« La thèse géopolitique Algérie française, fut-elle une utopie ? Ou une opération de sauvegarde de la France et de l’Occident ?

, par  Jean Claude THIODET , popularité : 88%

Jean Claude PEREZ écrit :

L’ « Algérie française » évoque un passé. Un passé qu’il ne faut pas traiter avec une désinvolture qui, en réalité, est générée par l’ignorance. C’est une thèse géopolitique qui nous permet de comprendre le présent et qui nous permettra de contrôler l’avenir

L’année 2010

Une bien curieuse année.

Une année qui pourrait nous apparaître un peu pâlotte.

Si nous nous penchons avec sérieux sur cette année 2010, nous nous rendons compte que c’est une année bien insignifiante comparée à celle qui s’annonce bientôt :

L’ année 2012

sera l’année du 50ème anniversaire de la loi du 18 octobre 1999,

Jacques Chirac était alors Président de la République. Lionel Jospin était alors Premier Ministre d’un gouvernement de cohabitation.

Une loi qui confère son identité historique définitive aux "évènements d’Algérie »,

En vertu de cette loi, c’est-à-dire par la volonté du peuple souverain qui, en cette occurrence, s’est exprimé par l’intermédiaire de ses élus,

CE QUE NOUS AVONS VÉCU EN ALGÉRIE,C’ ETAIT UNE GUERRE

Une guerre qui opposait la FRANCE A UN ENNEMI DE LA FRANCE.

En vertu de cette loi, on peut donc affirmer que l’année 2012 s’identifiera à l’année du 50ème anniversaire de la fin d’une guerre.

Plus historiquement et surtout plus objectivement, à l’année du 50ème anniversaire de la défaite de la France, considérée comme BELLIGÉRANT HISTORIQUE de cette guerre, devant son ennemi historique : le FLN.

Et, à travers celui-ci, une défaite devant l’ arabo-islamisme fondamentaliste international.

2012, 50ème anniversaire… oui…..mais, plus concrètement et en synthèse plus élargie,

-  Ce sera l’anniversaire de la mort partielle de la nation française.

-  Ce sera le 50ème anniversaire de la mort de la France Sud-Méditerranéenne.

-  Ce sera aussi le 50ème anniversaire de la défaite de la Croix en Algérie.

-  Ce sera le 50ème anniversaire d’un génocide raté : le génocide d’une collectivité française, multi-confessionnelle, accrochée charnellement à la patrie française. Le 50ème anniversaire d’un génocide, éventuellement et sereinement accepté par une majorité électorale du peuple français désinformé. D’un génocide heureusement raté du peuple pied-noir.

-  Comment ne pas rappeler, par dessus tout, que 2012 sera l’anniversaire :

∆ de la fusillade et du massacre du 26 mars 1962 à Alger. Massacre de Français, Pieds-noirs, désarmés qui chantaient un hymne à la patrie.

∆ de l’enlèvement et de la tuerie, après d’horribles souffrances, de milliers de disparus dont on ne veut pas aujourd’hui encore, évoquer la réalité.

∆ du génocide de dizaines de milliers de Harkis, après, le plus souvent, de scandaleuses tortures. Harkis, des soldats de la France, nos concitoyens, je veux dire nos concitoyens d’honneur.

∆ du génocide partiel du peuple français d’Oran, le 5 juillet.

Nous n’oublierons jamais ; Nous réclamons justice.

Cependant nous qui avons été dans l’action, nous qui avons pris les armes pour défendre la France en Algérie, depuis 1955 en ce qui me concerne, nous ne sommes pas là, devant vous, aujourd’hui, pour nous laisser submerger par la douleur ni par la haine.

Car, à y regarder de plus près, peut-on vraiment dire de cette année 2010 qu’elle est pâlotte ? Cette année, 2010, n’évoque-t-elle pas en elle-même, un rappel d’évènements très graves ?
D’évènements qui ont bouleversé, en dernière analyse sérieuse, la structure et l’identité du monde moderne ?

Pâlotte cette année 2010 ?

Certes non !

Car 2010, ce n’est ni plus ni moins, que le 65ème anniversaire de quatre évènements au moins, qui ont bouleversé

le destin de l’Afrique,
le destin de la France,
le destin de l’Occident, envisagé à travers le destin de la Croix à l’échelon universel.

I… Premier anniversaire
dont l’année 2010 est le support

En premier lieu, c’est le 65ème anniversaire de la réunion à San-Francisco de l’assemblée générale constitutive des Nations-Unies (avril 1945).

