LE NUCLÉAIRE ou l’énergie du désespoir ... Peut-on s’en sortir sans sortir ?

, par  Jean-Marie Avadian , popularité : 74%

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On dit tout et n’importe quoi sur nos besoins d’énergie et sur le danger du nucléaire.
Alors je dis aussi mon tout et mon n’importe quoi.

D’abord les mythes et la réalité

Le nucléaire des centrales c’est une source de chaleur contrôlée qui sert à faire bouillir de l’eau dont la vapeur alimente les turbines. Cela n’a rien à voir avec le nucléaire militaire qui provoque une réaction en chaîne incontrôlée dont les effets (explosion, chaleur, radiation) sont dévastateurs.

Ce qui ne signifie pas que les accidents du nucléaire civil sont des broutilles.

Les explosions éventuelles et la chaleur dégagée peuvent provoquer des dégâts mais ils sont circonscrits au périmètre immédiat de la centrale. Par contre, les radiations libérées ont des effets dévastateurs sur l’environnement (humains, animaux et plantes).
Cet effet qui est proportionnel à l’intensité et à la durée des radiations se répand dans l’atmosphère au grès des vents. Heureusement, comme la dilution se fait dans toutes les directions, la concentration d’éléments contaminants diminue rapidement (grosso modo quand la distance est multipliée par 10, la pollution nucléaire est divisée par 1000), ce qui ne réduit en rien la gravité intrinsèque de ces émissions mais cela amoindrit considérablement leur effet et les conséquences sur la nature au fur et à mesure que l’on s’éloigne de la source.
Ainsi, les radiations issues de Fukushima ont amené le Japon à définir un périmètre de sécurité de 20 km à l’intérieur duquel les radiations élevées sont franchement mortelles. Par contre les mesures faites à l’arrivée des vents d’ouest sur les côtes américaines ont révélé que la radioactivité résiduelle importée de Fukushima était si faible qu’elle ne modifiait pas de manière mesurable la radioactivité naturelle que nous subissons en permanence.

Les radiations nucléaires anormalement élevées ont un effet insidieux sur tous les êtres vivants.
Pour les humains, l’iode radioactif issu de ces radiations s’installe, entre ôtre, dans notre thyroïde ce qui perturbe cette glande au point de détruire toute la régulation hormonale qu’elle est sensée effectuer. C’est pour cela que, en zone contaminée, pour se protéger il est recommandé d’absorber des doses massives d’iode ordinaire non radioactive.
Ainsi gavée d’iode ordinaire, la thyroïde ne peut plus absorber l’iode radioactive quand elle se présente dans l’atmosphère.

Les conséquences désastreuses du nucléaire qui tue sont donc bien réelles mais il est intéressant de les relativiser avant de décider quelle alternative est la meilleure pour nous.
Il arrive que des considérations électoralistes et populistes amènent des gouvernements à opter pour le charbon en acceptant l’effet immédiat (soutien populaire) mais en ignorant les conséquences à plus long terme (pollution). Voir l’Allemagne !
On estime que dans les seules mines, le charbon fait encore plus de 10 000 morts par an aujourd’hui. Certes c’est 20 fois moins que les accidents de voiture mais, lorsqu’on ajoute les effets de la pollution, cela devient une source de maladie et de décès bien plus grave que le nucléaire est pour l’instant !
Par contre les énergies dites renouvelables promettent une alternative dont les effets secondaires néfastes sont relativement inexistants.

Les options et les choix en France

Que l’on choisisse comme les allemands d’utiliser rapidement des énergies fossiles (charbon et hydrocarbures) malgré l’effet désastreux sur l’environnement, ou qu’on privilégie les énergies renouvelables, pour l’électricité trois options s’offrent à nous :

 1. Garder la ligne de conduite actuelle
 qui s’appuie principalement sur le nucléaire
 2. Sortir progressive du nucléaire au fur et à mesure
 de la mise en production des solutions alternatives
 3. Sortir brutale du nucléaire comme le demandent certains

Pour décider, on peut avoir soit un jugement émotionnel soit un jugement économique.

