Alger 1957 : La bataille d’Alger
<bigMassu brise la grève générale
Maintenant que la machine est en route, il faut faire vite. La date du 28 janvier approche.
Massu décide de frapper un grand coup.
Le 28 janvier, à l’aube, la Casbah est silencieuse. Les maisons closes, les magasins fermés, les rues vides témoignent de l’adhésion de la population — de gré ou de force — au mot d’ordre du F.L.N. Soudain, un bruit épouvantable se fait entendre : les paras envahissent la Casbah. Munis de leurs précieuses listes de suspects, les soldats pénètrent dans les immeubles et font sortir de force les grévistes.
Regroupés par les soins des officiers, les Musulmans sont conduits, par la troupe, sur les lieux de travail . Toute la population européenne verra passer de longs cortèges d’arabes entourés de soldats.
Ces scènes se reproduiront pendant une semaine .
La grève a échoué, . Massu a gagné .
De plus, les nombreuses arrestations effectuées par les Paras laissent de grands vides dans les rangs du FLN. . Mais les principales têtes, Ben M’Hidi, Yacef Saadi et le tueur Ali la Pointe restent introuvables.
Ils ont semé la mort sur leur passage
Nullement découragé par les coups portés à son organisation par les parachutistes, Ben M’Hidi poursuit son action. Efficacement secondé par Yacef Saadi et Ali la pointe, le chef du terrorisme algérien décide de déclencher une nouvelle série d’attentats à la bombe.
Le dimanche 10 février 1957, des centaines de spectateurs se pressent aux stades d’El Biar et de Belcourt pour assister aux matches de football.
A 16 h 35, des bombes explosent un peu partout dans les gradins à El Biar.
A 16 h 40, la même scène se produit à Belcourt.
Les ambulanciers relèvent dix cadavres et trente-six blessés. Parmi ces derniers, beaucoup seront amputés.
C.R.S. et paras encerclent les stades dans l’espoir d’arrêter les coupables.
Mais qui soupçonnerait cette jeune fille de seize ans en jupe à carreaux et veste beige ? Qui soupçonnerait ce jeune garçon en veste de tweed qui contemple le désastre ? Et pourtant ce sont eux qui ont semé la mort sur leur passage.
Cette action fait comprendre à Massu et à son état-major que le F.L.N. ne renonce pas à la lutte.
L’objectif prioritaire des paras sera désormais la découverte des fabricants de bombes et de leurs ateliers.
Bigeard remonte la filière des bombes
Révoltés par cette cruauté gratuite, bouleversés par la mort d’innocents et d’enfants -le fils du brigadier Casanova âgé de neuf ans a trouvé la mort à El Biar- les paras multiplient les arrestations et les interrogatoires.
Bigeard est le plus acharné dans la chasse aux poseurs de bombes. Le 14 février, il apprend l’existence de plusieurs caches. Dans la nuit du 14 au 15, ses « léopards » se rendent dans la Casbah sur les indications d’un serrurier. En une seule fois, les militaires saisissent vingt-cinq bombes en trois endroits différents et arrêtent Bouchouchi Mandi, agent de liaison de Yacef Saadi.
Dans la nuit du 15 au 16 février, les paras font une descente au 6 rue de la Grenade dans la Casbah chez Bouhired Omar. Ainsi de fil en aiguille, Bigeard parvient à remonter le filière des « bombes ».
Pendant ce temps, la panique s’empare des cinq principaux chefs de la rébellion installés à Alger.
La ville n’est plus sûre : il faut quitter le pays et diriger la révolution de l’extérieur.
Au cours d’une réunion le 24 février, Krim et Ben Khedda décident de rejoindre Tunis en passant par la Kabylie et le Constantinois.
Saad Dahlab, Abane et Ben M’hidi rallieront la base marocaine de Nador en passant par l’Oranie.
En quittant ses amis, Ben M’Hidi se rend dans la Casbah chez Yacef Saadi. Les deux hommes se font leurs adieux. Dans la matinée du 25 février, Ben M’Hidi regagne son refuge habituel de la rue Claude Debussy. C’est là qu’il doit attendre les quatre autres dirigeants du F.L.N. pour une réunion fixée à 14 h.
Pendant ce temps, Bigeard interroge deux suspects arrêtés et, en particulier, Hachemi, responsable de la propagande du F.L.N. dans la Casbah.
Harcelé de questions, menacé d’être fusillé, Hachemi finit par donner une adresse, celle de la rue Claude Debussy, où se trouve, dit-il, une « très importante personnalité du F.L.N. ». Bigeard envoie immédiatement ses hommes prendre position. Les paras enfoncent la porte et, à leur grande stupéfaction, tombent sur Ben M’hidi.
Teitgen s’élève contre l’emploi de la torture
L’arrestation de Ben M’hidi, puis sa mort, (2) démantèlent l’organisation algéroise du F.L.N. désormais privée de sa tête. Elle marque également la fin des attentats à la bombe. C’est l’heure du bilan, tant pour la France que pour le F.L.N.
En France, chacun se réjouit des succès remportés par les léopards. Cependant, des grincements de dents se font entendre l’emploi de la torture est-il nécessaire ? Dans une lettre adressée à Robert Lacoste, Paul Teitgen, secrétaire général de la police à Alger, s’interroge sur le climat de violence qui règne dans la ville.
« ...J’ai acquis l’intime certitude que, depuis trois mois, nous sommes engagés - non pas dans l’illégalité, ce qui, dans le combat mené actuellement est sans importance- mais dans l’anonymat et l’irresponsabilité qui ne peuvent conduire qu’aux crimes de guerre.
« Je ne me permettrais jamais une telle affirmation, si, au cours de récentes visites effectuées aux centres d’hébergement de Paul Cazelles et de Beni-Messous, je n’avais reconnu sur certains assignés les traces profondes des sévices ou des tortures qu’il y a quatorze ans je subissais personnellement dans les caves de la Gestapo de Nancy.
(2) Les récits concernant la mort de Ben M’hidi sont contradictoires. Selon Bigeard, le chef algérien aurait été fusillé et l’armée française lui aurait rendu les honneurs. Selon Massu, Ber. M’hidi se serait pendu dans sa cellule (voir l’article d’André Taillefer, Bigeard dans la tourmente)
Or, ces deux centres d’hébergement installés à la demande et par l’autorité militaire d’Alger, sont essentiellement « pourvus » par elle. Les assignés qui y sont conduits ont "d’abord été interrogés dans les quartiers militaires après une arrestation dont l’autorité civile, qui est celle de l’État, n’est jamais informée.
C’est ensuite, et souvent après quelques semaines de détention et d’interrogatoire sans contrôle, que les individus sont dirigés par l’autorité militaire au centre de Beni-Messous et de là, sans assignation préalable et par convoi de cent cinquante à deux cents, au centre de Paul Cazelles.
Si je n’ignorais pas qu’au cours de certains interrogatoires des individus étaient morts sous la torture, j’ignorais cependant qu’à la villa Susini, par exemple, ces interrogatoires scandaleux étaient menés, au nom de mon pays et de son armée, par le soldat de 1°classe F..., sujet allemand engagé dans le 1° R.E.P. et que celui- ci osait avouer aux détenus qu’il se vengeait ainsi de la victoire de la France en 1945.
Rien de tout cela, bien sûr, ne condamne l’armée française non plus que la lutte impitoyable qui doit être menée par elle dans ce pays et qui devrait l’être à Alger plus spécialement contre la rébellion, l’assassinat, le terrorisme et leurs complices de tous ordres .
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