Dans les statuts de la future O.N.U., il est prescrit que l’état colonial doit être supprimé, en vertu du dogme inaliénable des Droits de l’Homme. Mais cette même assemblée générale constitutive propose de laisser à l’initiative des métropoles colonisatrices d’une part,
et des peuples colonisés d’autre part,le soin de chercher et de trouver ensemble, la voie de sortie du statut de colonisés pour les uns, et du statut de colonisateurs pour les autres.

En aucun cas un appel à la lutte sanguinaire n’est lancé, durant ce mois d’avril 1945, à San - Francisco. La sortie du statut dit de colonisation est une opération qui doit être conduite dans le respect de tous les peuples concernés : les colonisés comme les colonisateurs.

A titre de rappel et pour préciser les idées, il convient de souligner que cette conférence de San-Francisco se déroula trois semaines avant la fin de la guerre de 1939-1945.

II… Deuxième anniversaire
dont l’année 2010 est le support

Un autre anniversaire, le 65ème en l’occurrence, est proposé par cette année 2010.
Un événement du 16 avril 1945.

Que représente cette date, le 16 avril 1945 ?++++

C’est la date au cours de laquelle fut célébré en Algérie le 5ème anniversaire de la mort, dans un camp de concentration français, d’un leader révolutionnaire, arabo-islamiste algérien. D’un leader constantinois.

Il s’agit d’Abdelhamid Ben Baddis.

Né en 1889 pas loin de Constantine, il fera de brillantes études. Il deviendra l’un des Berbères d’Algérie qui vont s’intégrer totalement à la mouvance arabo-islamiste universelle.

Celle-ci s’est réactivée opérationnellement, dans le monde, depuis que le principe de la naissance prochaine d’un état juif, la future république d’Israël, a été accepté par l’Angleterre, sous l’égide de lord Balfour… quelques années plus tôt.

Un leader islamiste palestinien, Asmine El Husseïni, convoque une conférence pan islamiste pour structurer, politiquement et militairement, ainsi que dogmatiquement, le combat contre la naissance de la future république d’Israël.
Il appelle à lui tous les leaders islamistes du monde entier, pour participer au congrès islamiste de Jérusalem, en 1931.

Or, c’est justement cette année-là en 1931, que, sous l’égide de la IIIème République française, un leader berbère de l’indépendance algérienne, Omar Smaïl, un religieux profond, arabo-islamiste confirmé, donne naissance à une mouvance fondamentaliste, spécifiquement algérienne. Il fonde une nouvelle association, en observance de la loi française de 1901 sur les associations, la célèbre loi de Waldeck-Rousseau.

Il s’agit de l’Association des Oulémas dont les statuts déposés à la Préfecture d’Alger, sont acceptés par la IIIème République, le 5 mai 1931.
Le 7 mai, Abdelhamid Ben Baddis est élu président de cette association.
Le vice-président est un autre Berbère du Constantinois, El Bachir El Ibrahimi, ou Ibrahim Bachir, né lui aussi en 1889 mais à Tocqueville, Ras-el-Oued aujourd’hui, dans les Hauts-Plateaux sétifiens.

Grand homme de lettres, il va consacrer toute sa vie à l’association des Oulémas dont il deviendra président après la mort de Ben Baddis.

Celui-ci, Abdelhamid Ben Baddis, dès le début de la deuxième guerre mondiale, en 1939, manifeste sa volonté d’apporter son concours à Adolphe Hitler, contre la France.

En conséquence et tout logiquement, il est arrêté. Il est astreint à résidence dans ce que l’on appelait alors, un camp de concentration.
La fatalité veut que ce personnage emblématique de l’anti-France y meure de maladie le 16 avril 1940.

En Algérie, au sein des milieux fondamentalistes anti-français, on n’a pas oublié que Ben Baddis, en 1931, avait scandé l’hymne à la guerre contre la France, lorsqu’il a proclamé :

ma religion c’est l’Islam,
ma langue c’est l’arabe,
ma patrie c’est l’Algérie.

Par cet hymne à la guerre, Ben Baddis a prétendu engager autoritairement le monde berbère d’Afrique du Nord, dans la mouvance révolutionnaire arabo-islamiste universelle.
Dans le souci d’assurer la meilleure homogénéité opérationnelle possible à cette mouvance, il confère à la langue arabe littérale l’immense pouvoir fédérateur dont elle jouit depuis des siècles. Depuis le 3ème calife, au VIIème siècle.

