Extrait du livre de Jean MONNERET

, par  Jean Claude THIODET ✞ , popularité : 3%

Jacques ACHAR, Le chef du secteur Orléans-Marine, qui englobe Bab-el- Oued, n’est pas étranger ni à cette vision fausse ni à la conception même de l’opération du 23 mars. Or, Achard n’est plus, à cette époque-là, en pleine possession de ses moyens ; c’est un homme diminué par ses excès.
A en croire A. Harisson, qui rapporte les propos d’ Antoine Padovani, un ancien des commandos de Bab-el-Oued, ACHARD était "dépassé", [Achard was out of his depth). "Il m’est même arrivé", déclare l’ex-delta, "de ramasser dans la rue un commandant de secteur saoul : Il buvait deux bouteilles de scotch par jour"(Harrison, op. cit., page 127).

Le vendredi 23 dès l’aube, des équipes de I’OAS armées et porteuses de brassards édifient des barrages à l’entrée de Bab-el-Oued. Les soldats français qui tentent de patrouiller sont désarmés, Il n’y a pas de fraternisation avec les commandos, mais les éléments militaires du secteur paraissent vouloir jouer la neutralité. L’Armée Secrète peut penser que son plan est en train de se réaliser,

Du 19 au 26 mars 1962

Hélas ! A dix heures, le premier rouage d’un engrenage tragique se met en place. A cette heure-là, Place Desaix, un camion militaire arrive et dérape sur la chaussée rendue glissante par des jets d’huile.

Les ordres donnés sont clairs : ne pas tirer sur les militaires français, mais les désarmer.

Malheureusement ceux-là, des appelés du train, ne veulent pas donner leurs armes. Parmi eux, un soldat musulman prend peur. (Dans ce quartier ou les attentats systématiques ont fait fuir tous les autochtones, la panique le saisit). Selon Montagnon, il tire sur les commandos Alpha, selon Courrière il n’a fait qu’armer sa MAT.

Mais la réaction des hommes de l’OAS est immédiate. Ils ouvrent le feu ; sept deuxième classe sont tués, onze sont blessés.

Le 23 mars est pour les partisans de l’ Algérie Française une journée fatale : entre eux et l’ Armée, désormais il y a du sang.

A partir de ce moment, le pouvoir allait immédiatement engager une offensive militaire sans précédent dans les rues d’Alger.

La riposte à la tentative d’insurrection fut directement conduite par le commandant en chef, le général AILLERET assisté du général Capodanno.

Tous deux s’étaient installés à la caserne Pellissier, située en face du Lycée Bugeaud, et à l’entrée même du faubourg de Bab-el-Oued.

Gendarmes et CRS intervinrent les premiers. Ils furent reçus, comme if fallait s’y attendre par des tirs. La troupe se joignit au mouvement. Les blindés les précédaient, tirant sur les façades.

Les commandos Alpha et Delta résistèrent depuis les terrasses. A 17 heures, l’ Armée de l’ Air intervint avec des T6 et mitrailla les immeubles.

Les commandos organisèrent leur repli.

Selon Courrière (page 567), une faille apparut dans le dispositif militaire : Bab-el-Oued était rigoureusement encerclé, mais a Saint-Eugène un officier favorable à l’OAS, laissa les commandos s’enfuir en retardant la mise en place de son dispositif. Nous savons aussi que certains militants clandestins s’enfuirent en recourant à des ruses diverses. L’un deux put regagner le centre d’Alger déguisé en malade dans une ambulance.

Bab-el-Oued fut soumis au couvre-feu permanent avec une heure seulement par jour pour faire les courses. L’interdiction de sortir et d’entrer fut appliquée rigoureusement tandis que le quartier était passé "au peigne fin". 3.309 hommes furent placés en "centre de transit", 7.418 appartements visités (Vitalis Cros, page 154). Pendant quatre journées consécutives, le faubourg subit un véritable blocus, tandis que les immeubles connaissaient perquisitions et saccages.

A en croire ce qui se disait parmi les Français d’Algérie, il y avait eu plus de 20 morts et de nombreux blessés civils ; parmi les tués une fillette de 10 ans dont le nom fut souvent cité à Alger à l’époque : Ghislaine-Louise Gres. La population était traumatisée. Quelque chose s’était à jamais brisé. L’OAS avait perdu son prestige. L’impensable devenait réalité : il faudrait partir et en attendant survivre sans espoir de vaincre .

Pour comble, la radio annonça le 25 mars, l’arrestation à Oran du général Jouhaud, ainsi que de ses adjoints , les Commandants Camelin et Guillaume le Commandant de Vaisseaux, celui que Shoenderfer , des années plus tard, rendra célèbre sous son nom de Crabe-Tambour

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