LE CHAMANISME GAULLISTE …de l’aliénation idéologique…à l’esprit de Poitiers

, par  Jean Claude THIODET , popularité : 2%

Nice, le 29 juillet 2010.Le docteur Jean-Claude PEREZ a écrit :

Nous sommes pratiquement à deux ans d’un cinquantième anniversaire.

Anniversaire dont la célébration prévue et plus ou moins claironnée, m’ invite à observer une attitude de méfiance vigilante.

Car une suspicion m’anime. C’est elle qui m’oblige à faire face à un événement dont je prévois les désagréments, les injures, et les infamies dont il sera porteur. J’évoque le 50ème anniversaire de l’assassinat de la terre française d’Algérie.

Le 50ème anniversaire du génocide raté du peuple pied-noir.

Le 50ème anniversaire d’une honteuse et scandaleuse défaite de la Vème république gaulliste, devant l’arabo-islamisme fondamentaliste.

J’ai décidé de faire face malgré les conseils de ceux qui, sournoisement, m’invitent à ramper et à me convertir au « bon goût politique du moment ». « A la bienséance politique ».

En tant que responsable, au niveau le plus élevé, de l’action que nous avons menée en Algérie, j’ai bien évidemment laissé derrière moi quelques « chambres obscures ». Que l’on pardonne ce recours à un cliché mille fois utilisé. J’ai maintenu ces chambres obscures soigneusement closes pendant longtemps. Sans me complaire cependant dans une attitude de conspirateur perpétuel, mélodramatique et surtout ridicule. Du moins je l’espère !

Je ne peux oublier que ma vie fut riche avant tout d’émotions et de stress. Elle fut nourrie d’évènements violents, échelonnés sur plusieurs années. Émotions, aventures, responsabilités qui ont fini par bouleverser l’intimité de ma personne. Initiatives douloureuses, décisions opérationnelles dramatiques, projets avortés, passions insatisfaites, trahisons, maudites trahisons, tout cela me conduisit en 1962, à un exil tourmenté.

Un exil accidenté jusqu’en 1966, d’épisodes périlleux plus fréquents qu’on ne le pense. Le tout aggravé de péripéties familiales et intimes difficiles à vivre. Aux conséquences imparables et définitives. Car j’étais dans l’impossibilité de me défendre.

De nos jours, il est encore, paradoxalement, difficile de nous défendre.

Je redoute, par dessus tout quelque chose : qu’un méchant coup soit porté, une fois de plus, lors de ce 50ème anniversaire, à l’œuvre unique, admirable, exceptionnelle, qui fut celle de la France en Algérie.

Je redoute les salissures dont la France sera victime une fois de plus.

Je redoute qu’un coup sordide, « lynchard », inspiré par la canaille, soit porté une fois de plus contre les défenseurs de l’Algérie française.

D’où viendrait ce méchant coup ? Ces salissures ? « Ce lynchage » ?

De ceux qui, aujourd’hui encore, ne sont inspirés et guidés dans leurs comportements et orientations politiques que par une volonté de soumis.

Soumis, intellectuellement et spirituellement, au chamanisme gaulliste.

Lorsque, avec beaucoup d’appréhension, je décide de franchir le seuil des chambres obscures que j’ai laissées derrière moi, il se passe aujourd’hui quelque chose de surprenant. J’éprouve, en effet, une double sensation.

Évidemment, celle de « déjà vu », ce qui est inévitable puisqu’il s’agit de mon vécu personnel que j’explore à nouveau. Mais en même temps, une autre sensation se superpose à la première. Avec laquelle elle finit par se confondre tout d’abord. Puis elle l’éclipse. Finalement, c’est elle, cette nouvelle sensation, qui devient dominante.

En effet, ces chambres obscures nouvellement visitées, révèlent bien évidemment des évènements vécus, des émotions éprouvées, des désespoirs ressentis, et, en même temps, elles révèlent aussi des « enthousiasmes » qui jouissent de la particularité d’être encore actuels.