Depuis que cette langue est devenue officiellement la langue du qoran. Langue que le Prophète ne connaissait pas.

Le 16 avril 1945 donc, alors que la 2ème guerre mondiale n’est pas encore terminée, une cérémonie commémorative est organisée tout près de Constantine, par des propagandistes de l’anti-France, pour le 5ème anniversaire de la mort d’Abdelhamid Ben Baddis.
« Assassiné par les Français », hurle-t-on ce jour-là.

Je ne suis pas en mesure de préciser le lieu exact où s’est déroulée cette cérémonie commémorative. Mais je suis sûr que ce site, très près de Constantine, a été précisé dans un numéro « d’Historia Magazine ». Peut-être en 1982.

Lors de cette manifestation, tout particulièrement organisée, structurée et conduite par des scouts musulmans, sera exploitée à outrance cette arme révolutionnaire qu’illustre symboliquement la mort de Ben Baddis, le croyant parmi les croyants.
« Lequel » déclare-t-on avec une insistance répétitive et psalmodiée, « fut assassiné par la France en 1940, dans un camp de concentration ».

La haine de la France va être portée à son paroxysme. Elle va être psalmodiée, j’insiste sur ce terme, c’est-à-dire interprétée en cadence, au nom de Dieu, par des milliers de fanatiques.

Pour la première fois, on entendra ce nouveau cri de guerre très significatif, surtout symbolique, renforcé par les youyous des femmes arabes :

« Qatlan nsara ! »
« Tuez les chrétiens ! »

Dans le mot nsara, on retrouve le mot nazaréen. Donc :

« Tuez tous les fidèles de Jésus de Nazareth »

Le 16 avril 1945 connaîtra une conséquence historique dont il est toujours important de préciser l’identité réelle, compte tenu de la désinformation obsessionnelle dont elle est l’objet en permanence :
le 8 mai 1945. C’est-à-dire le déclenchement d’une tuerie de Français, à partir de ce jour-là, dans les Hauts-Plateaux sétifiens et à Guelma.
Il est logique de dire que le 16 avril 1945 illustre, ainsi, historiquement, le début réel de la guerre d’Algérie. La première opération de la guerre d’Algérie qui se terminera par un massacre de Français le 5 juillet 1962 à Oran.

Mais quel est le personnage historique qui a participé
-  à la naissance d’abord,
-  à l’entretien puis à l’explosion, en Algérie, du fanatisme religieux, anti-français, fanatisme qui surgit avec une violence inouïe, pendant cette journée du 16 avril 1945, dans ce coin de campagne constantinoise ?
D’où vient-il ce fanatisme ?
Il vient de l’extérieur.

Pendant toute la durée de la guerre 1939-1945, il fut élaboré, transmis, plus exactement transfusé en Algérie, à partir de Berlin, par Asmine El Husseïni qui avait offert son appui à Hitler pour combattre les juifs. Asmine deviendra alors le grand mufti de Jérusalem.
Celui-ci sera très rapidement rejoint par un grand personnage, un personnage fondamental de notre histoire d’Outre-Mer, un personnage fondamental de l’anti-France : l’émir libanais Chekib Arslan.++++

Celui-ci, à partir de Berlin, organise en langue arabe littérale, une campagne de propagande constante et quotidienne, au bénéfice des peuples africains, dans le but de déclencher une guerre du monde arabe contre la France.
L’émir Chekib Arslan est un Druzze libanais né en 1870. Il fut en son temps, sujet du sultan de Constantinople. Islamiste convaincu, religieux profond, homme d’une immense culture, il devient dès le début du XXème siècle, le président de la Nahdah.

La Nahdah, c’est-à-dire la « Renaissance de l’Islam », mouvement qui fut créé au début du XIXème siècle, peu de temps après la bataille des Pyramides, la célèbre et historique victoire napoléonienne.

Il accéda à un poste de député de la Chambre ottomane.

En 1915, il participa activement, par ses prises de position à la Chambre ottomane, au déclenchement du génocide arménien.

Après la guerre de 1914-1918, il n’accepta pas le traité de San Remo (1920-1922) qui attribuait à la France le mandat d’administrer la Syrie et le Liban.

Il déclencha alors une guerre contre la France. Une campagne militaire fut nécessaire en Syrie, pour le combattre. Deux officiers français, parmi beaucoup d’autres évidemment, furent blessés au cours de ces combats. Il s’agit de Salan et de Lacheroy dont je cite les noms avec le respect et l’émotion que vous pouvez imaginer.
Un tribunal militaire français le condamna à mort par contumace.
En conséquence, il séjourna en Suisse, en tant que réfugié politique. Il y organisa tout un état-major de guerre contre la France.

