Identité nationale Les Harkis confrontés à leurs origines.

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Mais Albert Einstein ne parle-t-il pas de la « religiosité cosmique » qui fait de certains mécréants des saints ou des allumés ? Je me reconnais assez dans cette notion, quoique je ne parvienne pas à choisir dans laquelle de ces deux catégories je m’inscris.

Aussi suis-je un mécréant respectueux des religions, qui m’interpellent en tant que philosophies. Sur ce plan, le cousinage entre le Christianisme des premiers temps, le Protestantisme, l’Islam, et le Catholicisme dans sa version janséniste est évident et invite à l’oecuménisme. C’est rassurant pour celui qui, bien que né musulman, comme tout le monde , se revendique à la fois mécréant et respectueux des croyances. Un laïc, en somme, que seuls rebutent l’athéisme militant, qui mise tout sur l’intelligence, et le fondamentalisme religieux qui, au contraire, récuse toute intelligence, les deux se rejoignant par cela qu’ils cultivent également l’intolérance. Car c’est le niveau de civilisation auquel les différentes religions ont porté leurs adeptes qui m’intéresse.

De ce point de vue, la performance du Christianisme sous toutes ses formes est prodigieuse. « Je suis chrétien par l’histoire et la géographie », disait quelqu’un qu’on cite avec réticence dans un livre comme celui-ci . Quoique non-croyant, je souscris d’autant plus volontiers à cette profession de foi que, ce faisant, je n’ai pas le sentiment de trahir mes ancêtres. Et je suis heureux que les Berbères aient été parmi les premiers à avoir embrassé la religion – donc la civilisation – chrétienne, ce, bien avant les Européens. Et même, d’avoir été parmi les premiers à l’avoir adoptée en masse avant qu’elle s’étende à toute l’Europe et au bassin méditerranéen à partir de l’Afrique du Nord, justement, et, en partie, sous leur impulsion. Depuis, les Berbères n’ont jamais cassé le lien qui les unissait à l’origine au monde chrétien. Certes, l’Islam et les Arabes se sont facilement implantés au Maghreb, mais ils n’ont finalement réussi à n’en coloniser tout à fait ni les territoires ni les esprits. Ils n’ont jamais réussi à affaiblir complètement et durablement l’attachement des Berbères et, singulièrement, des Kabyles, à leurs origines, mais aussi l’attrait et la fascination qu’ils ont toujours éprouvés pour l’Occident, un peu comme si, instinctivement, ils reconnaissaient en les Européens quelque chose d’eux-mêmes. « Je ne suis pas musulman et je ne suis pas arabe ! », criait Matoub Lounès avant d’être assassiné, sans doute par ses frères trop timorés pour le suivre sur cette voie. Une profession de foi, un mot d’ordre, un slogan, que des millions de voix kabyles crient maintenant à la face de leurs occupants du moment. Treize siècles d’Islam et d’arabisation plus ou moins forcée et forcenée n’ont en rien altéré le sentiment délicieux des Berbères d’être des gens « différents » et de constituer comme tels une nation. Un sentiment national qu’ils ont, au prix de formidables sacrifices comme la relégation dans les montagnes par les Arabes, l’exil et la déportation des meilleurs d’entre eux, et la confiscation du plus gros et du plus fécond de leurs terres par la troisième République radicale, athée et maçonnique, consciencieusement entretenu en résistant le plus possible à l’écart des envahisseurs et en tâchant de préserver leurs modes d’organisation sociale et politique, et même leurs croyances, très largement hérités des Romains. Tout en ayant toujours le souci de perpétuer leur appartenance à la civilisation romano chrétienne par des signes visibles et dont le sens s’est malheureusement perdu dans le temps. C’est ainsi que les femmes berbères reproduisent le signe de croix en langeant leurs bébés et ont porté jusqu’à ces toutes dernières années – les canons de la beauté ayant changé avec l’avènement de la télévision – des croix tatouées sur le front en gage de soumission du cœur à l’ancien ordre religieux. Mais surtout, et c’est ce qui perdurera, les Berbères portent sur eux physiquement, à chaque instant et pour l’éternité, cette identité qu’ils ont en commun avec le monde romain et, donc, si on extrapole, la France.

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