Des enthousiasmes qui trouveraient ou plutôt qui trouvent effectivement leur place, c’est-à-dire une nouvelle possibilité d’expérimentation dans le moment historique que nous sommes en train de vivre.

Je précise bien : sensations, craintes, angoisses, désespoirs et finalement enthousiasmes « actuels », dont le déterminisme, dont la genèse, dont le pourquoi et le comment, se confondent avec le déterminisme et la genèse de tout ce que nous avons connu pendant la guerre d’Algérie.

Tout cela me conforte à 100 % dans ma conviction : notre combat pour l’Algérie française fut un combat précurseur. Ou mieux encore il se définit comme la première phase des confrontations qui s’expriment aujourd’hui au sein du monde occidental, en ce début de XXIème siècle.
Confrontations qui ne pourront se résoudre, elles aussi, que par une victoire ou que par une nouvelle défaite. Un combat pour la survie ethnico-culturelle et religieuse de ce qui reste encore de l’Occident valide. Un combat qui se terminera par un nouvel « Evian »… ou par un nouveau « Poitiers ».

Malgré notre naïveté, malgré notre inexpérience de la « chose politique », malgré notre inculture politique exagérément invoquée par ceux qui furent trop pressés de nous juger, de nous condamner et parfois de nous ridiculiser, nous avons fini par être confrontés, nous qui étions coupés du monde, à une constatation ou plutôt à une découverte.

La voici : la confrontation qui nous fut imposée depuis 1954 en Algérie, mais qui était en marche depuis des dizaines d’années, en réalité depuis la loi du 4 février 1919 , débordait très largement des limites d’un combat livré pour la seule grandeur de notre patrie française. D’un combat conduit pour sauvegarder exclusivement l’identité culturelle et l’indépendance de la nation française. Car il ne faut jamais oublier que nous étions animés là-bas, sur cette terre d’Algérie, d’une volonté de lutte pour protéger les intérêts supérieurs de la France.

C’était notre conviction « première ». Nous pressentions en effet les dangers que notre patrie risquait de connaître en cas de défaite subie en Algérie. Et c’est cette défaite, qui risque d’être exhibée, d’une manière masochiste, en 2012 lors du 50ème anniversaire.

Nous, les défenseurs de l’Algérie française, avons été animés en réalité d’une espérance. Celle de faire accéder la Méditerranée au rang d’un pays. Non pas au rang d’une nation. Je dis bien au rang d’un « pays ».

Un pays qui, grâce au pont géopolitique « Algérie-française » allait faire naître d’abord, et enrichir ensuite, un courant de continuité entre l’Europe et l’Afrique. Un courant de communication qui allait permettre, enfin, une amorce de compréhension intellectuelle et spirituelle avant tout. Dans une perspective eurafricaine.

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La Méditerranée, un pays, aurait illustré dans cette perspective, un refus : le refus d’une solution de continuité définitive entre l’Europe et l’Afrique.

A propos de la guerre d’Algérie et de l’Algérie française, tous les records de bourrage de crâne ont été battus. Bourrage de crâne élaboré puis formulé à partir de généralisations grotesques, de schématisations conventionnelles, de déformations effarantes, de raisonnements puérils et de contradictions monumentales.

Aujourd’hui, combattre ce bourrage de crâne dans ses conséquences européennes et planétaires, relève, en apparence tout au moins, d’une mission impossible, nous l’avons maintes fois souligné. Cette mission peut apparaître avant tout présomptueuse. En effet, elle n’est alimentée ni plus ni moins, que de l’ambition utopique de provoquer, ou tout au moins d’espérer, de superbes retournements chez les autres, dans leur manière d’appréhender cette page d’histoire « Algérie française ».

Page d’histoire affectée officiellement d’un tabou historique par ceux qui ne veulent plus y réfléchir.

Il est temps de leur enseigner que les tabous historiques ne sont concevables qu’au sein de dictatures politiques ou théocratiques modernes.