Après le déclenchement de la guerre de 1939-1945, il rejoint tout naturellement Asmine El Husseïni, auprès d’Adolphe Hitler
pour enrichir son combat contre la France du combat anti-juif mené depuis Berlin par le grand mufti de Jérusalem.
A partir du séjour berlinois de l’émir Arslan, on enregistre que le combat contre la France est devenu solidaire, ou plutôt conjoint, du combat contre la naissance de l’Etat d’Israël.

Cependant et curieusement, Chekib Arslan en 1945, quant à lui, semble avoir vécu la défaite de l’Allemagne sans état d’âme particulier. En effet, il jouira de la bonne surprise de constater que son hostilité contre les possessions françaises d’AFN est partagée à 100 % par les vainqueurs anglo-saxons.
Ceux-ci, en conséquence logique, vont se charger d’oxygéner, je veux dire d’enrichir en moyens d’action, le combat de Chekib Arslan contre la France.

Il n’entre pas dans le cadre de cette table ronde, de vous informer de tous les tenants de la conjuration internationale contre l’Algérie française. Mais, pour vous en faire apprécier la réalité opérationnelle, il vous faut savoir qu’après la défaite de l’Allemagne, Chekib Arslan est prisonnier des alliés… il a 75 ans et … il s’évade ! Fort opportunément …
Il arrive à Genève à la fin du mois d’avril 1945… on l’y accepte une fois de plus.
Le 7 mai 1945, il lance tout logiquement le jihad contre la France. Il espère, par cet appel, que tous les peuples de confession musulmane encore administrés par les Français, vont se soulever contre la France, au nom de ce qui sera plus tard, le fondement de la guerre d’Algérie :

« le Jihad fissabil Allah ».

Au niveau de l’empire français, permettez-moi de vous dire que ce fut un bide complet, un échec. Signalons, pour mémoire, sans s’y attarder, que cet appel sera suivi par une attaque de nos troupes à Damas, le 8 mai 1945.
Entre-temps, des échos à cet appel du 7 mai seront « perçus » sensoriellement par des observateurs à Alger.
Ce jour-là, le 7 mai 1945, illustre donc le 3ème anniversaire qui enrichit la valeur historique de cette année 2010.
C’est cet anniversaire du 7 mai 1945 que nous allons évoquer à partir de cet instant.

III… Troisième anniversaire
dont l’année 2010 est le support.

Le 7 mai 1945 en Algérie.

Des manifestations se déclenchent plus particulièrement à Alger. Elles sont réprimées sévèrement par la police et la gendarmerie. Rue d’Isly, devant la caserne du XIXème Corps d’armée, place Bugeaud à Alger, on a entendu des manifestants hurler le nom de Chekib Arslan et lancer des slogans en faveur de la constitution d’un gouvernement nord-africain, placé sous la présidence de l’émir libanais Chekib Arslan. C’était, en réalité, le 1er mai 1945, lors d’un défilé non autorisé par la Préfecture d’Alger.
Les manifestations prévues et autorisées à l’occasion de la capitulation de l’Allemagne par le gouverneur général de l’Algérie Yves Chataigneau, sont noyautées par des agitateurs, conditionnés depuis des années, qui espèrent transfuser aux manifestants, le fanatisme exhibé lors de la cérémonie commémorative de la mort de Ben Baddis… telle qu’elle fut célébrée le 16 avril 1945, il y a 65 ans aujourd’hui.
Et…
nous arrivons tout logiquement au 4ème anniversaire dont cette année 2010 est le support.

IV … Quatrième anniversaire
dont l’année 2010 est le support.

Il s’agit bien évidemment de l’insurrection du 8 mai 1945, dans les Hauts-Plateaux sétifiens et à Guelma.

