LE CHAMANISME GAULLISTE
…de l’aliénation idéologique…à l’esprit de Poitiers
Nice, le 29 juillet 2010.Le docteur Jean-Claude PEREZ a écrit :
Nous sommes pratiquement à deux ans d’un cinquantième anniversaire.
Anniversaire dont la célébration prévue et plus ou moins claironnée, m’ invite à observer une attitude de méfiance vigilante.
Car une suspicion m’anime. C’est elle qui m’oblige à faire face à un événement dont je prévois les désagréments, les injures, et les infamies dont il sera porteur. J’évoque le 50e anniversaire de l’assassinat de la terre française d’Algérie.
Le 50e anniversaire du génocide raté du peuple pied-noir.
Le 50e anniversaire d’une honteuse et scandaleuse défaite de la Ve république gaulliste, devant l’arabo-islamisme fondamentaliste.
J’ai décidé de faire face malgré les conseils de ceux qui, sournoisement, m’invitent à ramper et à me convertir au « bon goût politique du moment ». « A la bienséance politique ».
En tant que responsable, au niveau le plus élevé, de l’action que nous avons menée en Algérie, j’ai bien évidemment laissé derrière moi quelques « chambres obscures ». Que l’on pardonne ce recours à un cliché mille fois utilisé. J’ai maintenu ces chambres obscures soigneusement closes pendant longtemps. Sans me complaire cependant dans une attitude de conspirateur perpétuel, mélodramatique et surtout ridicule. Du moins je l’espère !
Je ne peux oublier que ma vie fut riche avant tout d’émotions et de stress. Elle fut nourrie d’évènements violents, échelonnés sur plusieurs années. Émotions, aventures, responsabilités qui ont fini par bouleverser l’intimité de ma personne. Initiatives douloureuses, décisions opérationnelles dramatiques, projets avortés, passions insatisfaites, trahisons, maudites trahisons, tout cela me conduisit en 1962, à un exil tourmenté.
Un exil accidenté jusqu’en 1966, d’épisodes périlleux plus fréquents qu’on ne le pense. Le tout aggravé de péripéties familiales et intimes difficiles à vivre. Aux conséquences imparables et définitives. Car j’étais dans l’impossibilité de me défendre.
De nos jours, il est encore, paradoxalement, difficile de nous défendre.
Je redoute, par dessus tout quelque chose : qu’un méchant coup soit porté, une fois de plus, lors de ce 50e anniversaire, à l’œuvre unique, admirable, exceptionnelle, qui fut celle de la France en Algérie.
Je redoute les salissures dont la France sera victime une fois de plus.
Je redoute qu’un coup sordide, « lynchard », inspiré par la canaille, soit porté une fois de plus contre les défenseurs de l’Algérie française.
D’où viendrait ce méchant coup ? Ces salissures ? « Ce lynchage » ?
De ceux qui, aujourd’hui encore, ne sont inspirés et guidés dans leurs comportements et orientations politiques que par une volonté de soumis.
Soumis, intellectuellement et spirituellement, au chamanisme gaulliste.
Lorsque, avec beaucoup d’appréhension, je décide de franchir le seuil des chambres obscures que j’ai laissées derrière moi, il se passe aujourd’hui quelque chose de surprenant. J’éprouve, en effet, une double sensation.
Évidemment, celle de « déjà vu », ce qui est inévitable puisqu’il s’agit de mon vécu personnel que j’explore à nouveau. Mais en même temps, une autre sensation se superpose à la première. Avec laquelle elle finit par se confondre tout d’abord. Puis elle l’éclipse. Finalement, c’est elle, cette nouvelle sensation, qui devient dominante.
En effet, ces chambres obscures nouvellement visitées, révèlent bien évidemment des évènements vécus, des émotions éprouvées, des désespoirs ressentis, et, en même temps, elles révèlent aussi des « enthousiasmes » qui jouissent de la particularité d’être encore actuels.
Des enthousiasmes qui trouveraient ou plutôt qui trouvent effectivement leur place, c’est-à-dire une nouvelle possibilité d’expérimentation dans le moment historique que nous sommes en train de vivre.
Je précise bien : sensations, craintes, angoisses, désespoirs et finalement enthousiasmes « actuels », dont le déterminisme, dont la genèse, dont le pourquoi et le comment, se confondent avec le déterminisme et la genèse de tout ce que nous avons connu pendant la guerre d’Algérie.
Tout cela me conforte à 100 % dans ma conviction : notre combat pour l’Algérie française fut un combat précurseur. Ou mieux encore il se définit comme la première phase des confrontations qui s’expriment aujourd’hui au sein du monde occidental, en ce début de XXIe siècle.
Confrontations qui ne pourront se résoudre, elles aussi, que par une victoire ou que par une nouvelle défaite. Un combat pour la survie ethnico-culturelle et religieuse de ce qui reste encore de l’Occident valide. Un combat qui se terminera par un nouvel « Evian »… ou par un nouveau « Poitiers ».Malgré notre naïveté, malgré notre inexpérience de la « chose politique », malgré notre inculture politique exagérément invoquée par ceux qui furent trop pressés de nous juger, de nous condamner et parfois de nous ridiculiser, nous avons fini par être confrontés, nous qui étions coupés du monde, à une constatation ou plutôt à une découverte.
La voici : la confrontation qui nous fut imposée depuis 1954 en Algérie, mais qui était en marche depuis des dizaines d’années, en réalité depuis la loi du 4 février 1919 , débordait très largement des limites d’un combat livré pour la seule grandeur de notre patrie française. D’un combat conduit pour sauvegarder exclusivement l’identité culturelle et l’indépendance de la nation française. Car il ne faut jamais oublier que nous étions animés là-bas, sur cette terre d’Algérie, d’une volonté de lutte pour protéger les intérêts supérieurs de la France.
C’était notre conviction « première ». Nous pressentions en effet les dangers que notre patrie risquait de connaître en cas de défaite subie en Algérie. Et c’est cette défaite, qui risque d’être exhibée, d’une manière masochiste, en 2012 lors du 50e anniversaire.
Nous, les défenseurs de l’Algérie française, avons été animés en réalité d’une espérance. Celle de faire accéder la Méditerranée au rang d’un pays. Non pas au rang d’une nation. Je dis bien au rang d’un « pays ».
Un pays qui, grâce au pont géopolitique « Algérie-française » allait faire naître d’abord, et enrichir ensuite, un courant de continuité entre l’Europe et l’Afrique. Un courant de communication qui allait permettre, enfin, une amorce de compréhension intellectuelle et spirituelle avant tout. Dans une perspective eurafricaine.
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