Et c’est, motivés par ce refus de nous soumettre à ces tabous que nous précisons : les liquidateurs de l’Algérie française, ou plutôt les assassins de la France Sud-Méditerranéenne ont préféré faire de la Méditerranée, une frontière.

-  UNE FRONTIÈRE AU SUD DE LAQUELLE, un nouvel envahisseur s’apprête à anéantir, historiquement, l’identité à la fois culturelle et spirituelle de notre Occident. Nous soumettre à une nouvelle identité véhiculée par l’envahisseur arabo-islamiste-fondamentaliste. Envahisseur qui nourrit l’ambition proclamée de nous soumettre à une intégration SUD-NORD.

-  UNE FRONTIÈRE, AU NORD DE LAQUELLE séjournent, ou plutôt stagnent des peuples divisés. Des peuples spirituellement dégénérés. Des peuples qui souffrent d’une aliénation de leur destin historique et qui s’offrent tout naturellement en capitulards-collabos à cette nouvelle invasion.

On constate en effet que, contre cette invasion-imprégnation, ne s’oppose rien.

Si ce n’est une béatitude générée par une référence permanente, rabâcheuse et ringarde au gaullisme.

Le gaullisme, refuge idéologique de tous les « mal-comprenants » du siècle passé et du siècle actuel. Le gaullisme qui jouit encore de la propriété de conférer à nos cadres politiques modernes, parfois de jeunes cadres, des airs de « jeunes gérontes »… ou de gérontes précoces de la politique moderne.

Je répète, de jeunes gérontes au comportement obsessionnel.

« Car », disent-ils, « regardez-donc la France, regardez le grand renouvellement gaulliste dont la France symbolise la plus éclatante des illustrations :
- un prodigieux épanouissement social,
- une performance économique qui fait des jaloux,
- une égalité qui triomphe partout,
- une liberté-libéralise qui s’exhibe sans camouflage.
- quant à la fraternité, on peut dire qu’elle nous étouffe !

« Alors », ajoutent-ils, « vous, les combattants de l’Algérie française, revenez sur terre. Reconnaissez que le gaullisme enrichit aujourd’hui d’une réussite éclatante, le nouvel accomplissement historique de la France.

Regardez-donc le grand renouvellement que le général avait annoncé et qui est en train de se réaliser aujourd’hui, sous vous yeux ».

Ces gérontes gaullistes sont aveuglés. Ils ne veulent pas jouir de la lumière astrale qui irradie du cadavre encore chaud de l’Algérie française.

Car cette lumière vient de très loin. Une lumière qui n’est pas encore épuisée. Elle éclaire le passé, le présent et l’avenir. Pour en profiter, il suffit de faire l’effort de regarder et de développer sa compétence à voir.

Nous, anciens du combat populaire pour l’Algérie française, avons la chance, pour un petit nombre d’entre nous, de tirer profit de cette lumière astrale. Elle nous éclaire en permanence certes, mais elle ne nous éblouit pas. C’est elle qui nous donne les moyens de révéler à chaque instant la continuité directe entre les drames vécus hier, là-bas, et les drames actuels ou futurs que s’apprêtent à connaître nos contemporains et nos descendants, en France métropolitaine, en Europe et en Occident. Certes, l’astre « Algérie-française » est mort. Mais sa lumière, sa lumière astrale nous parvient encore. Elle est loin, très loin, d’être épuisée.

Animés de cette conviction, il nous est facile de comprendre le pourquoi du bâillon médiatique que l’on nous applique avec violence, avec mépris. Ce qui est inéluctable, je veux dire facile à comprendre, puisque ce sont les responsables pour ne pas dire les complices actifs parfois, de la défaite de l’Occident en Algérie, qui assument de hautes responsabilités politiques en France, en Europe, ainsi que dans le monde occidental résiduel. Tout un monde autistique, en réalité, qui s’exprime comme s’il ignorait tout du péril qui menace le monde occidental.

De Gaulle !
Un mythe ! Un mirage ! La fausse grandeur ! Le faux héroïsme ! Le faux prophète. La drogue nécessaire aux mal-comprenant.

