Alger 1957 : La bataille d’Alger

, par  Jean Claude THIODET ✞ , popularité : 3%

-1) La formule actuelle des troupes régulières implantées dans les agglomérations et attendant le « coup dur » pour riposter, laisse aux hors-la-loi le choix du moment et du lieu de leur action, leur permet d’agir aux moindres frais contre des objectifs fixés qu’ils ont toute latitude de reconnaître, impose des réactions brutales et aveugles qui creusent un fossé chaque jour plus grand entre Français de souche et Français musulmans, est néfaste pour !e moral des cadres et de la troupe à qui elle donne un sentiment d’impuissance et d’inefficacité, laisse les populations musulmanes sans défense contre la propagande rebelle, maintient !es éléments européens dans un climat de « terreur panique ».

 2) La formule « section nomade » doit permettre de renverser la situation en notre faveur par une action dynamique, adaptée au terrain et à l’ennemi dont elle calquera les méthodes. Elle doit viser à nous alimenter en renseignements (condition primordiale), à nous permettre de les exploiter, à placer l’atout « surprise » dans notre main, à maintenir le tonus des unités, en intéressant les cadres et la troupe par un travail payant, leur laissant une large initiative et qui améliorera en outre leur niveau d’instruction et d’entraînement, à reprendre « discrètement » les contacts humains avec la population musulmane et à nous donner son « pouls », à rétablir la confiance et le calme dans la population européenne. »

Le renseignement, nerf moteur de la guerre secrète

Dans cette note, Massu réserve une large place au problème du renseignement, qui est le nerf moteur de toute guerre secrète et sans lequel les responsables du maintien de l’ordre ne pourront mener à bien leur tâche.

« Le renseignement, écrit encore Massu, doit être recherché par des agents autochtones, travaillant clandestinement et non par des supplétifs en uniforme qui sont immédiatement brûlés.

Ces agents, groupés en cellules, sont choisis dans les milieux les plus divers. Ils sont payés selon le principe de la « prime de rendement », prime calculée assez largement pour couvrir leurs risques et les inciter à en prendre.

Ils sont en liaison avec les éléments chargés de l’action, uniquement par l’intermédiaire du commandant de compagnie. Ce dernier peut, en fonction des directives des échelons supérieurs, diffuser par le canal des cellules de renseignements une propagande « de bouche à oreille » et faire échec aux rumeurs tendancieuses qui sèment le trouble dans les esprits.

La création de telles cellules présentera certainement des difficultés dans les circonstances actuelles et exigera des délais et des moyens.

Mais il est impensable que nous restions impuissants et inactifs devant « le mur du silence ».

Un travail patient et peut-être long, doit pouvoir créer des fissures dans ce mur ; sans préjuger des résultats possibles, l’essai en vaut la peine...

L’action des cellules peut être dans certains cas prolongée par des commandos spécialisés qui précisent les renseignements fournis par les cellules et les rendent plus exploitables par les commandos « action » ; ils agissent surtout par l’observation et font de la reconnaissance légère.

Ben M’ hdi, chef du terrorisme à Alger

Pendant que Massu et son état- major définissent leur tactique, le F.L.N., de son côté, prépare activement la grève du 28 janvier 1957, sous la direction de Ben M’hidi.

Ben M’hidi, vient succéder à Ben Bella après l’arrestation de ce dernier. Né en 1924 : il commence sa carrière dans l’administration. Vite lassé par cette vie monotone, il se lance alors dans la politique et entre au parti populaire algérien dont il devient l’un des cadres les plus jeunes et les plus actifs.

Au sein de son parti, il participe très activement aux troubles sanglants d’Oranie. Voyant cela, le C.C.E. (comité de coordination et d’exécution du F.L.N). l’envoie à Alger pour implanter des réseaux terroristes.

Responsable des actions armées à Alger au sein du C.C.E. Ben M’hidi,

qui est le véritable instigateur de cette grève générale de tous les travailleurs d’Alger, espère ainsi paralyser pendant une semaine toute l’Algérie. L’administration et l’économie sont assez centralisées pour qu’une grève d’une semaine à Alger perturbe gravement le pays. Par cet arrêt de travail, le chef algérien veut montrer au gouvernement français que le F.L.N. tient bien en main la population musulmane. Le F.L.N. apparaît ainsi comme l’interlocuteur valable pour la France et l’unique porte-parole du peuple algérien.

Ce n’est pas par hasard que Ben M’hidi a choisi la date du 28 janvier. Ce jour-là, en effet, s’ouvrira la conférence de l’O.N.U sur l’Algérie. Par cette action, le F.L.N. espère attirer l’attention de l’opinion internationale sur le pays.

Pour mobiliser de manière encore plus frappante la population musulmane, Ben M’hidi ordonne l’intensification des attentats à la bombe. C’est Yacef Saadi qui est chargé de cette tâche. Par là aussi, Ben M’hidi tient à montrer que le F.L.N. est le maître d’Alger et qu’il peut faire régner la terreur à volonté.

Les paras passent à l’action

Devant la perspective de la grève générale préparée par le F.L.N., les paras ne perdent pas de temps.
O... et ses hommes se rendent le 13 janvier dans les locaux des Renseignements Généraux (R.G.). Là ils se saisissent du fichier concernant les suspects, affiliés au P.C.A., au M.T.L.D. (mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques) et naturellement les militants

Toute la journée du 14 janvier, les paras font une sélection des hommes susceptibles d’être en rapport avec les rebelles. Deux cent cinquante noms sont retenus.

Dans la nuit du 14 au 15 janvier, les paras entrent en action. Sans tenir compte des heures légales d’arrestation, les militaires font irruption dans les demeures endormies.
Réveillés en sursaut, terrorisés par la vue des armes, les suspects suivent sans résistance les soldats, au milieu des cris des femmes et des hurlements des enfants.

Sans perdre un instant, les officiers de renseignement et l’équipe de O... interrogent les détenus. Par-ci, par-là, ils obtiennent un nom, une adresse. Des soldats se rendent chez la personne désignée, l’arrêtent et l’interrogent.

Ainsi, de fil en aiguille, les paras parviennent à reconstituer l’organisation interne du F.L.N. à Alger.

Il ne reste plus qu’à mettre des noms dans les cases vides de l’organigramme et à découvrir les caches d’armes et de bombes.

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