Un peu d’HISTOIRE Les Barricades : 24 janvier 1960

, par  Jean Claude THIODET ✞ , popularité : 3%

C’est la vérité suivante : les premières lignes de mobiles qui chargèrent la foule, étaient constituées pour une grande part de gendarmes pieds-noirs dont les armes avaient été désapprovisionnées au préalable . Avant leur charge.

Un coup de feu provocateur est sûrement parti de la foule. Il a déclenché le tir du ou des FM de la gendarmerie, à partir du Forum.

Il est important de souligner aujourd’hui encore que les quatorze gendarmes tués, n’ont pas été autopsiés. Aucune précision ne fut apportée concernant l’origine des projectiles qui les avaient atteints.

J’ai connu au moins l’un des gardes originaire de Fort-de-l’Eau qui participa à cette charge. Il fut toujours convaincu que lui et ses compagnons étaient tombés dans un infâme traquenard.

Il précisait même que celui-ci avait été monté par-dessus la tête du colonel DEBROSSE. Il rejoignit l’OAS quelques temps plus tard, avec plusieurs autres des gardes mobiles qui participèrent à cette charge du 24 janvier.

Il le fit après avoir incendié la caserne de la gendarmerie mobile de Maison-Carré.

Il fut condamné par contumace à 20 ans de détention. Il est mort en Espagne. Il s’appelait Vincent Ginester.

Cette intervention des forces de l’ordre se devait d’être sanglante, avant tout, pour ceux qui l’avaient déclenchée. Et surtout pour ceux qui avaient planifié le feu de la gendarmerie, sans en référer au général CHALLE.

Il fallait du sang à ces messieurs, de manière à disposer d’un prétexte qui aurait permis au pouvoir gaulliste de résoudre dans un bain de sang, répétons-le, cette soirée des Barricades d’Alger. Cette soirée du 24 janvier 1960.

Se débarrasser par-là même, de ceux partie, qui avaient beaucoup donné, depuis cinq ans
déjà, pour la défense de l’Algérie française.

Ceux qui avaient mis en jeu leur carrière, leur équilibre familial, leur liberté et leur vie. Ceux qui, cependant, sont encore traités par certaines organisations et publications amies, avec une désinvolture irritante. Voire un dédain insultant.

Commença alors la nuit tragique.

Nos effectifs étaient regroupés autour du PC Ortiz, ainsi qu’à l’intérieur des locaux de cet immeuble que nous occupions.

Nous étions sous la menace d’une attaque en règle dirigée contre la Barricade du PC Ortiz. Mais nous étions là. Pratiquement tout l’effectif des commandos de choc du FNF. Ceux qui le matin avaient enfoncé les barrages des parachutistes et de la gendarmerie. Ceux qui avaient rameuté la foule vers le plateau des Glières.

Le capitaine HAUTECHAUD, du 1ER REP, affecté à d’autres fonctions auprès du général MASSU à la préfecture d’Alger, vint nous rendre visite peu avant minuit. Il déclara textuellement, à Ortiz et à moi-même :

« Dans deux heures, nous déplorerons 600 morts à Alger » .

Il était manifestement pessimiste.

Mais, le 1er REP se cantonna à ce moment-là sur la place de la Grande-Poste. Le colonel DUFOUR vint nous contacter. Il déclara à Ortiz et à moi-même :

« Soyez calmes cette nuit, reposez-vous et surtout dormez. Il ne se passera rien et demain… il fera jour ».

Effectivement la nuit se passa au mieux possible.

Nous eûmes, hélas, à déplorer un drame inattendu. Le suicide de l’un des nôtres. Raphaël Senach. Il souffrait d’un état dépressif apparemment quiescent qui s’est brutalement décompensé après la fusillade.

Paul Ribaud, dans un livre un peu romantique, Barricades pour un drapeau a montré dans une très belle photo, la foule qui assista, quelques jours plus tard, à l’enterrement de Raphaël. On voit, en plein milieu de cette foule, le visage de Jean Perez, mon père, qui, avec ma mère, mes sœurs et beaucoup de parents, assistèrent à toutes les manifestations. Mon jeune frère Jacques était à son poste, à la tête de son groupe, à l’intérieur des Barricades.

Cette nuit, fut pour moi l’occasion de faire la connaissance du capitaine SERGENT. J’y reviendrai un peu plus loin dans le cadre de cette étude .

Ainsi, à 2 heures du matin, l’aventure du 24 janvier 1960 était terminée.

Pointaient les premières heures du 25 janvier.

Allait naître alors une autre aventure, beaucoup moins risquée : celle de la semaine des Barricades d’Alger, qui ne fut qu’une queue de ce qui s’était passé pendant les journées des 23 et 24 janvier.

Est arrivé le moment de poser une question : quels sont les responsables de la fusillade ?

La réponse est nette. Sans équivoque. Je l’ai d’ailleurs évoquée.

A/ Le premier responsable, le responsable opérationnel, c’est DELOUVRIER, le Délégué du gouvernement en Algérie. Plus tard, quand il fut mis sur la touche de la vie politique par le général De Gaulle, il déclara en substance à son idole :

« J’ai pourtant pris la responsabilité de faire couler le sang à Alger ».

B/ Après lui, parce qu’ils lui ont obéi, sans exiger une confirmation par le général CHALLE qui ne fut pas informé de la décision de faire charger les gendarmes, sont responsables le général CREPIN, nouveau commandant du corps d’armée d’Alger et le colonel FONDE, commandant du secteur Alger-Sahel.

Le colonel DEBROSSE ne fut qu’un simple exécutant.

