Imposture
Amaury Lorin : La route est toute tracée
Dénoncée comme une entrave au développement des échanges internationaux par les libéraux, les marxistes voient dans la colonisation une forme d’exploitation du colonisé et à ce titre le développement des infrastructures a eu un double intérêt : rapprochement des colonies de la Métropole et par souci politique souder et relier les diverses parties de l’Empire. Ces infrastructures, censées adoucir le sort des indigènes, les subjuguent pour mieux les soumettre.
L’objectif est également économique : ces travaux ouvrent des débouchés à l’industrie métropolitaine : les mines sont exploitées ; les plantations développées et de la main d’oeuvre indigène embauchée ; ainsi les intérêts convergent : aménagements coloniaux au profit des des populations locales et des épargnants métropolitaines :
<quote alors que cette immense entreprise se réalise par l’exploitation d’une main d’oeuvre indigène assujettie contre son gré, arracher par milliers à leur champs et leurs villages. Conclusion de l’auteur : Cuisant échec du projet civilisateur d’origine, sur fond de modernité devenu symbole de l’arbitraire colonial Encore une fois, il découle de cette analyse, que les colons ont fait, d’une démarche altruiste et salvatrice, une oeuvre de rapine et de profit ne tenant aucun compte des intérêts et besoins des "malheureux colonisés". Dans les années 1870, 26% des officiers sont fauchés par la maladie, 16% meurent au combat, pour inverser le processus, on identifie la majorité des micro-organismes responsables des maladies on les met en germe permettant ainsi de découvrir des vaccins immunisants. La médecine s’érige en outil d’impérialisme incontournable et le médecin est investi d’un mission bicéphale : politique (supériorité occidentale et d’abord française) économique (accroître et fortifier la main d’oeuvre indigène) et humanitaire -le terme est employé- qui consiste à exporter le progrès hygiénique pour en faire bénéficier les populations sous tutelle La France insistera sur la dimensions civilisatrice et assimilatrice de cette entreprise. Le médecin protège les troupes et les colons et profite de cette situation géographique pour engranger des connaissances pathologiques, botaniques et cartographiques qui serviront à faire évoluer la science au profit de l’humanité. Ainsi trouve-t-on Albert Calmette qui, à Saïgon, développe, grâce à de nombreuses études, les vaccins anti-rabique et anti-variolique, Alexandre Yessin, découvreur du bacille de la peste, s’installe à Nha Trang pour en faire le haut lieu de la production de vaccins et sérums vétérinaires, Alphonse Laveran découvre, à Constantine, le plasmodium, agent du Paludisme, ce qui lui vaut le prix Nobel de physiologie et de médecine en 1907, Eugène Jamot, en poste à Brazzaville fait face à un épidémie de trypanasomiase et arrive à éradiquer cette maladie ce qui lui vaut le prix Nobel de médecine, Charles Nicolle reçu le même prix pour ses recherches sur le typhus en 1928. Ces médecins, soutenus par un réseau de 14 Instituts Pasteur d’Outre-Mer (I.O.P.M.), font avancer la médecine (au profit des seuls occidentaux ?) ; les colonies étant devenues un vaste laboratoire d’observation et d’expérimentation sur les maladies tropicales, elles attirent des scientifiques de tous les pays. En quoi cette effervescence médicale profite-t-elle aux colonisés, que dire de l’exercice de ce devoir humanitaire ? On vaccine, on rend l’eau potable, on dératise, on construit des hôpitaux mais les budgets sanitaires sont anémiques. Une loi est votée en avril 1909 déclarant que les colonies ne doivent rien coûter à la France et devront s’autofinancer, ainsi voit-on le "Bon docteur Schweitzer" donner des concerts d’orgue et écrire un livre sur Jean-Sébastien Bach afin de financer les soins dans l’hôpital de Lambaréné. Après le discours de Brazzaville, le budget sera augmenté de 10%. Le recrutement des praticiens civils ne fait pas recette, ils sont manifestement peut attirés par ce sacerdoce ingrat et mal rémunéré alors l’emploi de personnel médical indigène apparaît comme une solution ainsi que la formation d’infirmiers et de sages-femmes. L’accent est mis sur une prévention de masse : VACCINER, ENREGISTRER, DESINFECTER Par contre, la prise en charge de la santé maternelle et infantile sera tardive, la tuberculose et le trachome, qui rend aveugle, continuent leur ravage. Les contraintes imposées sont mal perçues par les populations : vaccination obligatoire, interdiction de suivre le rite funéraires, ségrégation des groupes à risques dans des quartiers confinés. Conclusion de l’auteur : Le bilan de la santé coloniale est alors forcément contrasté, ambigu. Entre idéalisme scientifique, exploitation et discrimination impérialiste, la frontière ne fut pas toujours traçable. En même temps, on peine à considérer avec Frantz Fanon, psychiatre Martiniquais, défenseur de la cause algérienne et icône de la pensée postcoloniale, que la médecine et le médecin symbolisaient intrinsèquement tout le tragique, l’oppression et l’humiliation de la situation coloniale
Laurence Monnais : Les toubibs font merveille
La médecine qui se voulait facteur de progrès, de bien être, de bien vivre a été le marche-pieds du colonisateur permettant aux colonisés de se bien porter pour être mieux exploitables et plus rentables. Cette analyse semble être nuancée par la conclusion donnée l’auteur, mais la pensée première est une "colonisation négative" dans le domaine médical
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