Jean BRUNE Publication Libre

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ALGER - ALGERIE- 1962 - 2012

Publié par JF GALEA

JEAN BRUNE -Texte inédit - Misères de la Guerre d’ Algérie -

Jean Galéa aborde la carrière des Arts avec un recueil de gravures inspiré par les horreurs de la guerre d’Algérie. C’est le défi le plus audacieux que puisse imaginer un jeune artiste et peut -ètre hélas celui qui pèsera longtemps sur son avenir .Car , on peut prétendre dédaigner le sujet, comme le recommande une école à la mode et alors on s’abandonne librement à tous les délires graphiques ; c’est-à-dire que l’on brille de mille feux inventés par l’imagination, la sensibilité, l’intelligence attelées ensemble à la virtuosité, comme ces patineurs enfin làchés pour le concours des figures dites libres et dont les ébats nous éblouissent.

L’image n’est pas totalement gratuite, puisque le sujet dédaigné pour le graveur, c’est la plaque de métal offerte aux sillages qu’y trace le burin, comme les patins tracent le leur sur la glace des patinoires ;Mais ici le sillage ne s’efface pas. Il reste dans le cuivre et y noue de savantes arabesques aux surfaces encrées, pour créer cette magie de traits et de taches qui dort dans certain dessin de Victor Hugo.

Jean Galéa n’a pas voulu dédaigner le sujet pour briller dans une liberté dont le philosophe nous affirme qu’elle n’est plus que la liberté de ne rien dire et de ne pas ètre . Il s’est donné des règles, retrouvant instinctivement le mot fondamental de Saint Paul – Je suis lié donc je suis libre.

Le choix ne révèlerait guère que le gout de la rigueur et le sens des hautes disciplines qui – chez un jeune artiste – peuvent ètre présage de grande réussite. Mais Jean Galéa s’est assigné des règles définies par deux mots que frappe une égale malédiction…Horreur….Algérie ; dont la rencontre porte de surcoit la malédiction à une dimension presque insoutenable.

La tragédie Algérienne est condamnée par une critique de chapelle qui cède davantage à ses passions politiques qu’elle ne se préoccupe de la qualité des œuvres et, ce faisant, vide également de sens, ses options politiques et ses jugements critiques. On loue Guernica ; Mais on ne voit pas que, passant sous silence l’évocation plastique d’autres Guernica, on ramène la toile de Pablo Picasso à la simple échelle d’un tract politique.

La malédiction qui pèse sur l’horreur est d’une autre essence.

L’horreur blesse au -delà de l’effroi qu’elle inspire. C’est peut- être que le mystère de la mort, apparait confusément aux ètres comme faisant encore partie du mystère de la vie .Il en est l’ultime jalon ; le cérémonial par lequel la vie s’achève dans une figuration du sommeil au bout de laquelle subsiste, comme une lueur fragile mais tenace, l’espérance du réveil.

En ceci, la mort ne cesse pas d’appartenir à un ordre. L’horreur est un désordre. Elle est sacrilège. Elle attente à une liturgie naturelle. Détruisant les cadavres dans l’acharnement de la mutilation, elle atteint dans sa force vive, inspirée par une apparence, jusqu’à la folle mais réconfortante espérance du réveil. Ce n’est pas sans intention que les sociétés ont prétendu frapper l’imagination des foules par des supplices qui, infligeant aux criminels des mutilations diverses, semblent ainsi les condamner à une mort définitive, plus radicale que la mort naturelle adoucie par l’illusion du sommeil. ; châtiment

terrible d’où l’on entend chasser jusqu’à la crédibilité dans un chimérique réveil.

On le voit bien au fil des temps tragiques que vit l’humanité en ce vingtième siècle finissant ; puisque la mort ne suffit pas à assouvir les monstrueuses passions nées des haines politiques. Il faut que l’ennemi vaincu soit détruit, justement dans l’intention de dépasser par une destuction définitive ,ce qu’il y a de nécessairement provisoire dans la défaite. L’accomplissement c’est la destruction par le feu. Elle a toujours exercé une sombre fascination sur les Inquisiteurs religieux ou politiques

Jean Galéa consacre son œuvre naissante à l’horreur. Ce qui m’émerveille c’est que, avec une sureté de jugement peu commune chez les artistes de son àge, il a vu ce qu’il y avait de surréaliste dans l’insupportable réalisme de la mutilation et du massacre. Ici aussi un ordre est nié et d’un désordre farouche surgissent des images qui secouent et réveillent dans l’imagination de secrets rouages.

Surtout, ce qui m’émerveille, c’est la qualité de ces images, la liberté de certains graphiques, la somptueuse densité des taches, parfois animées d’une étrange vie intérieure par des détails à peine perceptibles .On oublie le sujet, ce qui est démarche même de l’art. Et quand on y revient pour y réfléchir, tant est grande la puissance d’évocation de cette œuvre gravée, on pense à une phrase de Malraux prononcée au lendemain de la parution de la Condition Humaine. C’est

la paraphraser à peine que de dire… »Quant à ceux qui mettent leurs passions politiques au- dessus de tout….qu’ils n’ouvrent pas ce recueil. Il n’a pas été gravé pour eux mais contre eux… »

JEAN BRUNE Paris 1967

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