De Gaulle, une équivoque qui soumet encore les Français à l’histoire de cet officier, qui, après la première guerre mondiale, celle de 14-18, a voulu se lancer tout d’abord, alors qu’il était capitaine, dans une carrière d’écrivain.
Comme s’il avait voulu compenser, par cette nouvelle carrière, le déroulement dépourvu de panache de sa participation personnelle au premier conflit mondial.
Comme s’il avait voulu attirer l’attention, sur sa personne, des chasseurs de têtes qui étaient à la recherche d’exécuteurs capables de bouleverser, chacun à son poste, l’assise du monde occidental… qu’ils espéraient façonner pour mieux adapter ce monde occidental aux exigences du néo-capitalisme financier.

Dans un premier temps, il réussit à intéresser à sa personne un maréchal de France, son premier « patron » à Arras, lorsque lui-même était sous-lieutenant. Apporter à ce maréchal le concours de ses dispositions à l’écriture dans la préparation d’un ouvrage consacré au « soldat ».

Dans cette entreprise, il a tenu un rôle difficile : celui d’un nègre-littéraire.

Un nègre qui n’a pas accepté quelques remontrances courtoisement adressées par celui qui était son nouveau patron dans cette entreprise.

Le nègre d’écriture se rebiffa alors contre le vieux maréchal. Il n’oublia jamais cet incident qu’il vécut comme une humiliation inacceptable. Qu’on se permît de critiquer son travail d’écrivain, c’était, en soi, inconcevable ! C’était déjà un sacrilège !

Il intriguera pour laver l’affront. Son aigreur ressentie, distillée, capitalisée, intéressera certains observateurs, parmi ces chasseurs de têtes auxquels nous avons fait allusion, qui détecteront en lui un pion utilisable, parmi d’autres, pour faire de la France une base opérationnelle soumise aux perspectives des secteurs offensifs du néo-capitalisme financier.

L’occasion de sa meilleure utilisation possible, se présenta lors de la désastreuse campagne militaire de 1940. Campagne et décisions opérationnelles que De Gaulle avait approuvées, ou plutôt auxquelles il avait applaudi, dans un courrier riche d’une servilité étonnante, qu’il adressa lui-même au président du conseil, Paul Reynaud . Une servilité qui lui permit d’accéder au poste de sous-secrétaire-d’Etat à la guerre.

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J’ai relaté dans mon cinquième livre « ATTAQUES ET CONTRES ATTAQUES » auquel je viens d’apporter quelques retouches, les relations qui ont uni à un moment donné,

-  d’une part Paul Reynaud et, d’autre part, l’égérie de celui-ci, la comtesse De Porte,
-  à De Gaulle durant ces heures sombres de 1940.

A propos de mes livres, permettez-moi de vous informer, comme je l’ai fait à l’égard de mon éditeur, que j’ai renoncé définitivement à percevoir des droits d’auteur.

S’il m’arrive d’inviter mes correspondants à lire mes livres et à les faire lire, en priorité par mes frères d’armes, par ceux qui ont vécu nos drames, qui les ont partagés, par ceux qui n’ignorent pas de quoi ils parlent lorsqu’ils évoquent la fin de l’Algérie française, ce n’est pas dans un but lucratif. C’est pour transmettre un vécu. Un vécu qui m’autorise à formuler des interprétations parfois audacieuses de la réalité historique, telle qu’elle est officiellement et abusivement transmise. Interprétations qui émanent, dans mon cas particulier, de quelqu’un qui s’est trouvé à l’origine de graves décisions. De quelqu’un qui assuma et assume encore des responsabilités que personne n’a voulu partager.

C’est cette notion de responsabilité que je dois assumer, qui m’autorise à vous transcrire ici deux pages extraites du chapitre V de mon dernier livre « Attaques et Contre-Attaques ». Chapitre intitulé :

« Paris, Janvier 1969
Du purgatoire au cloaque »

« En mars 2005, je fus invité pour une conférence à Bordeaux. Une séance de signature de mon dernier livre était prévue avant et après mon exposé.

