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, par  Allezou...bIda ✞ , popularité : 4%


Pierre Montagnon : L’instituteur s’installe en maître

A Alger, en 1884 Jean Jaurès déclarait

"Nos colonies ne seront françaises d’intelligence et de coeur que quand elles comprendront un peu le français. Pour la France surtout, la langue est l’instrument de la colonisation. Il faut que les écoles françaises, où nous appellerons l’indigène, viennent au secours des colons français dans leur oeuvre difficile de conquête morale et d’assimiliation"

L’enseignement suit la colonisation et Galliéni de répéter à ses cadres :

"Chaque fois que des incidents de guerre obligent l’un de nos officiers coloniaux à agir contre un village ou un centre habité, il ne doit pas perdre de vue que son premier soin, la soumission des habitants obtenue, sera de reconstruire le village, d’y créer immédiatement un marché, d’y établir une école"

Albert Sarraut, Gouverneur d’Indochine, écrit dans une circulaire :

"Faire un peuple instruit, ami de la loi, industrieux, capable de prendre une part croissante à la questions des intérêts de son pays"

Mais les Européens d’Algérie redoutent le développement de l’enseignement chez les indigènes et y décèlent le germe d’un danger politique. Albert Sarraut persiste :

"l’instituteur ne sera pas un danger mais une force pour nous si elle aide l’indigène à mieux percevoir notre effort permanent de bien et de progrès"

appuyé en cela par Charles De Gaulle dans son discours de Brazzaville.

La religion fait obstacle à l’enseignement des "Bons Pères", les colons s’y opposent pour des raisons politiques, le rejet indigène se concentrant sur elle et sur la présence française.

En 1908, le congrès des Maires, tous européens, vote une motion extraordinaire :

Considérant que l’instruction des indigènes fait courir à l’Algérie un véritable péril, tant au point de vue économique qu’au point de vue du peuplement français, les Maires d’Algérie émettent le voeu que l’instruction primaire des indigènes soient supprimée.

ainsi au début du XXe siècle, un seul indigène, le jeune Kabyle Augustin Ibazizen, est élève dans un collège de 150 élèves de Miliana. Peu à peu cette instruction indigène devient réalité. En 1954, 400 000 garçons et 70 000 filles musulmans sont scolarisés, chiffre important mais insuffisant.

Après la première guerre mondiale, les Algériens comprenent l’intérêt que représente l’instruction des jeunes.

Le taux de scolarisation s’améliore avec la guerre d’Algérie : de nombreuses écoles seront créées dans le bled et 4000 instituteurs, dont 900 musulmans, seront formés par l’école normale de la Bouzaréah, près d’Alger.

Les époux Monnerot, instituteurs venus de Métropole, ont été les premières victimes de la Toussaint sanglante du 1er novembre 1954.

Les écoles furent des pépinières de révolutionnaires, ce au nom des idéaux républicains.

Effet boomrang, le colon fut-il le promoteur de sa défaite ? Le congrès des maires avait-il eu une vision prémonitoire de l’avenir de l’Algérie ?

En quoi est-il responsable, ce colon prédateur, si dans la tradition musulmane, les filles ne sont pas dignes d’être instruites (voir les chiffres des enfants indigènes scolarisés en 1954) et si les jeunes garçons deviennent bergers plutôt que plombiers, médecins, électriciens, instituteurs....? Pourquoi le seul élève de Miliana est un Kabyle prénommé Augustin ?

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