Partie 3 : L’incroyable voyage..

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Dans un premier temps ils avaient voulu traiter avec des représentants directs du pouvoir parisien, ensuite ils avaient demandé à être reçus par une personnalité importante du gouvernement, et aujourd’hui ils "mettaient le paquet" en se pré ?sentant tous trois - le chef suprême, son adjoint politique et son adjoint militaire - à ? l’heure du de ?part pour Paris.

Si Lakhdar expliqua que Halim resterait à la willaya pour s’occuper des affaires courantes.
Quant à Abdelhatif il ne parlait pas suffisamment le français pour participer à une "conférence au sommet".

Très habilement le chef politique profitant de sa connaissance des deux émissaires français cherchait à mettre à l’aise les deux nouveaux venus.

Pour Si Salah cela semblait facile. L’homme, très grand - environ 1,90 m - paraissait très sympathique et parlait facilement.
Le visage clair était agréable. Des yeux bruns, intelligents, dirigeaient alternativement leurs regards sur les délégués français comme pour mieux les connaitre et les jauger. Une fine moustache surmontant une bouche gourmande faisait élégamment oublier un nez trop grand. L’aisance des gestes, la taille élancée rendaient plus rustaude encore l’allure de son voisin Si Mohamed.

C’était donc là l’homme avec lequel ou plutôt ’contre lequel’, il faudrait jouer !

Le chef militaire de la willaya 4 n’était pas gâté par la nature.
Le front bas, les oreilles décollées encadrant des pommettes larges et saillantes, des yeux bridés et très enfoncés et par là-dessus, une moustache soulignant d’un trait noir et épais le teint basané donnaient à sa physionomie un air à la fois fruste et sournois.
Si Mohamed avait à peine salué et se tenait dans une réserve hostile qui n’augurait rien de bon.

Pourtant dans le S.O. Bretagne qui les menait à Paris le chef militaire s’était détendu, parlant un peu de sa vie. Il avait expliqué à Bernard Tricot qu’il ne connaissait de l’Europe que les mines belges où il avait travaillé dans les années 50.

Et puis le survol d’Alger, le bouleversant panorama de la ville blanche l’avait surpris. Les trois maquisards n’avaient pas revu Alger depuis cinq ans. Pour Si Lakhdar et Si Mohamed c’était la première fois qu’ils survolaient la cité.

<< C’est notre baptême de l’air >, avait confié Lakhdar.

Et, avec une nuance d’admiration dans la voix, il avait ajouté :

<< Mais Si Salah, lui, est déjà monté en avion. >

Le repas lui-même avait été une source d’étonnement pour ces soldats des maquis. Les gendarmes de l’air en civil - ils étaient quatre, deux à l’arrière, deux à l’avant de la carlingue - les avaient vu déchirer à belles dents les tranches de viande froide qu’on leur présentait.
A l’heure du fromage, Lakhdar qui ne connaissait pas le camembert l’avait mangé tout entier croyant que c’était l’usage. Et sans une goutte de vin !

Les trois hommes respectaient strictement l’orthodoxie musulmane, ils ne fumaient ni ne buvaient d’alcool.

Au fil des heures Tricot et Mathon n’avaient pu s’empêcher d’une certaine sympathie pour ces hommes qui les avaient durement combattus et qui, l’heure de la négociation arrivée, se trouvaient littéralement arrachés à leur pays, à leurs habitudes simples et rudes de coureurs de djebel, pour se trouver plongés dans un monde inconnu, au contact de coutumes et d’habitudes nouvelles.

Il leur fallait un réel courage pour entreprendre seuls une pareille aventure, en opposition avec leurs chefs de l’Extérieur et sans même le soutien des willayas voisines.

Après le repas, dans l’avion, les cinq hommes avaient abordé les thèmes politiques. Si Salah avait exprimé un nouveau désir : il voulait s’entretenir avec Ben Bella.

<< Il est en prison chez vous, expliqua-t-il, ce sera très facile de le rencontrer.>

Les trois chefs de la willaya 4 voulaient bien passer au dessus de ce G.P.R.A. qui à leurs yeux ne représentait plus rien, mais ils désiraient tout de même rencontrer le leader emprisonné qui déjà faisait figure de martyr.

Ben Bella au courant, ils ne pourraient être accusés de traitrise ! Le plan était habile mais Bernard Tricot savait que le général de Gaulle refuserait cette éventuelle visite au prisonnier de l’Ile d’Aix.
Il entreprit de les de ?courager.

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