L’insurrection du 13 mai 1958

, par  Danièle LOPEZ , popularité : 3%

De Gaulle, est donc au courant de ces entretiens et approuve ces contacts avec les rebelles, sans quoi il aurait demandé à son ami fidèle de cesser ses consultations avec ce représentant du FLN.

Ahmed Boumendjel, qui se réfugie plus tard en Tunisie, devient le responsable de l’information et de la presse du FLN. Avec l’accord de ses chefs , il donnera la priorité des informations importantes à Rosenberg. Or, Rosenberg s’il est très introduit dans le milieu FLN de Tunis et du Caire, est aussi en relation avec les gaullistes à Paris.

C’est ainsi qu’un jour, revenant de Tunisie où il avait rencontré les dirigeants FLN, il fait part à Olivier Guichard de son désir de s’entretenir directement avec le général. De Gaulle, le reçoit un mercredi d’avril 58, comme à son habitude, au 5 rue de Solférino.

Rosenberg y est accueilli par Gaston Bonneval, l’aide de camp du général qui lui déclare tout de go :

« Quelles que soient les déclarations que pourra vous faire le général, il est entendu qu’elles ne peuvent être publiées qu’entre guillemets » , avant d’être introduit auprès de de Gaulle.

Le journaliste racontera que, pendant une demi heure, il a plaidé sa cause sans que de Gaulle ne dise un mot. A la fin de l’entretien, et alors qu’il se lève pour prendre congé, le général laisse tomber cette phrase :

- Il est bien sûr que l’Algérie sera indépendante . et de rajouter :

  Encore devons-nous savoir ce qu’il faut entendre par indépendance…

Tels sont les propos rapportés par Rosenberg alors que nous sommes à quelques semaines, seulement, de l’investiture de De Gaulle !

Nous sommes en droit de le croire puisque, dans ses « Mémoires d’espoir » de Gaulle écrit, au sujet de mai 1958, cette réflexion très révélatrice :

« Quoiqu’on ait pu rêver jadis ou qu’on puisse regretter aujourd’hui, quoique j’aie moi même assurément espéré à d’autres époques, il n’y avait plus, à mes yeux , d’issue en dehors du droit de l’Algérie à disposer d’elle même.
Si, de but en blanc, j’affichais mes intentions, nul doute que, sur l’océan des ignorances alarmées, des étonnements scandalisés, des malveillances coalisées se fût levée, dans tous les milieux, une vague de stupeur et de fureur qui eut fait chavirer le navire. Sans jamais changer de cap, il me faudrait donc manœuvrer jusqu’au moment où décidément le bon sens aurait percé les brumes. »

Nous devons donc situer « ces autres époques » avant mai 1958.

Puisque c’est encore à cette époque, qu’il s’entretient à plusieurs reprises dans son bureau de Paris avec Jean Amrouche , l’écrivain Kabyle ami de Albert Camus. Amrouche qui est un nationaliste, ne fera pas de secret de la position de De Gaulle : "l’Algérie sera indépendante".

Il en est de même pour Alain Savary alors ministre de gauche, Roger Stéphane de France-Observateur, Maurice Clavel le romancier et même le Prince héritier du Maroc, Moulay Hassan qui témoignent de la ferme conviction de De Gaulle de voir l’Algérie devenir indépendante.

Pendant que Coty, allant d’un groupe politique à l’autre depuis ce 15 avril, essaye désespérément de trouver l’homme qui acceptera de diriger le gouvernement , à Alger une manifestation populaire est prévue pour le 26 avril.

Elle est menée par un comité de vigilance coiffant divers mouvements patriotiques, dont les anciens combattants…. mais le tout « est noyauté » par l’antenne algéroise des gaullistes de Chaban-Delmas dirigée par Delbecque et soutenus par l’ USRAF de Jacques Soustelle.

En ces derniers jours d’avril, alors que la IVe République vit ses dernières heures sans chef pour la gouverner, Léon Delbecque ira à deux reprises rencontrer le général De Gaulle à Paris pour l’informer des derniers évènements.

Alain de Serigny ami de Jacques Soustelle veut connaître les intentions du général avant de rallier le camp des gaullistes. Mais De Gaulle restera toujours dans le flou et ne donnera jamais une réponse nette et précise à aucun de ses interlocuteurs quant à la politique algérienne qui serait la sienne .... " si d’aventure, Alger faisait appel à lui "tient-il à préciser.

De Gaulle a toujours gardé des contacts avec tous ceux qui, quelles que fussent leurs couleurs politiques ou leur position vis à vis de l’Algérie envisageaient de le retrouver un jour à la tête du Pays.

Ainsi , il est parfaitement au courant de ce qui se prépare à Alger. Delbeque et Neuwirth l’ont prévenu de l’intention des gaullistes de « profiter » des évènements qui éclateront pour le faire revenir sur le devant de la scène.

Le plan des gaullistes d’Alger est fin prêt :

 La révolte populaire, la prise du Gouvernement, qui mènera à demander l’établissement d’un gouvernement de salut public et imposer De Gaulle à ce gouvernement.

La seule chose qui peut gêner cet homme prétentieux, c’est de ne pas revenir en « libérateur de la France ». Et si ....

Navigation

Cette version de NotreJournal représente l’ancienne formule utilisée jusqu’en octobre 2012, en cas de difficultés, contactez nous à info@notrejournal.info !