Pour mémoire, rappelons sans insister, l’attaque de nos soldats, à Damas, ce même jour.
Une manifestation se déroule à Sétif. Le préfet a donné son accord. Le maire est présent. Un violent incident survient à propos d’un drapeau nationaliste algérien que certains voulaient arborer. Ce fut l’incident déclencheur, le prétexte attendu pour déclencher un bain de sang. Une petite fille juive, elle s’appelait Nakache, fut tuée. Ce fut la première victime du drame du 8 mai 1945, du drame des Hauts-Plateaux sétifiens et de Guelma. En réalité, la première victime de la guerre d’Algérie, considérée dans sa totalité.
Un drame qui prit rapidement l’identité d’une tentative de massacre généralisée de la population française, qui vivait sur terre constantinoise. Et aussi du massacre des Kabyles qui affirmaient leur fidélité à la France. Un génocide qui s’est illustré par des tueries, avec mutilation d’hommes isolés. Par le viol de femmes qui seront immolées, les seins coupés, le ventre ouvert.
Le tout dans une fureur parfaitement scandée et rythmée.
Il a fallu faire face rapidement, avec les faibles moyens militaires, en armement et en effectifs, qui étaient disponibles, pour sauver nos compatriotes d’un massacre de masse.
Il a fallu inverser la terreur, oui, je dis bien « inverser la terreur » pour mettre notre peuple à l’abri d’une tuerie collective.

Aujourd’hui, on oublie volontairement la menace « génocidaire » et les agressions horribles dont ont été victimes nos compatriotes du Constantinois à partir du 8 mai 1945.
On ne retient que la répression qui fut déclenchée, qui fut réelle, qui fut sévère, que je ne nie pas…. mais qui en aucun cas n’a atteint les chiffres astronomiques dont on accuse la France. Jamais ne furent massacrées 40.000 victimes musulmanes par les forces de maintien de l’ordre françaises, lors de ce jihad des Hauts-Plateaux sétifiens et de Guelma.
C’est un chiffre, invraisemblable, qui a été multiplié par 20.

V… Cinquième anniversaire
dont l’année 2010 est le support.

Mesdames et Messieurs, nous parvenons presque subrepticement, à un dernier anniversaire dont cette année 2010 est le support. Un anniversaire réactivé, presque par hasard, par les manifestations prévues à partir de demain, aux arènes de Cimiez.

Un 5ème anniversaire donc.

Si l’on veut qu’une date soit neutre,
pour permettre de jouir aujourd’hui en toute quiétude, en toute béate sérénité, d’une ambiance méditerranéenne libérée de tout lien avec la tragédie du passé,
il convient d’être prudent. Et surtout, il n’est pas convenable de jouer les étonnés !

Rien ne pourra nous empêcher, aucune autorité n’aura le pouvoir de nous interdire, à propos de cette année 2010, de rappeler que cette même année est aussi l’année d’un 55ème anniversaire. D’un autre drame.

Ce n’est pas notre faute, si, à propos de l’Algérie, dès que l’on projette un regard vers l’arrière, on découvre la trace de sang, de cruauté exhibitionniste, que laisse derrière nous, l’histoire de cette guerre que nous avons vécue.

Qui pourra me reprocher de me souvenir du 55ème anniversaire du martyre qu’ont vécu nos compatriotes de Philippeville, ceux d’El Alia, et ceux d’Aïn Abid, le 20 août 1955 ?++++

Rassurez-vous !
Je ne suis pas masochiste, ni exhibitionniste. Je n’ai pas l’intention de vous submerger sous une arithmétique de cadavres. De vous accabler d’une description morbide de massacres de Français, qui ont été fort bien décrits et transmis par photographies, dans des documents extrêmement précieux.
Sachez, avant toute chose, que « cette offensive du FLN »,
c’est sous ce terme que cet épisode de notre histoire a été relaté il y a quelques années par le pouvoir FLN,
représente pour nos ennemis, ce qu’ils ont appelé une opération militaire de tout premier ordre.

Des massacres odieux ont été déclenchés sur ordre de Zighout. Ce qu’il fallait c’était frapper l’imagination, en conférant à ces tueries une identité de sauvagerie ésotérique, pour entraîner de la part des forces de l’ordre françaises, une répression que le FLN espérait féroce.

Cette sauvagerie, minutée, exhibée, a bouleversé les convictions philosophiques de Jacques Soustelle.
Devant les victimes, odieusement mutilées sur ordre du FLN, Soustelle, homme de gauche, s’exprima à la manière du scientifique et de l’ethnologue qu’il était :

« c’est un véritable génocide qui est déclenché contre les Français d’Algérie ».
C’est, confronté à cette évidente intention de génocide qu’il adhéra à la thèse

« Algérie française » et à la thèse de « l’intégration ».

