Un peu d’HISTOIRE Les Barricades : 24 janvier 1960

, par  Jean Claude THIODET ✞ , popularité : 3%

Voilà dans l’esprit, les propos que me tint ce brillant officier du REP, ce lundi 25 janvier, un peu avant l’aube.

Je m’en retournai au PC pour informer Ortiz et les autres de cet entretien et je réussis enfin à dormir 1 heure.

Je fus appelé dans la matinée (9 heures ? 10 heures ?) par une estafette qui me déclara :

« Le colonel BROIZAT veut te parler d’urgence ».

Je connaissais BROIZAT. Il commandait le 1er RCP et j’avais tenu avec lui et deux autres colonels du Bureau préfectoral de MASSU, une réunion très importante dans la villa du capitaine FILIPPI, située au Balcon Saint Raphaël, vers la fin de l’année 1959.

BROIZAT, ce 25 janvier vers 9/10 heures du matin, me présenta deux autres officiers, que je n’avais pas encore vus :

« Le général GRACIEUX » me dit-il et « mon second, le commandant B…. ».

BROIZAT manifesta à haute voix, sa satisfaction devant le déroulement de l’opération.

« Le fait que rien ne se soit passé cette nuit, est très significatif ». me dit-il. Il faisait référence aux intentions probables du général CHALLE.

« Ils n’ont pas osé …, donc …, donc quoi ? », telle était en réalité la question que je me posais in petto.

A ce moment-là, le général GRACIEUX s’adressa à moi avec courtoisie et il me renouvela les recommandations techniques du commandant V…., transmises quelques heures plus tôt au PC du 1ER REP.

« Tenez vos effectifs en mains », précisa-t-il. Il ajouta : « La 10e DP va marcher pour sauver l’Algérie française, le général CHALLE va prendre la tête du mouvement et l’armée va s’engager dans cette opération, c’est une question de quelques heures : l’Algérie française est sauvée ».

Je ne puis exprimer aujourd’hui l’émotion que j’éprouvai à cet instant-là.

Je ressentis un immense espoir dans un destin nouveau pour l’Algérie et pour la France.

Pratiquement à ce moment-à, intervint un sous-officier des transmissions pour un message téléphonique destiné au général GRACIEUX. Celui-ci se retourna vers BROIZAT :

« Tous les commandants d’unités de la 10e DP à l’EMI » dit-il à BROIZAT.

Celui-ci se retourna alors vers son second, le chef d’escadron B…, que j’ai évoqué un peu plus haut :

« Je laisse le régiment entre vos mains. Je vous donne l’ordre de n’obéir qu’aux ordres que je vous transmettrai moi-même. En particulier je vous donne l’ordre de désobéir à tout ordre qui viendrait d’ailleurs, et qui vous commanderait de tirer sur la foule ».

Je fus témoin de cette scène et je me souviens encore de l’enthousiasme « Algérie-française » qui animait le chef d’escadron B…, commandant en second du 1er RCP .

Donc le 25 janvier au matin, l’enthousiasme militaire « Algérie-française » commençait à s’exprimer à nouveau et ne demandait qu’à exploser.

C’est alors que nous vîmes arriver, l’un après l’autre, tous les chefs de bataillons UT qui, la veille, étaient restés chez eux. Les officiers UT qui la veille, nous avaient lâchés. Ils se présentèrent en uniforme, pistolet au côté, avec la prétention d’organiser les effectifs de leurs compagnies qui parfois, les accablaient de quelques quolibets grinçants.

Ces hommes avaient vécu, pour beaucoup d’entre eux, le véritable 24 janvier et surtout, ils étaient restés présents durant cette nuit du 24 au 25 janvier, à espérer, malgré l’incertitude qui nous menaçait et que le capitaine HAUTECHAUD avait aggravée par la phrase qui m’avait impressionné : « Cette nuit il y aura 600 morts de plus à Alger ».

Je n’ai pas l’intention de décrire la suite de la semaine des Barricades, qui pour moi, est d’un intérêt mineur si on la compare aux journées des 23 et 24 janvier et à la première moitié de la journée du 25 janvier.

