Défense : Une base militaire française de premier ordre aux Emirats arabes unis

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Projet de loi autorisant l’approbation de l’accord entre le Gouvernement
de la République française et le Gouvernement des
Émirats arabes unis relatif à la coopération en matière de
défense

L’ouverture officielle de « l’implantation militaire française aux
Émirats arabes unis
 » (IMFEAU), nom officiel de la base d’Abou
Dabi
, le 26 mai 2009, a été considérée comme l’illustration d’un « 
partenariat d’exception ». Il est vrai qu’il s’agit de la première création
d’une implantation militaire pérenne à l’étranger, réalisée à la demande du
pays hôte, depuis plus de 50 ans.

Parallèlement aux bases de la Réunion, dans l’océan
Indien
, et de Djibouti, sur la mer Rouge, cette
nouvelle base révèle les priorités stratégiques de la France, comme l’avait
souligné le récent Livre blanc sur la
défense
et la sécurité nationale à l’été 2008.

Elle tend à renforcer la présence française de manière permanente, dans une
aire instable qui dépasse largement la zone du Golfe et s’étend à un « arc de
crise » de l’Atlantique à l’océan Indien. Cette nouvelle implantation est
souhaitée depuis plusieurs années par les Emiriens en demandant à la France de
participer à la stabilisation de la zone.

Elle assure une place de soutien stratégique face tant aux
menaces géopolitiques traditionnelles qu’aux nouvelles menaces telles que la
montée en puissance de la piraterie au large du Yémen et de la
Somalie
.

Comme l’avaient montré MM. André Dulait et Michel Boutant, lors d’une
mission effectuée, du 15 au 22 juin 2009, auprès des forces françaises
stationnées à Djibouti et à Abou Dhabi, la base IMFEAU joue un rôle essentiel
dans l’opération de l’Union européenne « Atalanta » de lutte contre la
piraterie dans le Golfe d’Aden(*).

L’implantation militaire française aux Émirats arabes unis » et celle de
Djibouti sont complémentaires. Chacune est sous l’autorité d’un Commandement
dont le champ d’action militaire et stratégique est fort différent. L’amiral
commandant la zone maritime de l’océan Indien a la faculté de monter un
état-major embarqué et commande en océan Indien, le commandement des Forces
Françaises stationnées à Djibouti est quant à lui responsable du soutien de
l’organisation africaine régionale de sécurité Est.

La base aux Émirats arabes unis constitue une étape
importante dans la coopération internationale pour combattre non seulement la
piraterie mais aussi protéger les routes du pétrole.

L’« accord de présence » prévoit une base interarmées avec un effectif de
400 à 500 militaires.

L’amiral commandant la zone maritime de l’océan Indien (ALINDIEN) ainsi que
la base sont implantés, depuis le 21 octobre 2010, à Abou Dabi.

Il remplit des missions qui revêtent plusieurs aspects : contribution à la
stabilisation et au maintien de la paix dans la zone ; participation à la
sécurité des espaces maritimes ; conduite d’opérations militaires à dominante
aéromaritime ; protection des ressortissants français ; promotion de la
politique de défense de la France et animation des relations militaires
bilatérales avec les différents pays de sa zone. Celle-ci s’étend sur
l’ensemble de l’océan Indien, y compris la mer Rouge, le golfe persique et la
mer de Chine méridionale.

* * *

L’installation d’ALINDIEN à Abou Dabi permet d’assurer une
synergie avec les moyens de l’implantation militaire française aux
Émirats arabes unis (IMFEAU).

ALINDIEN continue d’exercer le commandement de la zone maritime depuis la
terre où il est doté des capacités de transmissions nécessaires. La capacité de
projection de l’état-major demeure, ALINDIEN et son état-major (35 personnes)
pouvant être embarqués sur tout bâtiment offrant la capacité de commandement
d’une opération. De la même manière, l’amiral et des éléments de son état-major
peuvent embarquer ponctuellement à bord des bâtiments présents en océan Indien
afin de valoriser des actions de relations militaires internationales dans les
pays de la zone.

La base permanente comprend trois composantes. La première, qui est aussi la
plus importante, est la composante navale. Déjà, le site de Fudjeirah, sur la
bordure orientale ouverte sur le Golfe d’Oman, sert d’escale aux sous-marins
nucléaires d’attaque.