Seule l’intégration Nord-Sud, en effet, détenait le potentiel d’éradiquer d’Algérie un risque de génocide d’un peuple qui, intellectuellement, idéologiquement, sensoriellement et aussi par le sang versé sur tous les champs de bataille, était un peuple français que l’on a voulu sacrifier pour satisfaire aux exigences du capitalisme financier moderne, exprimées en terme de Valeur Ajoutée des capitaux investis.
Capitalisme financier moderne qui aujourd’hui est soumis, par nécessité, aux disponibilités en argent liquide des banques arabes dont il est matériellement dépendant.

Le danger permanent de génocide de notre peuple, par sa réalité indéniable, bien qu’ignoré par nos compatriotes du nord de la Méditerranée, c’est lui qui illustre en quelque sorte le support de la conclusion de cet exposé introductif que je viens de vous offrir.

Il faut bien comprendre que nous n’étions pas un peuple à nous soumettre, « comme ça » aux couteaux des bouchers. Nous jouissions nous aussi, de nos instincts, de nos sentiments, enrichis à l’extrême par l’amour de la patrie et aussi, par la volonté féroce de défendre nos vies et celles de nos familles.

Plus tard, le combat de l’OAS apparaîtra comme l’ultime recours. Le combat de quelques centaines d’hommes et de femmes d’Algérie et de la mère-patrie française qui, seuls au monde, ont tenu bon pendant 15 mois, pour transmettre le message suivant :

« Rien ne nous oblige dans l’avenir à subir la loi de l’arabo-islamisme fondamentaliste, loi que les vaincus gaullistes de la guerre d’Algérie, veulent nous imposer ».

Merci à ceux qui, en prenant l’initiative de célébrer l’année 2010, ici à Nice, aux Arènes de Cimiez, ont donné par là-même,
à ceux qui savent et à ceux qui se sont battus,
l’occasion d’exprimer, aujourd’hui encore,

des vérités qu’il ne faut pas oublier ».

Fin de la conférence
Suivie d’une table ronde, réduite à quatre participants,
Et conduite par le Dr Jean-Claude PEREZ

Jean-Claude PEREZ
Nice, le 4 juin 2010

Voici les 5 questions traitées lors de cette table ronde

PREMIERE QUESTION

A propos de la notion « ALGERIE FRANCAISE ».

Plusieurs adjectifs ont été utilisés :

Impossible, délirant, illogique, mais le plus souvent, c’est celui « d’utopique » qui semble être le plus fréquemment employé.

La question
A posteriori, après bientôt 50 ans de la mort de la France Sud-Méditerranéenne, comment peut-on définir la thèse Algérie française ?

REPONSE

En dernière analyse, en tenant compte de quelques disparités dans vos réponses respectives, j’estime opportun de vous livrer la synthèse suivante :

1. le combat « Algérie française » ne doit pas être étudié comme un combat du passé.

2. le combat « Algérie française » ne peut être étudié comme un « combat d’arrière-garde ».

3. tout démontre aujourd’hui, en effet, que nous devons assumer un même combat :

un combat pour le triomphe d’une intégration nord-sud, qui s’oppose à une intégration sud-nord.

4. ce combat « Algérie française » fut donc un combat d’avant-garde. C’est cette notion de combat d’avant-garde qui confère à la thèse « Algérie française », un coefficient de développement durable qu’il faut souligner sans arrêt.

DEUXIEME QUESTION

La guerre d’Algérie, dans sa phase terminale
a débuté le 1er novembre 1954 dans les Aurès.

La question
Quelles précisions complémentaires, les uns et les autres, pouvez-vous apporter pour comprendre la signification réelle de cet événement ?

REPONSE

Voici ma synthèse :

Vous avez insisté, avec raison, sur l’assassinat de Hadj Saddok, personnage-clef de la défense de la France dans les Aurès. Comme il l’avait manifesté le 8 mai 1945 alors qu’il était sous-officier dans un régiment de tirailleurs algériens. A l’instar de 95 % des notables musulmans d’Algérie.

Il faut insister sur un fait : ce déclenchement opérationnel était prévu par le Préfet Vaujour, décédé récemment, directeur de tous les services de police d’Algérie.

Il avait informé le maire de la Commune Mixte d’Arris, dans les Aurès, de toutes les informations dont il disposait, annonçant une rébellion immédiate, avec les noms des responsables.

Le maire d’Arris lui a objecté que son rapport ne correspondait à rien, que ses informations étaient mal fondées, car tout était calme sur le territoire des Aurès.

Pour appuyer sa conviction, il faisait référence à un rapport confidentiel du colonel commandant la subdivision de Batna. Ce rapport soulignait que rien n’était à redouter sur les terres aurésiennes.

