Alger 1957 : La bataille d’Alger

, par  Jean Claude THIODET ✞ , popularité : 2%

Le maintien de l’ordre en Algérie : une tâche redoutable

Après la publication de l’arrêté préfectoral, Massu rend visite à Robert Lacoste,le ministre-résident et à Raoul Salan, le commandant supérieur interarmées. L’un et l’autre précisent au nouveau responsable du maintien de l’ordre les tâches qu’il devra assumer :

-Contrôler la circulation et les biens ;
 Réglementer l’achat, la vente, la distribution, le transport ou la détention de produits, matières premières, animaux ;
 Instituer des zones où le séjour est réglementé ou interdit ;
 Assigner à résidence, surveillée ou non, toute personne dont l’activité se révèle dangereuse pour la sécurité ou l’ordre public ;
 Réglementer les réunions publiques, salles de spectacles, débits de boisson... ;
 Prescrire la déclaration, ordonner la remise et procéder à la recherche et à l’enlèvement des armes, munitions et explosifs ;
 Ordonner et autoriser des perquisitions à domicile de jour et de nuit ;
 Fixer les prestations à imposer à titre de réparation des dommages causés aux biens publics ou privés, à ceux qui auront apporté une aide quelconque à la rébellion ;
 Chasser et anéantir les groupements militaires rebelles ;
 Détruire la structure politique de l’adversaire ;
 Mener une action bénéfique sur les populations par des contacts humains et des ralliements à la sagesse.

Un état-major brillant et efficace autour de Massu

Aussitôt entré en fonction, Massu se lance dans la bataille d’Alger.
En premier lieu, le général constitue son état-major.
Massu prend avec lui le colonel Bigeard.

Né en 1916, Bigeard a combattu en Indochine et en Algérie. C’est, tout comme Massu, un homme d’action. Plusieurs fois blessé grièvement, il reprend toujours son poste de combat malgré les avis des médecins. Massu lui confie le secteur de la Casbah, quartier arabe d’Alger. C’est là l’un des points névralgiques de la capitale algérienne, avec son lacis inextricable de rues, de ruelles et d’impasses.

Le F.L.N. a implanté là ses réseaux terroristes, ses hommes, ses caches d’armes et de bombes.

Massu fait également appel au colonel Godard. Lourd, robuste, tout en muscles, ce Saint-Cyrien cache une grande sensibilité derrière un visage froid. C’est à peine si, de temps en temps, de fugitifs sourires éclairent sa physionomie.
Godard est un spécialiste hors pair de la guerre secrète et du renseignement. Son esprit de ténacité, sa grande capacité de travail, son sens de l’organisation aideront ce brillant officier dans la lutte — souterraine et mortelle — contre l’ O.P.A., !a fameuse organisation politico-administrative du F.L.N.

Également Saint-Cyrien, de la même promotion que Godard, le lieutenant-colonel Brothier n’est pas encore totalement remis des blessures. reçues en Indochine quand Massu l’appelle à ses côtés.
Son courage physique, cependant, lui a permis de reprendre du service dans les parachutistes. Brothier est aidé dans sa tâche par un officier exemplaire, Jeanpierre. Né en 1912, Jeanpierre

combat dans les rangs de la résistance avant d’être déporté en 1944 à Mauthausen. En 1949, il part en Indochine. Là, s’illustre au Tonkin. Son 1°r Bataillon étranger de parachutistes est ensuite envoyé en Algérie dès 1955. Jeanpierre se couvre de gloire dans les Nemenchas et l’Atlas blidéen. Malgré sa sévérité et sa rudesse, ses soldats vouent une affection sans borne à ce grand garçon blond aux yeux clairs.

Pour compléter son état-major, Massu fait appel au lieutenant-colonel Roger Trinquier. Né en 1908, Trinquier a longtemps vécu en Indochine. De son séjour en Extrême-Orient, il a gagné, nous dit un de ses anciens camarades qui lui vouent une admiration sans borne, «  un tour d’esprit compliqué, des réactions difficiles à comprendre et une ruse un peu complexe ». Aux yeux de Massu, ce sont là des qualités précieuses qui permettront aux responsables du maintien de l’ordre de mieux comprendre les réactions du F.L.N., réactions aussi subtiles et aussi déroutantes que celles des maquisards de Ho Chi Minh.


Limiter l’usage de la torture au strict minimum

A côté de cet état-major militaire, Massu constitue un état-major de renseignement et de contre-espionnage. Celui-ci est placé sous la haute responsabilité de 0..., (1) autre spécialiste chevronné des coups tordus et de la guerre secrète.

(1) Les lois de l’amnistie ne nous permettent pas de donner le nom de cet officier, accusé de tortures pendant la guerre. Cependant, il est utile de préciser que, lors de son procès, l’accusation n’a pas réussi à établir d’une façon formelle sa participation personnelle aux tortures que le F.L.N., de son côté, pratiquait sur une très grande échelle, aussi bien contre ses ennemis que contre ses militants accusés de trahison. Les preuves, à cet égard, abondent.

Froid, courageux, très timide, très bohème, O... est le contraire d’un officier classique. En Indochine, on lui confie des missions secrètes. En 1954, de retour en France, il est affecté au S.D.E.C.E., où il mène, là encore, quelques actions secrètes.

C’est à lui et à ses hommes que revient la partie la plus ingrate du travail : Arracher « coute que coute » des informations aux suspects.

Bien évidemment, cette tâche entraîne l’emploi de la torture.

Cependant, O... essaiera toujours de la limiter au strict minimum sur les agents subalternes du F.L.N. Pourquoi, en effet, torturer des hommes qui ne peuvent donner que des renseignements de second ordre ?

Le commandant O... s’entoure de onze sous-officiers de choc. Ces hommes exécuteront les « basses oeuvres » rendues nécessaires par l’extension du terrorisme F.L.N. en Algérie.

O... et ses hommes travaillent en étroite collaboration avec Trinquier

et les officiers de renseignements (O.R) de l’état-major militaire : Chabanne, O.R. de Bigeard, Faulque, O.R. de Jeanpierre. La petite équipe de O... s’installe, elle, à la villa des Tourelles dans une petite rue au-dessous d’Hydra.

Une action dynamique adaptée au terrain et à l’ennemi

Après avoir constitué son état- major, Massu fixe à ses hommes les objectifs à atteindre :
 investir !a Casbah où le F.L.N. règne en maître
 et briser la grève que l’organisation rebelle prépare activement pour le 28 janvier 1957.

En brisant ou même en limitant cette grève, le nouveau patron du maintien de l’ordre fera la preuve que lui et ses hommes sont capables de mettre en échec le F.L.N. sur son propre terrain, c’est-à-dire dans la Casbah et dans le reste de la ville d’Alger.

Massu expose sa méthode pour atteindre ces buts dans une note d’orientation adressée aux officiers de son état-major :

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