J’atterris à l’aéroport girondin de Mérignac, en provenance de Nice. En me propulsant vers la sortie, entre couloirs, ascenseurs et escalators, je me suis soudain rappelé le rôle déterminant, catastrophique même, joué par cet aéroport dans l’histoire de France, l’histoire de l’Algérie française et finalement, l’histoire du monde.

En effet, il s’agit du site où fut mise en chantier la plus grande escroquerie subie par notre patrie à travers la naissance du mythe gaulliste, au mois de juin 1940. Durant ma progression à travers les niveaux successifs de l’aéroport, je ne pus m’empêcher d’évoquer un curieux livre, « Les mémoires d’un président, révélations posthumes d’un ancien président du conseil » publié aux éditions de la Table Ronde.

En quelques pages savoureuses, sont décrites dans cet ouvrage, les amours passionnées qui ont lié Paul Reynaud, président du conseil en fonction en 1940, à la comtesse de Porte, dont l’auteur théoriquement anonyme de ce livre, affirme qu’elle était « une luronne de la pire espèce ». Elle fut appelée aussi « la Du Barry 1940 ».

« Cette femme avait pris en affection cette grande bringue que Reynaud a fait entrer au gouvernement, le 5 juin, avec le titre dérisoire de sous-secrétaire d’état à la guerre : Charles de Gaulle ».

L’auteur précise : « Elle l’a fait nommer général mais attention ! À titre temporaire… ».

Quelle mission attribuer à ce nouveau venu, à cet officier supérieur, dont l’auteur nous dit qu’il était « un ancien protégé » de Pétain ? Celle d’aller à Londres. Pour y faire quoi ? Lever l’étendard de la résistance à outrance contre les armées allemandes ?

Pas du tout.

Il était chargé d’y annoncer « l’arrivée de Paul Reynaud ». Celui-ci était décidé, toujours d’après l’auteur de ce livre, à « continuer la lutte derrière un micro ». Mais les ambitions aventureuses de cette Du Barry, qui était en relation avec le mouvement "synarchique" international, en décidèrent autrement. Sans doute avertie des compétences sexuelles encore efficaces, malgré son âge, du maréchal Pétain, elle se proposa de le séduire. Après tout « se faire » un maréchal de France…. pourquoi pas ! Ce devait être un fantasme excitant pour la comtesse. Mais le maréchal, qui avait d’autres préoccupations, « condamna sa porte ». Elle décida alors, dans son dépit, de se rendre en Espagne avec son amant, puis au Maroc.

Dans ce but, le couple se dirigea vers Marseille pour y prendre un bateau. Un accident de la route, un platane malencontreux et ce fut le drame. La mort de l’égérie et une blessure superficielle du cuir chevelu pour Paul Reynaud.

Entre temps, que devient la mission de Charles De Gaulle ?

Le général britannique Spears, dont l’essentiel de la carrière semble avoir consisté à prendre une part active aux affaires de notre pays, avait donné rendez-vous à De Gaulle, le 12 juin, à l’hôtel Montré.

Le tout nouveau général, à titre temporaire, arriva en retard, malgré la pression qu’exerçait sur son auguste personne, le lieutenant Geoffroy de Courcel, affecté auprès de De Gaulle par le général Spears lui-même, toujours selon l’auteur de ce livre. Un peu plus tard, au moment de prendre place dans la carlingue de l’avion « prêt à décoller, ses moteurs ronflaient déjà », De Gaulle, pour la deuxième fois, hésita :
« Non, non, Courcel, cette aventure est trop risquée, je ne pars plus !
Fut-ce la consternation ? Non … Ce fut la colère ! ».
« Spears était fou de rage… Aidez-moi, Courcel, By jove ! » Il se rejeta en arrière en ramenant De Gaulle à lui. Courcel se précipita : il tira le reste du grand corps dans la carlingue et referma la porte….