On peut s’interroger de la manière suivante : à partir de quel moment, la désinvolture, voire la naïveté, ne s’identifient-elles pas, l’une et l’autre, à une trahison ?++++

TROISIEME QUESTION

La mouvance arabo-islamiste d’Algérie, de toute évidence, a pu s’installer grâce à la complicité passive voire active, de l’administration française.

La question
Cette évolution contrôlée par le pouvoir français, n’avait-elle pas pour but de camoufler un rejet raciste des indigènes d’Algérie par les futurs décolonisateurs ?

Ne correspond-t-elle pas à la volonté d’interdire l’intégration ?

REPONSE

Voici la synthèse que je vous propose à une question finalement d’une importance redoutable.

Il est évident que l’arabo-islamisme fondamentaliste n’a pu s’implanter en Algérie, qu’avec la complicité du pouvoir de la IIIe république. Puis plus tard, de la IVe république, le tout ayant été parachevé par la Ve république.

Je voudrais vous faire part d’une anecdote sérieuse et surtout très instructive.

Monsieur Augarde m’a fait l’honneur d’assister à plusieurs de mes conférences. A Narbonne il m’a déclaré :

« Benchenouf, le sénateur de Batna, m’a dit ceci : la France se débarrasse de nous, les musulmans d’Algérie, en nous cloîtrant dans la religion ».

Benchenouf avait détecté le racisme qui animait déjà les futurs champions de la décolonisation.

Ce qui l’induira en 1954, à choisir le camp de la rébellion.

Cette année là, après le 1er novembre, il s’est passé quelque chose de précis :
le général en chef, en Algérie, avait mis au point un plan opérationnel dans les Aurès. Il a rendu compte de son projet opérationnel au ministère de la guerre, à Paris.
Le secrétaire d’Etat à la guerre, qui était le maire FLN d’Alger Jacques Chevallier, a prévenu Benchenouf à Batna, qui lui-même a prévenu Ben Boulaïd qui commandait dans les Aurès, la future Wilaya I.
En conséquence de cette trahison, l’opération n’a pas permis d’obtenir les résultats escomptés. La rébellion a pu se poursuivre.
Il s’agissait là de la première trahison militaire imputable au maire FLN d’Alger, Jacques Chevallier.

La deuxième trahison s’accomplit en mai 1956, lorsque Jacques Chevallier accepta qu’une partie des armes volées par l’aspirant Maillot, soit cachée dans une villa du Clos-Salembier, la villa Pouillon, qui était sous l’administration du Maire d’Alger. Cet armement livré en Grande-Kabylie permit à Khodja de faire massacrer 18 soldats français au mois de mai 1956.

La troisième trahison de Jacques Chevallier s’est accomplie lorsqu’il a pris le contrôle, dès le mois d’octobre 1961, d’un membre important de l’OAS, l’engageant par la suite dans la voie d’un ralliement total à sa politique d’abandon. Cette opération a été à l’origine de l’arrêt définitif des combats de l’OAS d’Alger et de Constantine.

QUATRIEME QUESTION

La question
Pourquoi ?
Pour qui ?

a-t-on fait tuer des soldats français à partir de l’été 1958 ?

REPONSE

A partir de juillet 1958, dans un premier temps, de Gaulle est président du Conseil de la IVe république, agonisante. Pompidou, fondé de pouvoir de la banque Rothschild, occupe les fonctions de chef de cabinet du général.

Pompidou, dispose déjà d’un plan, préparé à l’avance, pour négocier avec l’Organisation Extérieure de la rébellion algérienne. Dans le but d’obtenir un cessez-le-feu. C’était déjà au mois de juin 1958.

Une réunion fut organisée avec des émissaires du FLN, à Barcelone, en Espagne franquiste, pour étudier les conditions d’un cessez-le-feu.
Donc, tout était prévu déjà, par les gaullistes, pour aboutir à un cessez-le-feu.
De Gaulle n’a pris le pouvoir que pour cela.
Mais, le FLN de l’Extérieur exigeait quelque chose : qu’on le débarrassât au préalable des Katibas de l’Intérieur. Car celles-ci menaçaient ceux de l’Extérieur de sanctions définitives le jour où ils remettraient les pieds en Algérie.

