Témoignage de Alain R. PEREZ

, par  Jean Claude THIODET ✞ , popularité : 2%

Alain PEREZ après avoir lu la relation de J.C Thiodet sur le site de Bernard VENIS écrit :

En fait, après avoir parcouru votre site en m’attardant longuement sur certaines cartes postales qui m’ont plongé dans un univers qui s’étend bien en deçà de ma naissance, j’ai vu, j’ai lu le témoignage du docteur Jean-Claude Thiodet.

Ce récit bien qu’intéressant manque d’exactitude quant à l’enchaînement des évènements qui ont meurtri le centre, puis l’ensemble de ce faubourg d’Alger. Il le reconnaît d’ailleurs.

Je vais donc très volontiers lui apporter mon concours puisque j’ai eu le triste privilège d’être présent avant, pendant et après la tragédie.

Voici donc, telle que ma mémoire jusqu’à ce jour irréprochable, veut bien en restituer la version :

Quelques jours auparavant j’avais pu lire des affiches collées à la sauvette sur des murs de l’avenue de la Bouzaréa. Ces affiches qui se voulaient être une sévère mise en garde à l’armée française se résumaient à un ultimatum :

Rejoignez-nous sans quoi vous serez considérés comme des ennemis et traités comme tels.

Nous nous étions demandé alors comment l’OAS, puisqu’ il s’agit d’elle, aurait les moyens de soumettre les réticences. Mais comme ce genre de mise en garde se retourne contre son auteur lorsqu’il n’est pas suivi d’effet une sourde inquiétude à laquelle se mêlait une certaine fierté commençait à étreindre chacun de nous.

Et puis, devant la multiplicité des informations relevant autant de la plus grande objectivité que de la plus pure "intox" (selon un terme à la mode dans ce contexte de crise) nous avions un peu relégué quelque part dans nos esprits l’imminence du jour fatidique.

C’était un vendredi, si mes souvenirs sont exacts : quelqu’un frappait à la porte de notre petit appartement de la rue Suffren : Un voisin, un garçon de mon âge (19 ans). A huit heures du matin, lui, à qui des membres de l’OAS du secteur avaient confié la responsabilité de l’immeuble, choix qui ne me plaisait guère ayant une toute petite expérience de la guerre subversive, ce qui n’était pas son cas, osait m’annoncer que j’étais "réquisitionné" par l’organisation comme lui même et comme d’autres voisins.

Nous devions nous rendre sur une petite place qui, à quelques mètres prés, faisait face à la fois au cinéma Plaza et à la fabrique de cigarettes Bastos (de l’autre coté). Celle-ci était à l’angle de la rue qui dans un sens rejoignait le Frais-vallon(il s’agit de l’Avenue du Frais
Vallon, rebaptisée depuis une date non précise dans mes souvenirs :" Avenue général Verneau") et de l’autre le haut du square Guillemin en passant devant le cinéma : La perle (prés la rue Cavelier de la Salle).
L’autre rue sur laquelle s’avançait le grand rideau bleu de la manufacture de cigarettes conduisait à des escaliers qui rejoignaient la rue Mizon.

Cet endroit allait sous peu devenir le théâtre de l’horreur sur seulement une quarantaine de mètres.

Le minuscule commerce (une boulangerie me semble-t-il) enfermé dans un angle d’une étroitesse surprenante constituait le pendant de la fabrique qui lui faisait face.

Ce dernier devait jouer un rôle important dans ce qui allait suivre.

De tous les alentours des hommes d’âges divers venaient grossir le groupe de ceux qui attendaient déjà dans le petit jardins place DESAIX).

Je me trouvais là, parmi ces gens qui ne savaient pas à quel dessein on les avaient réunis. Les visages étaient graves car nul n’ignorait qu’un pas décisif serait franchi sous peu. Le lien avec l’ultimatum posé devenait une évidence. Mais chacun conservait une confiance inébranlable en l’armée secrète qui, jusque là, avait démontré son sérieux.

Cette armée secrète forte de ses cent cinquante mille combattants dans le maquis, sans compter les ralliés du MNA...

Ces chiffres, bien entendu n’avaient qu’un lointain rapport avec la réalité mais ils étaient colportés avec l’enthousiasme de ceux qui, après avoir vainement espéré, veulent encore croire que la providence est toujours dans le camp des justes.