C’est DELOUVRIER qui réussit à obtenir la liquidation des Barricades, lorsqu’il prit la décision d’emmener le jeudi 28 janvier, le général CHALLE à la REGHAÏA . A extirper CHALLE de l’enthousiasme patriotique qui émanait de la foule auquel il n’était pas imperméable. Ce fut le piège que DELOUVRIER réussit à monter pour obtenir la fin de la Semaine des Barricades d’Alger.

A partir du moment où l’armée refusait de s’engager, nous ne pouvions plus rien faire.

Ce même jeudi 28 janvier, en fin d’après-midi, je fis la connaissance du colonel GODARD que j’évoquais au début de ce chapitre. Il s’était rendu dans l’enceinte des barricades et était accompagné du capitaine de la BOURDONNAYE dont j’ignorais l’identité à ce moment-là.

GODARD, me paraissait gêné. Il suggérait… Il n’osait pas s’exprimer clairement. Je n’arrivais pas à comprendre ce qu’il attendait de nous. En réalité, ce qu’il n’osait pas nous exprimer, c’était sa conviction que jamais l’armée ne donnerait l’assaut contre les Barricades. Il était persuadé qu’aucun chef de corps n’accepterait de jouer le rôle de bourreau du peuple d’Alger. Il était aussi désespéré que nous du comportement désastreusement attentiste de ses frères d’armes. Il aurait voulu relancer l’affaire.

Mais il ne nous offrait aucun moyen d’action. Il aurait fallu qu’une unité entière prît position symboliquement dans l’enceinte des Barricades pour que l’aventure fût relancée.

J’avais maintenu avec SERGENT des contacts quotidiens.

Plein d’amertume, il vint me dire le vendredi 29 dans l’après-midi :

« C’est notre régiment qui va pénétrer dans les Barricades, de manière à éviter un drame…, le drame de la fin. Vos hommes remettront leurs armes et tout se passera bien pour eux. Mais pas pour vous Jean-Claude, ni pour Susini, Ortiz et Lagaillarde ».

Je lui opposai avec véhémence :

« Vous ne pouvez pas nous faire ça ! Vous ne pouvez pas entrer en armes dans les Barricades et nous humilier ainsi encore plus ! »

Je précisai ma pensée :

« Vous allez transformer la fin des Barricades en une défaite pour nous. Restez en dehors des Barricades et accueillez avec les honneurs, avec respect et avec estime, ceux qui en sortiront dans la dignité ». Tel fut le propos que je lui tins avec fermeté.

« Je vais transmettre de toute urgence au colonel » me dit-il.

Je ne sais si cette position que j’ai prise ce vendredi 29 janvier et que SERGENT a rappelée dans son témoignage au procès des Barricades, eut une influence sur le comportement du colonel DUFOUR. En tout cas, celui-ci accepta une évacuation du camp retranché, qui s’effectua dans des conditions plus qu’honorables. Mais tous avaient tenu à m’avertir : ne pas me faire prendre durant les premières heures qui suivraient les Barricades.

Pour Ortiz et pour moi, le compte était déjà réglé dans l’esprit de certaines autorités.

Ortiz se mit définitivement à l’abri.

Personnellement, je me mis à l’abri pendant 24 heures, avant de rejoindre le commando ALCAZAR, qui était en train d’être formé dans les quartiers du 1er REP, à ZERALDA, par des volontaires.

Je fus accueilli avec chaleur, par tous mes vieux camarades en particulier par Jean Ghnassia, Jourdes, Forzy, Ronda et d’autres, et tout particulièrement par l’aumônier du régiment.

A partir de là, s’amorça pour moi une suite que vous connaissez peut-être :

  la Santé
  l’OAS
  l’exil
  la condamnation à mort
  le retour
  et ce combat que je continue de mener pour défendre envers et contre tout, au mieux possible, le souvenir de ce qui fut la plus belle bataille livrée pour la défense de l’Occident :

LA BATAILLE DE L’OAS

Navigation

Cette version de NotreJournal représente l’ancienne formule utilisée jusqu’en octobre 2012, en cas de difficultés, contactez nous à info@notrejournal.info !