Y en a qui en trimbrallent... ... pas forcément dans une remorque ! (Aventure véridique)

, par  DiaOulRu , popularité : 93%

Or donc je me retrouvais là sur le parking du supermarché, mâchoire sur les genoux, à examiner ma contravention à quatre vingt quinze euros pour stationnement à un endroit réservé aux vélocipèdes, contravention établie pour mon véhicule à quatre roues, c’est-à-dire, l’ancien vélo de ma grande sœur, de marque Louison Bobet (le vélo) dont elle était fana, bricolé par mon grand père et encore en service par ces temps de crise économique, cet ancien ‘Spad’ attelé de la remorque plus vieille que lui qui avait servi à aller acheter les dentées alimentaires nécessaires à notre survie, au marché du marché noir pendant les années de disette de la seconde guerre mondiale. Si, si. Pourquoi ? Vous n’êtes pas d’accord ? Fallait-il crever de faim pour vous faire plaisir, et même trouver à bouffer parmi les ordures ? La meilleure, c’est qu’à la place du numéro d’immatriculation, sur la contredanse, il y avait indiqué, devinez quoi ? Et bien X. Comme Zézette, épouse X.

Grosse rigolade. Je n’ai pas rigolé longtemps :

Ben oui, je revenais de la déchetterie, mon chemin cheminait devant celle-ci pour venir devant ce lequel je me trouvais ici présent. Because l’écologie qu’il disent : vous payez toujours par les impôts locaux le ramassage des ordures ménagères mais vous portez vos déchets verts, plastiques, bouteilles, ferrailles, bois et cartons vous-même dans les décharges organisées. C’est écologique je vous le dis et ornent les coronès des dirigeants des sociétés spécialisées comme Vazy-en-Vélo qui se les cousent de pièces d’or, avec la complicité de nos élus locaux. C’est ce que je fais avé mon vieux vélo et ma remorque reçue en héritage puisque je ne peux pas faire autrement. Avant, les herbes séchées, j’y foutais le feu dedans. Maintenant, c’est interdit, on ne pourra même plus pisser où qu’on veut si ça continue, même dans son jardin au pied préféré du rosier de son épouse, rien que pour l’emm…er lorsqu’elle qu’elle se prend pour un quartier- maître sako de bord !

Ma mariée m’avait demandé le service avec un s’il te plait autoritaire qui fait qu’au garde à vous, subséquemment, vous obéissez derechef à l’ordre éructé poliment d’une voie forte et sans appel. Quoi donc ? Passer au super marché pour acquérir en plein début juillet, des fraises de pays venues d’ailleurs, afin que votre épousée cuisine une ‘quiche strudel hallal’ en forme de spirale autrichienne et aux fraises. Drôle de goût mais c’était son idée pour le déjeuner. Moi j’eusse préféré une cuisse de confit d’oie avé une truffade aveyronnaise mais, comme chante Mick Jagger dans sa chanson, et en anglais, « On n’a pas toujours ce qu’on veut. »

J’en étais à vérifier dans ma remorque antédiluvienne les packs d’eau minérale que ma dulcinée m’avait aussi commandé, un pack de Déviant pour les entrées, un pack de Quetzalcoatl pour le poisson à recette péruvienne, un pack de Vitallelle pour la viande, un pack d’eau de source parfumée à l’oseille auvergnate pour les desserts. Rassurez-vous, pour le Pastis, le mélange des quatre eaux avé deux glaçons de l’eau du gros binet. Lorsque d’un seul coup d’un seul, j’entends derrière moi une sorte de borborygme incompréhensible pour mes étiquettes ornant le chaque côté de mes bajoues. Même équipées des sonotones électroniques recommandés par Audyquatre qui m’ont coûté la peau des fesses, je n’y entendais rien. Ou plutôt n’y comprenais rien. Entre nous, j’entends mieux quand je ne les mets pas car lorsque je les porte, ça me fait l’effet d’avoir la tête plongée dans une lessiveuse vide. Ca résonne duraille un brin comme le bruit qui accompagne le rap ‘Niq ton Kleb’s’. De plus, je n’entends que ce que je veux. C’est comme ça que vous vous apercevez que vous rajeunissez tous les jours quand il faut ces monstruosités plantées dans le trou de vos feuilles de choux.

Heu là !

Hélé, donc je regarde autour de moi, effet semblable à une décharge d’électricité statique qui vous traverse le cerveau à la limite de votre champ visuel comme une étincelle qui saute par-dessus quelque intervalle synaptique. A première vue, ça n’était pas un Spatial débarqué d’un ovni et sans être sur une nouvelle planète, j’étais toujours devant le super marché à compter mes sous afin de vérifier si on ne m’avait pas arnaqué. Ca arrive n’est-il pas ? Qui vois-je derrière mon séant ? Un grand gaillard en forme d’athlète aux joues luisantes et rebondies, resplendissant de santé, qui tout en me parlant mastique une poignée de cacahuètes très certainement aromatisée à un piment exotique étant donné le parfum qui se dégage. L’humain devrait parler la même langue puisqu’il vit sur une seule et même planète mais Dieu a puni ce parvenu en l’empêchant de comprendre son prochain, qui mâchouille de surplus, ce qui le contraint à se disperser dans des mondes de sa confection et donc différents ce qui explique la confusion des langues et leur prononciation. Que soit maudite la tendance naturelle des communautés à diversifier la langue, partout où elle se forme cette diversité érige des barrières linguistiques pour les personnes extérieures à elles que seuls les initiés connaîtront. Ce qui en renforce l’allégeance, barrière supplémentaire aux autres. Etait-ce l’effet de Dieu ou des cacahuètes aromatisés qui faisait que je ne comprenais rien à la situation parlée mais ce balèze au teint plus qu’avancé de pomme d’api sauvage et visage aubergine, qui devait avoir du mal à trimballer son poids se tenait bien devant moi et savait manifestement se faire comprendre. J’ai de bonnes formes à la René Ben Chemoul, mais elles ne sont pas aussi épanouies que les siennes tout de même. Un dialogue s’installe après l’échange de salutations interplanétaires :