Voilà comment De Gaulle est parti, d’après ce livre, contre sa volonté, presque kidnappé, vers l’Angleterre où Winston Churchill attendait Paul Reynaud qui ne vint pas, à cause d’un platane héraultais…

C’est, agité et surtout amusé par ces souvenirs de lecture, que je rejoignis le sympathique président du Cercle algérianiste de Bordeaux qui me véhicula aussitôt vers la salle de conférence ».

Fin de citation

Je laisse au président du conseil de la IIIème République, Paul Reynaud, mort à Neuilly en 1966, la responsabilité de ce texte, tel qu’il est rapporté, je le rappelle, dans le livre « Mémoires d’un Président » édité par « La Table Ronde ».
Mais, reconnaissez-le, nous sommes loin du compte !

Nous, les anciens du combat « Algérie-française » devons nous soumettre, à tout moment, à une précaution : lorsque nous nous penchons avec sérieux, mais surtout avec calme sur le scénario de notre histoire, il faut nous prémunir contre un piège. Celui de rester jaloux, envieux et prisonniers de nos susceptibilités personnelles. Car c’est une attitude improductive. Prenons soin d’éviter les comportements affectés d’une naïveté destructrice de notre potentiel d’information. Décrivons les drames que nous avons vécus, que nous avons subis, que nous avons provoqués. Décrivons avec soin leur déroulement. Mais n’oublions pas de les situer dans la totalité des agressions que nous avons affrontées. Avant tout, intéressons-nous à leur genèse. A leur pourquoi. A leur identité de drames précurseurs et annonciateurs des drames qui vont suivre, des drames qui ont déjà suivi à Kaboul, à Londres, à Madrid, à New-York. Des drames qui sévissent épisodiquement dans nos banlieues. Des drames qui surgissent partout en Afrique et ailleurs.

Mais n’oublions jamais le rôle catastrophique, anti-occidental et antichrétien par excellence, tenu par celui qui est encore l’objet d’une idolâtrie de la part d’un monde politique profondément altéré dans ses facultés de jugement.

Le chamanisme gaulliste, organe fondamental de la décérébration des Français, a trouvé dans la mort de l’Algérie française, dans l’assassinat de la France Sud-Méditerranéenne, le moyen de mettre en œuvre et d’universaliser sa virulence. Car c’est bien d’une agression contre la santé et l’avenir de la France, de l’Europe et de l’Occident qu’il s’est agi durant la mise à mort de la terre française d’Algérie.

L’assassinat de l’Algérie française, l’assassinat de la France Sud-Méditerranéenne, illustrent avant tout, un crime contre l’intelligence.

Pour camoufler ce crime, pour en occulter l’infamie, que fait-on ?

On sublime le personnage. Le gourou des hommes politiques modernes… des gérontes de la Vème…. Parce que De Gaulle a débarrassé la France du boulet algérien.

Que les soumis au chamanisme gaulliste, lors des célébrations serviles du 50ème anniversaire, se rappellent cette prédiction de Larbi Ben M’Hidi, en 1957, avant qu’il ne fût pendu à Alger :

« Vous aurez l’Algérie de Tamanrasset à Dunkerque ».

C’était déjà une formulation de la thèse conquérante, l’intégration Sud-Nord, que notre pays est en danger de subir.
Mais attention, il existe encore pour la sauvegarde de la France et de l’Occident, mille manières de revivre une future

« OPERATION-POITIERS »

Je n’ose imaginer ce que j’entendrais si j’avais l’audace d’affirmer en public ce que je viens d’écrire à cet instant même :

« Va-t-en guerre assoiffé de sang ! », ou bien,

« Trublion d’opérette qui rêve encore d’une belle bataille pour sauver la France et la Croix ! »

Voilà les apostrophes agressives et moqueuses dont je serais certainement l’objet dans cette éventualité.