Après la capture de Si Azzedine, en 1958, celui-ci sera utilisé comme officier de liaison entre Massu et le GPRA, né le 10 septembre 1958, pour mettre au point une manœuvre aboutissant à l’anéantissement préalable des Katibas de l’Intérieur.
Pour obtenir ce résultat, les plus belles unités de l’armée française ont été regroupées dans un gros dispositif opérationnel que l’on a appelé les « Unités de Réserve Générale ». Des opérations brillantes ont été conduites sur les crêtes, qui ont permis de détruire l’essentiel de la force de frappe du FLN de l’Intérieur.
Ces opérations, « Jumelles » jusqu’à « Pierres précieuses » ont été accomplies pour le compte du GPRA.

Si-Azzedine, en accord avec le GPRA et le commandement français, prit l’initiative d’adresser une lettre à Si-Salah, pour lui demander d’accepter la « paix des braves » proposée par de Gaulle. C’était au mois d’octobre 1958. Cette lettre a été publiée intégralement dans un numéro d’« Historia magazine » dont j’ai perdu la référence.

Cette opération aura pour conséquence « l’affaire-bidon » que l’on appelle l’affaire Si-Salah qui n’avait qu’un but : protéger le GPRA de la violence massacreuse de la Wilaya IV.
Une conséquence de cette opération bidon, étiquetée « affaire Si-Salah » fut illustrée le 5 juillet 1962 à Oran.
Alors que des hommes de la Wilaya V s’apprêtaient à festoyer le 5 juillet à Oran, des centaines d’Algérois, anciens de la Wilaya IV et autres, parvenaient à la capitale de l’Oranie pour reprocher violemment à ces pseudo-combattants de la Wilaya V, de ne pas avoir participé à la guerre. De violentes querelles vont opposer les uns contre les autres.

« L’OAS attaque ! » voici comment on va justifier ces bagarres et ce sera le drame, le massacre de nos frères et de nos sœurs d’Oran, ce jour-là.

CINQUIEME QUESTION

Voici la question
N’avez-vous pas l’impression qu’une altération profonde est en train d’être portée à la notion de citoyenneté en France ?

N’avez-vous pas l’impression que la laïcité de la citoyenneté, qui en est le fondement, est en train de subir une altération de sa réalité, aujourd’hui, dans la manière administrative d’interpréter le mot « citoyenneté » ?++++

REPONSE

Nous touchons là à la conclusion de notre table ronde et des réflexions que nous vous avons proposées aujourd’hui.

Le concept de :
CITOYENNET LAIQUE

correspond au concept que l’on doit défendre aujourd’hui.

Cette thèse de la citoyenneté laïque prend la suite de la thèse « Algérie française », dialectiquement et historiquement. C’est la thèse nécessaire à l’expression doctrinale du combat que nous menons pour la défense de la France, de l’Europe et de l’Occident.

LA CITOYENNETE NON LAIQUE

c’est la thèse de nos envahisseurs actuels. Pour l’imposer ils ont recours à une technique d’intégration sud-nord, à laquelle nous nous opposons, comme en Algérie, par une technique d’intégration nord-sud.

« Algérie française », ce n’est plus une notion uniquement nourrie de souvenirs nostalgiques.
« Algérie française », ce n’est pas l’évocation pleurnicharde d’une espérance trahie.
« Algérie française », ce n’est pas le support d’une amertume résiduelle.
« Algérie française », n’illustre pas seulement un capital culturel dont l’immense richesse est encore très mal évaluée et par voie de conséquence, très mal transmise.
« Algérie française », s’identifie aujourd’hui à ce qu’elle était hier. Une thèse historique pour une construction du monde intelligente. Une mission géopolitique dans le but de sauvegarder un équilibre euro-nord-africain.
C’était une mission que nous n’avons pas su ou pas pu conduire à bonne fin.

Ce non accomplissement nous stimule aujourd’hui.
C’est cette volonté de comprendre qui nous fait attribuer à la CITOYENNETÉ LAIQUE la valeur de la thèse géopolitique que nous devons défendre comme un bastion de sauvegarde de l’identité de la France, d’un avenir sain pour l’Europe et d’un rayonnement réel pour l’Occident.

C’est cette citoyenneté laïque qui nous permet d’attribuer, tout logiquement, un indiscutable coefficient de développement durable à la notion géopolitique « Algérie française ».

Nous, les anciens du combat « Algérie française » et tout particulièrement ceux qui ont risqué leur liberté, leur vie et parfois leur âme dans ce combat, revendiquons de votre part, l’estime minimum qui leur permettra de conduire encore ce combat, ultime mais actuel, pour la citoyenneté laïque en France.

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