Pour le jugement émotionnel, la discussion est simple. Ce n’est pas une question de moyens mais de principe.
Le principe de précaution prime et nous sommes d’accord pour que notre facture d’électricité devienne insupportable pour les bas revenus qui n’auront d’ôtre alternative que de se priver de chauffage l’hiver comme des autres commodités de la vie quotidienne (congélateur, frigo, lave-linge, lave vaisselle, four électrique, télé, aspirateur, etc.).
Dans une démocratie, il est normal de considérer leur point de vue et il est prudent d’estimer qu’une majorité aimerait connaître les alternatives avant de choisir cette option.

Je propose donc d’analyser succinctement la question économique en relation avec les 3 options ci-dessus.

Pour ce faire je pars de la production d’électricité issue du nucléaire telle qu’elle est aujourdhui. Cette production génère des revenus qui sont réinvestis à la fois dans les nouvelles centrales et dans les coûts induits par le démantèlement des plus anciennes que l’on retire.

L’analyse économique des alternatives consiste donc à projeter sur les 20 prochaines années l’impact économique d’une sortie du nucléaire progressive ou brutale.

1. Garder la ligne de conduite actuelle qui s’appuie principalement sur le nucléaire

Aujourd’hui, la production d’électricité issue du nucléaire a les caractéristiques suivantes :
 • Elle répond à nos besoins en électricité
 • Elle génère des revenus qui sont réinvestis à la fois
  dans les nouvelles centrales (dont les EPR) 
  et dans le démantèlement des sites obsolètes.
 • Le modèle économique est pérenne :
  l’exploitation des centrales en activité génère
 durablement l’électricité nécessaire ainsi que
 les revenus couvrant les besoins
 d’investissement et de démantèlement ci-dessus.

2. Sortie progressive du nucléaire au fur et à mesure de la mise en production des solutions alternatives

Contrairement au cas précédent, on ne construit plus de nouvelles centrales et on continue de démolir les anciennes quand elles sont en fin de vie. Ceci entraîne trois changements :
 • L’énergie produite par les centrales diminue
 avec leur nombre il faut donc pallier à ce manque
 par d’autres sources d’électricité
 • Les profits issus de l’exploitation du nucléaire
 sont également réduits à proportion
 • Par contre, avec l’arrêt de la construction de nouvelles
 centrales on dispose des revenus correspondants
 pour acheter de l’énergie et/ou développer
 des modes de production alternatifs.

Une simulation grossière de cette option m’amène à dire que, toutes ôtres choses étant égales par ailleurs, la France subirait les premières années une très faible impasse en électricité (facilement gérable et acceptable) puis un excédent croissant par rapport à l’option 1.

3. Sortie brutale du nucléaire comme le demandent certains

Non seulement on ne construit plus de nouvelles centrales mais on accélère l’arrêt des centrales existantes afin de sortir du nucléaire au plus tôt. 
( L’arrêt immédiat de toutes les centrales n’est pas évoqué car le manque irremplaçable d’électricité entrainerait une fin brutale de l’activité économique plongeant le pays dans le chômage généralisé avec une spirale sans fin vers le moyen-âge ).

Cette sortie brutale entraînerait deux changements par rapport à un arrêt programmé dans le temps :
• L’énergie produite par les centrales diminuant rapidement
 avec leur nombre, il faudrait donc accélérer
 la mise en production de nouvelles sources.
• Les profits issus de l’exploitation du nucléaire
 disparaissant très vite 
 il faudrait d’importants nouveaux financements 
 pour mettre en place les nouvelles sources d’électricité.

La même simulation grossière m’amène à dire que, toutes ôtres choses étant égales par ailleurs :

• Il parait improbable que l’on puisse mettre en place
 les solutions alternatives dans des délais assez courts 
 pour maintenir la production au niveau actuel. 
 On ne saurait donc éviter une chute sévère de l’électricité
 disponible et cette pénurie durerait plusieurs années.
• il serait nécessaire de lancer un grand emprunt
 pour financer ce programme et, pour le rembourser, 
 notre facture d’électricité serait sérieusement alourdie.

On cumulerait donc les inconvénients d’une électricité rationnée et d’une électricité très coûteuse.

 

Voir en ligne : http://blog.francetv.fr/blogistan-a...

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