L’insurrection du 13 mai 1958
Comme tous les mercredi, ce 14 mai il arrive à son bureau de Paris et s’informe de la journée précédente. Ce qu’il apprend n’est tout de même pas réjouissant.
Pflimlin a été réinvesti, Delbecque et ses acolytes ne se sont pas imposés à Alger et, plus grave encore, ils n’ont pas réussi à rallier les généraux qui doivent faire appel à lui.
Au contraire, Salan , dans les premières heures de ce 14 mai, vient de publier ce communiqué :
« Le général Salan, commandant supérieur interarmes et commandant la 10e région, assume provisoirement, à compter d’aujourd’hui 14 mai, les pouvoirs civils et militaires, afin d’assurer le maintien de l’ordre, la protection des biens et des personnes et la conduite des opérations.
« Le Comité de Salut public qui s’est constitué à Alger sous la pression des évènements pour affirmer la volonté de la population franco-musulmane de rester française assure la liaison entre elle et le commandement qui lui transmet ses ordres.
« Il importe que tous les rouages de l’administration soient remis en route au plus vite afin qu’il n’y ait aucune perturbation dans la vie du pays et dans la conduite des opérations.
« La population est invitée à garder son calme dans la dignité et dans la discipline. L’autorité militaire invite chacun à lui faire confiance et à reprendre son travail . »
C’est le communiqué d’un chef militaire qui se porte garant des valeurs de la République et en aucun cas d’un général « factieux ».
Ce discours ne plait pas aux gaullistes. Il faut aller plus loin. Delbecque se démène d’autant plus que De Gaulle refuse encore de prendre position en s’adressant aux émeutiers d’Alger car il veut être sûr de « son coup ».
Les gaullistes sont conscients qu’ils ne peuvent pas laisser retomber la pression . Les manifestants sont toujours au forum, qu’ils ne quitteront pratiquement plus durant tous ces jours et, manipulés par les politiques ils vont obliger Salan à venir s’exprimer devant la foule (européens et algériens) qui s’amasse sous les balcons du GG.
Le 15 mai dans la matinée, à l’issue de son discours - il n’est pas très doué pour cet exercice - il crie : « Vive la France ! Vive l’Algérie française ! »
Tout le monde a vu Delbecque venir lui murmurer quelque chose à l’oreille.
Alors, Salan revient vers le micro et ces mots exacts sont enregistrés sur la bande magnétique : « Ah, c’est vrai : vive le général De Gaulle »
Salan vient de faire un choix décisif .
Il n’est pas un homme politique et à l’évidence il n’est pas gaulliste non plus. Il est assurément dépassé par les évènements. Il faut sortir de cette crise. Profitant du désarroi dans lequel il se trouve face à cette foule qui le pousse à l’action, les hommes de De Gaulle l’ont littéralement poussé dans leur camp.
Pflimlin qui vient d’être investi le 14 mai au matin, refuse de négocier avec les insurgés. Sa politique est celle de l’abandon. Sous la pression des gaullistes même les civils vont se ranger derrière l’homme qui leur est présenté comme le sauveur de l’Algérie française.
Ce même jour à 17 heures, le général De Gaulle va se manifester sous la forme d’un communiqué :
« La désintégration de l’État entraîne infailliblement l’éloignement des peuples associés, le trouble de l’armée au combat, la dislocation nationale, la perte de l’indépendance.
« Depuis douze ans, la France, aux prises avec des problèmes trop rudes pour le régime des partis, est engagée dans un processus désastreux. Naguère, le pays, dans ses profondeurs m’a fait confiance pour le conduire jusqu’au salut. Aujourd’hui, devant les épreuves qui montent de nouveau vers lui, qu’il sache que je me tiens prêt à assumer les pouvoirs de la République. »
Il ne lui aura pas fallu longtemps pour proposer ses bons offices.
Nous connaissons, tous, la suite de l’histoire......
Q - Avons-nous fait revenir De Gaulle au pouvoir ?
R - Non
Q - Les gaullistes se sont-ils servis des évènements d’Algérie pour réinstaller de Gaulle au pouvoir ?
R - Oui
Q - De Gaulle connaissait-il le plan ourdi par ses hommes ?
R - Un jour, très certainement, nous le saurons !
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