HISTOIRES ALGERIENNES I C’est pas les tapettes qui manquent.........!

, par  Tchalef 1er , popularité : 91%

C’est pas les tapettes qui manquent…

Minuit passé, Sauveur et Franco, c’est les deux seuls qui sont encore réveillés.

Mais alors, la putain, ils sont bien réveillés !

D’abord, ils sont allés au cinéma, à l’Olympia, après en sortant ils ont commencé à taper l’anisette : « C’est moi qui paye ! non, c’est moi, jamais de la vie ! que je meure !... »

Les verres ils ont vite défilé. Et Sauveur et Franco, les voilà qui arrivent rue Catinat juste sous la maison où Serra il habite.

Serra, il faut savoir que c’est le roi des mauvais coucheurs. Y en a pas un qui est plus mauvais coucheur que lui, même pas le juge Rateau !

Ce soir, encore une fois il peut pas dormir. Toujours il fait des cauchemars où il croit que les gens ils se moquent de lui dans son dos.

Alors, comme il veut les insulter, il se réveille… Le matin, ses yeux comme ceux des crapauds ils sont… Et là, juste il entend Sauveur et Franco qui passent dans la rue en chantant et en se disputant.

Serra, il ouvre la fenêtre comme un fou :

- « Vous allez la fermer, bande de borrachos, sinon je vais appeler la police, vous allez voir !
- La police , tu peux toujours l’appeler, Franco lui dit, on était au café avec Brahim et c’est lui qui est de service ce soir. Il est pas près de venir, même s’il se rappelle encore comment la bicyclette elle avance… »

Sauveur, il veut dire quelque chose, mais rien qu’il tombe assis sur le trottoir.

Serra, il a l’impression d’être en plein dans un de ses cauchemars. Franco, en bas, il continue à bouger comme s’il était sur le pont d’un bateau.

Il lève la tête : « De toute façon, toi, Serra, tu pouvais pas mieux tomber ! Moi et Sauveur, juste on était en train de parler d’une chose qu’on a besoin de ton avis à toi parce qu’on est pas d’accord.
Qu’est-ce que tu penses ? Intelligent comme ti es… »

Serra rien qu’il pousse un soupir, et il met un pied sur l’autre pour pas attraper le rhume sur le carrelage.

Après, il croise les bras :

- « Bon, d’accord, allez-y mais vite, que je suis en tricot de peau… »
- « Descends avec nous, il dit Sauveur sur le trottoir, on sera mieux pour discuter ! »

Mais Serra il dit non et puis il se penche et dans le noir il voit quand même ce que Franco il était en train de faire.

« La putain de ta mère, Franco, Serra il crie, ti as vu où tu pisses ? C’est la porte de mon garage ! »

L’autre il lève la tête :

« Et si j’étais un chien, tu dirais rien, non ? »

« Un ben el kelb, ti es ! voilà ce que ties ! » Serra il dit.

Franco, il se rattache le pantalon : « Bon, je vais te poser la question. Entention, écoute bien : si moi, Franco, je te donne cent mille francs… » Serra, tout de suite, rien qu’il rit : « Cent mille francs, toi ? Aoua, jamais de ta vie ni tu les gagnes, ni même tu les vois, ni même en vitrine ! »

Franco, vexé il est. Rien qu’il se tait.

Sauveur il arrive à se mettre à genoux et après à se relever : « Mais non ! Franco, il disait ça comme ça. C’est vrai qu’il aura jamais autant d’argent… »

L’autre, Franco, il veut ronchonner, mais Sauveur il l’arrête :

- « Bon, peut-être tu l’auras un jour l’argent, des miracles ils peuvent arriver comme à Fatima, mais on va lui dire à Serra que c’est Mercier qui la lui donne l’argent, d’accord ?
- Ah, si c’est Mercier de la ferme, Serra il dit, là c’est d’accord ; lui il a les tchapès, c’est sûr…
- Bon, alors, Franco il recommence, si Mercier il vient et il te met cent mille francs dans la main pour que tu fasses la femme, est-ce que toi Serra, ti es d’accord ?

Serra, une minute il lui faut pour bien comprendre la question.

D’un seul coup, il se penche par la fenêtre :

- La putain de ta mère, Franco, si jamais je descends en-bas…
- Asma ! Franco, il dit, c’est qu’une supposition, ti as rien compris ou quoi ? D’abord tu crois que tu lui ferais envie à Mercier, avec la figure de four à chaux que ti as ? Rien qu’on suppose, d’accord ? Alors si il te donne cinq cent mille francs, Mercier, toujours tu veux pas faire la femme au lit avec lui ?

- Nadine Bébekk ! Serra il se met à crier, la mort de tes morts, Franco, les claouis je vais te les…
- Et pourquoi tu cries comme ça, la putain ? Franco il dit. On t’a bien dit que c’était un jeu, non ? Si Mercier il te donne un million, tu dis toujours non ? Réfléchis bien, coulo…

La vérité, Serra, il réfléchit :

- Combien ti as dit ? Un million ? Franco il bouge les mains :
- Un million ou deux, oui, ou même trois, peut-être… La meilleure chose, tu lui dis à Mercier combien tu veux »…

La femme à Serra, derrière dans le lit, elle dit d’une petite voix :

- « Qu’est-ce c’est, René ? Avec qui tu parles si tard… Qu’il est… Mon Dieu !...sa voix elle monte : ti as vu l’heure qu’il est, René, que tu dois être à l’abattoir à cinq heures !...

- Ca va, Serra il dit, dors, n’aie pas peur, je parle avec des copains…
- Qu’est-ce que c’est ces copains ? Tu pouvais pas leur parler pendant la journée ? elle proteste.
- Alors, Franco il demande encore, la tête levée vers Serra à sa fenêtre :

- pour dix millions, à Mercier tu lui dis oui, si personne il sait absolument rien ?

Serra il fait un drôle de rire :

- Pour dix millions, si personne il sait rien, et si c’est juste pour une seule fois, alors d’accord… Purée, si c’est pas moi, un autre il ramasserait les dix millions…alors, autant que c’est moi, non ?...
Ni même Franco il répond. Rien qu’il prend Sauveur par le bras, il l’empêche de mettre un pied dans une plaque de vomi et il dit :

- Tu vois, Sauveur, tu la voulais la preuve, tu l’as eue !

C’est pas les tapettes qui manquent, c’est l’argent !

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