Lettre ouverte à mes amis les maires de banlieue

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Lettre de Xavier Lemoine, maire de Montfermeil

Vous avez été très nombreux à signer la “Lettre à ceux qui ignorent les banlieues” rédigée par Claude Dilain, maire de Clichy-sous-Bois et président de l’association Ville et Banlieue. Avec Claude Dilain, je travaille quotidiennement et efficacement. Avec humour, beaucoup nous déclarent “pacsés” dans le cadre de la communauté d’agglomération que nous formons et je milite à Ville et Banlieue.
Pour autant, je n’ai pas signé la Lettre et je ne la signerai pas, en raison, paradoxalement, de l’estime et de l’amitié qui me lient à lui.
Alors expliquons-nous.

Oui, beaucoup d’entre nous, maires de banlieue, sentent une sourde et puissante inquiétude les envahir devant la relative vanité, quant aux résultats obtenus, des politiques qu’avec passion et acharnement nous avons mises en œuvre sur nos territoires.
Les quelques résultats obtenus péniblement, mais pour combien de temps encore, nous inciteraient donc à penser qu’en rajoutant des milliards aux milliards, nous parviendrons à des résultats probants et définitifs.
Et nous voilà, maires de banlieue, à nous transformer en “monsieur Bahlsen” du “toujours plus” d’argent de la politique de la Ville. C’est une grave erreur car nous nous trompons et nous trompons tous les Français. J’appelle de mes vœux une réflexion plus fondamentale.

Les moyens financiers et humains qui restent nécessaires à la politique de la Ville doivent être subordonnés impérativement aux considérations suivantes que j’évoque par ordre d’importance.

- La situation financière, économique et sociale de la France nécessite que nous prenions aussi part à l’effort collectif de redressement.
On ne peut prendre en défaut la solidarité du pays en faveur de nos quartiers défavorisés.
Songeons seulement aux 12 milliards d’euros de l’Anru et aux 500 millions annuels de L’Acsé.
L’effort sera à poursuivre mais il est déjà conséquent.
C’est jouer avec le feu que de justifier à l’avance des événements du type émeute en invoquant un désengagement de l’État.

- De la même manière, regardons si actuellement la France peut continuer, tous les ans, d’accueillir définitivement sur son territoire 200 000 étrangers.
Nous ne ferons pas l’économie, pour des raisons culturelles et démographiques, de devoir reconsidérer sérieusement la nature et l’intensité des flux migratoires.

- Soulignons au passage les politiques de gauche qui ont cru devoir favoriser l’arrivée dans leur ville du “prolétariat de substitution” au travers de l’immigration et les politiques de droite qui ont pris pour les villes dont ils étaient députés ou sénateurs des dispositions qu’ils n’ont pas voulu prendre dans le même temps pour la France.
Au-delà des postures médiatiques et politiques, bon nombre d’élus, notamment de gauche, débordés, voire otages, ne savent comment éteindre l’incendie tandis que la droite ne brille pas par son courage, tétanisée par les grands prêtres de l’antiracisme et du politiquement correct.

Cela étant dit, nous pourrions peut-être, ensemble, nous préoccuper de l’avenir qui nous attend…

– Avant de rallonger les financements en direction de nos quartiers, posons-nous collectivement la question de savoir pourquoi toutes les sommes à ce jour investies n’ont hélas pas produit les résultats escomptés.
Nous avons renoncé à l’assimilation et nous avons prôné l’intégration, en vérité le cache-sexe du droit exacerbé à la différence.
Sacrée différence en effet.

Ce droit à la différence exacerbé a annihilé toute tentative d’exigences, si minimes soient-elles, en direction des populations accueillies.
Nous avons fait ainsi le lit du communautarisme qui, lui, ne badine pas quant à ses méthodes de contrôle social dans nos quartiers.

Ainsi, nos politiques publiques d’intégration perdent, d’année en année, de leurs effets.
Un monde parallèle, solidaire, organisé, déterminé campe à nos portes et les bascules démographiques sont à l’œuvre ; elles ne sont pas pressées, elles ont le temps pour elles. Elles sont inexorables.

Alors, mes chers collègues : sommes-nous capables de nous retrouver, au-delà de nos postures, sur ces réalités que nous vivons, que nous connaissons, que nous affrontons quotidiennement ?

Sommes-nous capables en tant que maires de regarder lucidement et courageusement ces vérités ?
Sommes-nous capables, en raison du fait que notre mandat est encore celui qui jouit de la plus grande confiance de la part de toutes nos populations, de faire l’union sacrée face à ce qui mine et menace notre République ?
C’est à ce niveau de réflexion qu’il faut se hisser. En aurons-nous la sagesse ? En aurons-nous le courage ? Je l’espère tant.

Xavier Lemoine, maire de Montfermeil

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