation de la vue et des nerfs du cerveau. J’ai perdu l’usage de l’œil gauche et subi une sévère réduction de l’usage de l’autre œil (un dixième).
Nous aurons été 575 de la 11e compagnie à nous rendre en Algérie. Si nous avons accompli nombre de missions avec succès dans ce pays, s’il nous a été possible d’œuvrer pour l’indépendance algérienne, rester, par contre, dans l’ombre nous est, aujourd’hui, impossible. Nous ne pouvons être les « Oubliés » de cette histoire.
Nous, appelés du contingent, avons effectué le même travail de maintien de l’ordre que les appelés d’avant 62. Une reconnaissance s’impose. Cela nous aiderait non pas à oublier mais à tout simplement se dire que notre passage sur la terre algérienne n’aura pas été vain. Cela nous permettrait de mieux accepter certaines souffrances morales, corporelles et psychologiques d’aujourd’hui dont les causes remontent inéluctablement à notre sens du devoir, à notre conscience patriotique et au don que nous avons fait de tout ce temps. »

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