Je saurais néanmoins me défendre. Car, comme je crois l’avoir exprimé dans mon étude n° 35, je prétends attribuer à la bataille de Poitiers, sa réelle valeur historique. Qui n’est pas la valeur d’une grande bataille. Poitiers, qui n’illustre pas un grand exploit militaire. Car en Austrasie, c’est-à-dire au sud de la Gaule, durant ces années-là, on a connu beaucoup de combats entre la cavalerie du maire du palais d’Austrasie, et des bandes de mahométans ou de pseudo-mahométans qui, en tout état de cause, n’avaient rien d’arabe ni rien de berbère. Et que dans un souci de commodité, on a désigné sous le nom de « sarrasins ».

Des combats que l’on a voulu idéaliser à l’extrême, en leur attribuant une identité romanesque : la fille d’Eudes, duc d’Aquitaine, aurait été enlevée par Munuza, supposé gouverneur berbère de Narbonne. L’émir Munuza, selon les uns, le sultan de Narbonne selon les autres, a fait partie de ces hobereaux, ennemis de Rome, qui pour mieux combattre à la fois Rome et les mérovingiens, se sont ralliés à l’islam. A l’instar d’une grande fraction des populations d’Aquitaine, maintes et maintes fois soumises à l’influence d’hérésies multiples et de sectes qui leur conféraient une volonté opiniâtre de combattre Rome.

Narbonne ne fut pas conquise. Elle a rallié al-Andalus, c’est-à-dire l’Espagne, convertie majoritairement à l’islam. Narbonne devint une province d’importance stratégique primordiale pour ceux qui rêvaient d’abattre Rome et le christianisme romain. La Narbonnaise devint ainsi pour des motifs opérationnels, un des cinq émirats d’al-Andalus avec Cordoue, Tolède, Mérida et Saragosse. Et cela, vingt ans après la bataille de Guadalete (711), qui a vu la victoire d’une armée d’Espagnols convertis à l’Islam ou sur le point de se convertir, sur l’armée chrétienne du roi Rodérick.

Il était important pour les forces chrétiennes continentales, fidèles à Rome, que cet « émirat » fut anéanti en tant que tel. Ce fut la mission du Maire du Palais d’Austrasie, Karl Herstal, Charles Martel qui vainquît « les pseudo-maures », les sarrasins, les rebelles aquitains, à Poitiers, en 733.

733 ?

« Mais-qu’est-ce-que-c’est-que-cette-foutue-date ! »

Il faut changer ça !

Parce qu’il faut conférer à cette bataille un potentiel de rayonnement symbolique. Il faut en faire, pour l’histoire, une victoire décidée par Dieu contre les infidèles.
Oui, c’est ce que l’on va faire.
On va donc la relater, la sublimer, l’exploiter en termes de propagande, comme si elle s’était déroulée en 732. C’est-à-dire :

- 100 ans après la mort du Prophète,
- 110 ans après la naissance de l’hégire, la naissance de l’ère musulmane.

Cette victoire prit l’identité d’une victoire remportée par le « marteau de Dieu » comme l’ont précisé les notables du christianisme romain. Un symbole historique qui favorisa une intervention de l’Eglise dans un essai de construction d’un Second Empire, celui des Carolingiens tout d’abord… dont l’église rêva de faire un Saint-Empire. Renaissance de l’Empire qui s’illustra cependant par des conséquences qui furent dramatiques pour le catholicisme. Car dans cette nouvelle construction du monde, il fut attribué aux papes, hélas ! l’administration de territoires : les futurs Etats Pontificaux.

A partir de cette dualité, coexistence d’un pouvoir temporel et d’un pouvoir spirituel, se développa une rivalité entre l’autorité impériale et l’autorité romaine. Rivalité qui faillit détruire l’Eglise à maintes reprises. En résumé :

1. au XIème siècle, survint le schisme entre l’église d’Orient et l’église d’Occident,
2. pendant les croisades est intervenu le déviationnisme maçonnique des Templiers,
3. plus tard, on a vécu les confrontations sanguinaires entre les Guelfes et les Gibelins,
4. survint la Réforme enfin, qui faillit porter un coup de grâce à l’Eglise et qui fut à l’origine d’un génocide européen tragiquement illustré par la guerre de 30 ans.