Cette composante rassemble deux tiers des effectifs de la base, notamment
dans le port de Mina Zayed, au Nord-Est de l’Ile d’Abou Dabi, qui accueille
déjà une trentaine d’escales par an dont le porte-avions Charles-de-Gaulle, le
navire école Jeanne d’Arc ou des dragueurs de mines. Un quai de 300 mètres de
long, en cours d’aménagement, permet ainsi à des navires de guerre de fort
tonnage d’accoster.

Cette partie de la base française assure le soutien des navires de
la marine nationale
en mission dans le Golfe et l’océan Indien.

La deuxième est la composante terrestre. Un centre d’entraînement au combat
en zone urbaine et en milieu désertique est créé dans l’enceinte de la Zayed
military city aux portes d’Abou Dabi, susceptible de devenir un centre de
formation régional et employant une trentaine de militaires français.

La troisième est la composante aérienne qui est installée sur la base
d’entraînement d’Al-Dhafra, déjà base logistique de l’armée américaine.

Celle-ci accueille, depuis octobre 2008, trois avions de combat Mirage
2000-5 aux côtés d’avions américains et britanniques. Elle devrait aussi
recevoir, en permanence, les deux avions ravitailleurs KC-135 provenant de la
base de Manas au Kirghizstan, ainsi que trois autres avions de combat comme les
avions Rafale dont une flotte de 60 exemplaires pourrait être achetée par la
Fédération.

Au total, la base française comprend aujourd’hui 620 militaires issus de
toutes les composantes de l’armée :

  • un état-major interarmées d’une cinquantaine de militaires ainsi que des
    services de soutien commun et spécialisés (110 militaires) ;
  • la base aérienne 104 qui comprend 140 militaires avec un escadron de chasse
    de six Rafale, qui ont succédé aux trois Mirage 2000-5 ;
  • une base navale et de soutien à Abou Dabi comprenant 40 militaires et
    capable d’accueillir les bâtiments de la flotte et notamment le groupe
    aéronaval ;
  • un groupement tactique interarmes de l’armée de terre (330 militaires
    aujourd’hui, 260 à l’horizon 2014), qui utilise les facilités du camp
    d’entraînement de Zayed Military City.

L’ensemble atteindra sa pleine capacité à la fin de l’année 2011, son
effectif devant être stabilisé à 615 militaires à l’horizon 2014.

Cette nouvelle base interarmées doit servir aussi à accueillir l’ensemble
des moyens militaires que la France déploie régulièrement dans le cadre
d’exercices interarmées menés en coopération avec les armées des pays du
Golfe.

Si, d’un côté, cette nouvelle base française est interprétée comme une
volonté des Emirats de moins dépendre de la présence américaine, dont le coeur
se situe au Bahreïn et au Qatar, de l’autre, elle est perçue comme une
évolution majeure de la stratégie française visant à participer, aux côtés des
Etats-Unis, à la sécurité des approvisionnements énergétiques
mondiaux.

Pour la première fois depuis 50 ans, la France crée une implantation
stratégique dans une aire hautement sensible, placée traditionnellement sous
influence anglo-saxonne. Cette création constitue bel et bien un tournant de la
politique française dans cette partie du monde. Elle apparaît comme un signe
fort d’un nouvel engagement français au profit des Emirats arabes unis et comme
une révolution autant géostratégique que culturelle pour l’armée française qui
renforce ses positions dans le Golfe.

Sur le plan financier, l’accord intergouvernemental conclu en janvier 2008
avait prévu que les Émirats arabes unis financent la réalisation des
infrastructures destinées à l’implantation militaire française dans le pays :
base navale et de soutien, secteur français sur la base aérienne d’Al Dhafra,
ensemble d’entraînement pour le groupement de forces terrestres. La France a
simplement participé aux frais d’équipement de ces infrastructures (achats
d’équipements particuliers, installations) pour un montant de 25 millions
d’euros.

Le coût annuel de la base sera de l’ordre de 75 millions à l’horizon 2014,
contre une cinquantaine en 2010, quand la base ne comptait que 250 militaires.
Il comprenait ainsi des coûts de fonctionnement de 21 millions d’euros par an
et des coûts en personnel de 29 millions d’euros par an. L’ensemble du
financement du dispositif relève du programme budgétaire 178 « Préparation et
emploi des forces de la mission Défense », sans que le programme 212 « Soutien
de la politique de défense » ne soit mis à contribution, dans la mesure où les
infrastructures sont réalisées par nos partenaires émiriens.

Source : Commission des affaires étrangères et de la
défense

* * *

 

Voir en ligne : http://infos.fncv.com/post/2011/11/...

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