Mais il n’y aura pas de providence et même si nous ouvrons la fenêtre sur ce passé aussi douloureux qu’absurde en réorganisant les évènements à notre convenance, comme pour Waterloo, l’issue reste la même. C’est encore pire pour ceux qui ont perdu un, ou des proches, et pas toujours abattus "proprement" par une balle assassine.

Au bout d’une vingtaine de minutes tous les regards se tournèrent vers un groupe de quelques personnes qui passaient devant le cinéma Plaza portant un équipement qui ne laissait rien présager de bon. Les visages m’étaient vaguement familiers mais je reconnaissais tout particulièrement Robert H.... (je doute que l’orthographe soit juste), un copain de quartier et aussi du club de judo SABO dont l’équipe, (j’en faisait partie), devait se distinguer à Paris le 17 mai 1962 en remportant la coupe de France (quelques années plus tard j’ai appris qu’il était décédé à la suite d’un grave problème de diabète).

Sans risque de se tromper il s’agissait d’un commando et selon toutes probabilités appartenant aux équipes de Jésus, connu à Bab-El-Oued comme le loup blanc.

Ce qui m’a frappé sur le moment c’est l’allure désinvolte de ces hommes dont le plus jeune n’était qu’un adolescent de quinze ans.

On aurait pu penser qu’ils partaient à la pêche d’un pas décidé mais ils s’apprêtaient simplement à commettre un terrible crime avec la bonne conscience que confèrent les idéaux à ceux qui croient accomplir leur devoir.

Sur ce plan je précise, si toutefois cela est nécessaire, que je ne renie pas mes idées d’antan, d’autant que ce qui était prévisible à l’époque en cas d’échec se réalise actuellement encore plus rapidement que nous le redoutions.

J’estime qu’il y a eu des erreurs de faites et là je n’hésite pas à qualifier celle-là de monumentale (je ne me sens personnellement pas exempt de tout reproche).

Quel raisonnement a pu conduire à croire que la mort de soldats du contingent nous amènerait l’adhésion ne serait-ce que d’une partie des troupes qui nous étaient défavorables ?

Comment l’impensable a-t-il pu se produire ?

A la vue du fusil mitrailleur, des p.m. et d’une valise qui de toute évidence contenait des munitions, certains d’entre nous ont estimé qu’il était préférable de se mettre à l’abri derrière les voitures garées le long de la rue Général Verneau.(ex.avenue du Frais Vallon)

C’est à partir de ce nouveau "poste" distant d’une centaine de mètres du premier que j’ai vu arriver, remontant la rue Montaigne à contre-sens un convoi militaire plutôt hétéroclite puisqu’il comprenait des gendarmes mobiles installés dans des sortes de grosses Jeeps, ou gros 4x4 dont j’ignore le nom, et des zouaves dans deux GMC qui fermaient la marche.

A ce moment il s’est déroulé devant nos yeux une étrange manœuvre, qui reste à ce jour un mystère pour moi : Arrivés au carrefour de la rue Montaigne et de la rue général Verneau les gendarmes, dont le visage fermé dissimulait mal la peur, ont viré à gauche prenant l’avenue général Verneau sur le tronçon qui les menait à l’avenue de la Bouzaréa (artère principale de Bab-El-Oued) et vers leur salut.

Pourquoi l’itinéraire des GMC a-t-il divergé au point de s’orienter dans la direction opposée ? Le saurais-je un jour ? Mais est-il bien nécessaire qu’il me soit confirmé ce que plus ou moins je soupçonne depuis longtemps : Le rassemblement d’une foule non " briffée", celle d’un commando en armes prêt à agir et ce qui ressemble à s’y méprendre à un abandon de la part des gendarmes, tous ces paramètres indiquent sans l’ombre d’un doute le sale guet-apens.

Le premier des deux GMC ralentit puis s’arrêta, interpellé par quelques personnes dont je ne sais pas si elles appartenaient au groupe armé ou si elles étaient comprises dans cette foule réunie pour la circonstance et à laquelle j’étais intégré. Les propos adressés au chauffeur du premier camion étaient dits sur un ton ferme ;

Ils enjoignaient les soldats de se rendre.

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