Il est acquis d’une façon certaine que des personnalités politiques, évoluant très près du Président de la République, sont intervenues pour engager DELOUVRIER dans cette responsabilité : faire couler le sang à Alger.

Des personnalités très liées avant tout à Georges Pompidou et à son état-major. Pompidou, fondé de pouvoir de la banque Rothschild qui occupait, à ce moment-là, les fonctions de chef de cabinet de De Gaulle.

Dès 1958, lors de l’accession au pouvoir par celui-ci en juin 1958, en tant que dernier président du Conseil de la IVe République, Pompidou avait fait connaître son plan de négociations avec le FLN pour aboutir à un cessez-le-feu avant la victoire.

Ce plan s’exprimait dans un document d’une importance déterminante dont on a très peu parlé et aujourd’hui encore moins qu’hier : le document Pompidou préparé à l’aide de BROUILLET et de TRICOT.

Pompidou et les « pompidoliens » furent des acteurs dont le rôle fut de la plus haute efficacité dans le largage de l’Algérie française. Au nom du délestage économique de l’Algérie dans le but d’augmenter la valeur ajoutée des investissements. Ce plan Pompidou concrétisait auprès de l’exécuteur en chef qu’était De Gaulle, l’objectif de l’un des états-majors opérationnels les plus efficaces du capitalisme financier de l’époque.

Et c’est dans le cadre du délestage économique de l’Algérie, que sont intervenus des hommes comme Giscard d’Estaing, qui ont manifesté à haute voix, leur volonté que les Barricades d’Alger fussent réduites par la force. C’est-à-dire, au prix de quelques centaines de morts.

II – LE 25 JANVIER 1960, A PARTIR DE 5 HEURES DU MATIN : MES RENCONTRES, CE MATIN-LA, AVEC SERGENT, BROIZAT, LE GENERAL GRACIEUX, COMMANDANT DE LA 10e D.P.

« Demain il fera jour…. » avait déclaré DUFOUR, commandant du 1er REP. En plein milieu de la nuit il effaça par ce propos les effets anxiogènes de la réflexion pessimiste du capitaine HAUTECHAUD : « Cette nuit il y aura 600 morts de plus à Alger ».

La fusillade remontait à plusieurs heures. L’état de siège avait été décrété à Alger par le général CHALLE.

L’information générale nous traitait d’assassins, de factieux sans foi ni loi… mais rien ne se passait.

Durant cette nuit, nous savions très bien que si l’armée donnait l’assaut, nous serions balayés en quelques minutes. D’autant plus que nous n’aurions jamais ouvert le feu sur l’armée française. Je tiens à le préciser. Tels étaient mes ordres.

Donc, c’était devenu quoi ce 24 janvier 1960, à Alger ? Un bluff ? Pourquoi pas ? C’était le moment ou jamais d’être capable de bluffer.

Je pressentais que rien ne se passerait… et par intermittence, je m’offrais quelques minutes de sommeil, sur le coin d’une table.

Certains parmi les nôtres, m’interrogeaient avec angoisse. Mon camarade de jeunesse et frère d’armes, Georges Beauvais me demanda : « vais-je mourir cette nuit ? Je veux le savoir ».

« Je n’en sais rien », lui ai-je répondu. « Il nous faut attendre et rester calmes ».

Malgré cette incertitude, nos militants du FNF sont restés sur place : autour du PC ORTIZ et à l’intérieur de l’immeuble. A monter une garde symbolique.

C’est à ce moment là qu’une voix s’est élevée parmi eux. C’était celle de Sauveur Marco, un de nos commandos de choc du FNF, un bagarreur teigneux s’il en fut, qui avait fait partie avec Charlie Falzon, Robert Laugier, son frère et d’autres encore…. du fameux bélier de 200 casques lourds qui avaient enfoncé les barrages du matin, avec moi à leur tête. Et que nous disait Sauveur ?

« Vous vous imaginiez tous qu’on allait défendre l’Algérie française par des défilés, des chants et quelques gueulantes ! Qu’on allait sauver l’Algérie française, comme ça, en rigolant et en manifestant. Et bien la vérité c’est cette nuit ! Alors dormez et bonne nuit ! ».

J’essaie aujourd’hui, de traduire en langage décent la formulation très couleur locale dont nous avait gratifiés Sauveur et que je n’ose pas transcrire.

Quoi qu’il en soit, nous attendions la suite des évènements. Tout allait dépendre du comportement de l’armée.

Vers 4 heures du matin, quelqu’un vint me chercher.

« Un capitaine du REP demande à te rencontrer ». me dit-il. « Il t’attend de l’autre côté de la barricade ».

Je m’y rendis. J’eus droit à un salut classique, « Pierre SERGENT, du 1er REP, mes respects docteur ».

Il me dit immédiatement :

« Le commandant V…, commandant en second du régiment, vous invite à venir le rencontrer au PC du régiment, le plus rapidement possible ».

« Je vous suis » lui répondis-je.

Il me conduisit à quelques centaines de mètres du PC ORTIZ, et me présenta au commandant V…., le commandant en second de cette belle unité de la Légion étrangère.

« Très honoré de vous rencontrer » me dit-il. « Je vous ai prié de venir pour vous inviter au calme, vous et vos troupes » ajouta-t-il.

Et il enchaîna : « tout se passera bien. Je suis pour l’Algérie française. Le régiment est pour l’Algérie française. Le général GRACIEUX, commandant la 10e DP est pour l’Algérie française. Le général CHALLE est pour l’Algérie française.

Donc, le sauvetage de l’Algérie française, c’est l’affaire de quelques heures …. Car « le coup va partir ». Maintenez le calme parmi vos effectifs. Nous vous solliciterons le moment venu ».

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