« - Je n’ai pas bien compris ce que vous me demandez, monsieur.
- Vous n’avez rien contre les étudiants ?
- Comment dites-vous ?
- Vous n’avez rien contre les étudiants ?
- Ben… non…
- Présentement, je vous demande si vous voulez bien signer cette pétition… miam… miam…
- Bien volontiers mais il s’agit de quoi ?
- Miam… miam… de signer une pétition.
- Oui, mais une pétition pour quoi ? »

Je sentais le souffle tendre du conformisme idéologique et étais prêt à signer contre cette exclusion, cette discrimination, cette intolérance à la limite du racisme quoique, dans un cas semblable, j’essaie toujours de trouver la règle du jeu dans le cas où l’on souhaiterait, depuis Robespierre et son pote Fouquier-Tinville les rois du couperet semi-automatique, que je signe ma condamnation à mort. Ça paie de savoir à l’avance par qui tu risques de te faire bouffer et là, il y avait un doute, sans aucun doute, dis donc…

« -Présentement il s’agit de signer une pétition contre une l’expulsion d’une femme… présentement.
- Ah ! L’expulsion d’une femme ? Pourrai-je savoir, monsieur, pourquoi elle est en procédure d’expulsion. S’agit-il de sa présence illégale sur notre sol national ou d’un regroupement familial de même acabit…
- Quoi acabite… quoi acabite … pourquoi me demandez vous ça, présentement, hein, je vous le demande… hein ? »

J’avais l’air d’un gros cornichon polonais poussé en Ligurie marinant dans un bocal fabriqué made in Thaïlande. J’étais décontenancé par cet étudiant d’au moins trois décennies et par la façon et la faculté de son parler au cracher de cacahuètes qui semblait inhérente à l’esprit ce qui me semblait être alors ce primate. La production de langage compréhensible en soi n’étant pas le critère déterminant de cette nature dite humaine qui doit signifier la nature humaine et non humaine.

« - Mais monsieur, c’est tout de même normal de vous demander pourquoi une femme est expulsée quand vous réclamez une signature contre son expulsion…
- Contre quoi hein ? Contre quoi dites ? Hein ? Pourquoi vous me demandez ça ? Je suis français comme vous. Non ?
- Ben je n’en sais rien moi et je ne vois pas le rapport.
- Y’a pas d’rapport… y’a pas d’rapport… présentement, vous n’êtes qu’un gros, un sale gros, un blanc colonialiste, un buveur de sang, un sale bourgeois, un parasite, un koulak… »
Tous les archétypes et énoncés doctrinaux y passèrent. Il n’existait alors plus que deux espèces humaines dont une qui n’avait que de la haine pour lien, celle qui écrase et celle qui se sentait écrasée. Les salauds sont toujours là dans une tautologie manichéenne. Ma parole, il avait dû lire le dernier Finkielkraut !

Le blaireau me reluquait avec ses gros yeux comme des calos de verre, ouvrant et fermant la bouche qu’il avait grande comme un cyprin japonais à grands voiles de huit livres bien pesées, en hurlant ses injustes insanités. En quête d’arguments plus forts, j’étudiais rapidement la façon de lui placer un Ipon Séoi Nage suivi d’un Ko Soto Gari sur son gros pif. Je me maîtrisais néanmoins car à mon tour, j’avais les boules et je risquais de sauter au plafond hors de mes chaussettes, les godasses plantées au sol pour ne pas les lui balancer dans la… dans la… vous avez deviné. Mais comme l’individu était du genre à décapiter un écureuil avec ses dents grosses comme des pavés de mille neuf cent soixante huit et qu’il était plutôt du genre pote à Fred Pierrafeu de Cromagnon, à vous filer des soins intensifs risquant de vous faire réanimer dans un Hôpital Public et vous faire relooquer le portrait, non remboursé par la sécurité sociale, j’ai préféré me faire adorer ailleurs puisque en ce lieu non protégé des ‘citrouyens’ ordinaires, je ne risquais pas d’être vénéré comme étant la réincarnation du président de la république.

Je mettais les bouts vers ma case habituelle en enfourchant mon antiquité aux pneus demi ballons modèle Michelin mille neuf cent cinquante modifiés cinquante deux, lorsque je rencontrais mes potes de jardin, Mohamed et Boubane, le Bassari qui me dit en riant :

« - Mais, prrrrésentement, qu’est-ce qui t’arrive… t’as une tronche de mec qui a manqué de se faire bouffer par un cannibale… prrrrésentement ! »

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