Mais qu’on le veuille ou non, que cela plaise ou non, le christianisme apostolique et romain a survécu. C’est cette survie qui illustre le miracle constant de ces vingt derniers siècles. C’est lui qui aujourd’hui appelle à l’union pour le triomphe de la Croix.

C’est la Croix qui va devenir l’emblème de ralliement de ceux qui, même s’ils ne sont pas chrétiens, vont décider de ne pas subir la loi de l’arabo-islamisme-fondamentaliste et conquérant. Qui vont décider de ne pas subir l’intégration Sud-Nord, intégration qui avait été annoncée en 1957 à Alger, par Larbi Ben-M’hidi

En faisant quoi ?

En restant animés de l’esprit, de l’espérance de Poitiers, riche avant tout de la signification pleine de symbolisme qu’ont voulu donner à cette bataille, ceux qui ont remporté la victoire.

Tout ce que nous vivons aujourd’hui devra finir un jour, obligatoirement, par « des chants et des apothéoses », si on veut éviter une plongée dans une longue période de ténèbres.

Nous, les anciens du combat « Algérie française », nous nous rallions à cette espérance. Nous rejetons toute acceptation d’un anéantissement définitif du message de la Croix.

Notre futur Poitiers pourra revêtir à l’échelon français, européen ou occidental élargi, une allure d’événements polymorphes, identiques peut-être à ceux que nous avons vécus en Algérie, à partir du 16 mai 1958.

16 mai 1958, une date qui aurait dû être l’occasion offerte par Dieu de conférer aux évènements d’Algérie la signification du nouveau Poitiers, du Poitiers moderne dont nous avions besoin.

Dans cet esprit, le 25 mai 1958, à Constantine, s’éleva la voix de l’iman et directeur de l’institut Kittania, le Cheik Lakdari Abdellali :

« Sache, ô femme, que le moment est venu pour toi de jouer ton rôle dans l’histoire de l’Algérie nouvelle, que tu es l’associée de l’homme dans la vie et au sein de la société humaine, que tu partages avec lui ses peines et ses joies, son bien-être et ses malheurs. La religion a instauré l’égalité entre toi et l’homme. Sache ô ma sœur que tu n’es pas un bien qui s’achète et qui se vend ! Sache que tu es maîtresse de ton foyer ».

Tout était possible à partir de cette proclamation.

Il aurait fallu la faire connaître. Il aurait fallu que des centaines d’imans s’engagent dans ce processus de sécularisation, annoncé à Constantine, de la religion du prophète de la Mecque et de Médine.

Il aurait suffi que le pouvoir français de l’époque acceptât de donner un éclat particulier à cette proclamation du 25 mai 1958.

Mais Satan veillait.

De Gaulle était là pour asphyxier cet élan de l’Islam vers l’Occident.

C’est à partir de positions sécularisationnistes comme celles que nous venons d’évoquer, c’est à partir d’appels à la convivialité spirituelle, c’est à partir de la foi fortement exprimée dans nos convictions, que ce nouveau Poitiers sera possible.

Peut-être en 2022, à l’occasion du 1400ème anniversaire de la naissance de l’Hégire.

L’intégration Nord-Sud doit triompher pour que survivent la liberté, l’égalité et la fraternité dont nous avons tous tant besoin.

Soulignons une fois de plus qu’il n’est pas encore l’heure de rédiger un acte de décès pour la France, l’Europe et l’Occident.

L’arabo-islamisme fondamentaliste ne triomphera pas en France et dans le monde occidental car nous avons choisi de défendre envers et contre tout, ce qui est devenu notre position politico-militaire à protéger à outrance. Nous voulons parler encore et encore

DE LA CITOYENNETE LAIQUE

qui définit la traduction historique, la traduction humaine, une traduction biologique même, de l’intégration Nord-Sud. Celle que nous avons défendue en Algérie. Celle que nous défendons aujourd’hui.

Docteur Jean-Claude PEREZ

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